Erwan se réveilla seul dans la chambre. Reï se levait toujours aux aurores. Tout en frottant ses yeux bleus encore pleins de sommeils, il descendit jusqu’à la cuisine où l’odeur de croissants bien chauds lui titillait son estomac vide. Il eut une exclamation.

- Vous ne pouvez pas éviter de vous embrasser devant Luce. Vous allez le traumatiser.

 Les deux hommes se retournèrent en sursaut et l’un d’eux, le plus jeune, eut un sourire de coin.

- Cela n’a pas l’air de le déranger outre mesure.

 En effet, le bambin assis sur sa chaise haute, buvait tranquillement son biberon de lait tout en regardant autour de lui. Il cria le nom de « Wan » quand il vit le jeune garçon. L’homme reprit :

- Mais peut-être que tu es jaloux ?

 Erwan allait répliquer que ce n’était pas le cas mais n’eut pas le temps de le dire car le jeune homme en question l’attrapa à bras le corps et s’amusa à lui faire des câlins et des bisous baveux sur ses joues. Erwan avait un mal fou à garder son sérieux et finit par craquer. Il s’esclaffa de rire tout en criant.

- Oncle Renko à l’aide !

 Le grand brun se mit à rire, amusé et ravie de voir son neveu aussi joyeux et expressif. Il se servit un café et prépara un bol de chocolat pour Erwan.

- Carlin laisse Erwan venir prendre son petit déjeuner avant que les autres fauves n’arrivent.

 Carlin relâcha le jeune garçon qui s’installa rapidement devant son bol au comptoir et dévora un croissant tout chaud. Le jeune homme lui se rendit vers Luce pour récupérer un biberon à deux doigts de chavirer sur le sol. A cet instant, le nouveau portable de Renko se mit à sonner. Voyant le nom inscrit sur l’écran, celui-ci s’exclama :

- C’est pour toi Erwan.

 Il s’approcha pour le passer au garçonnet mais Carlin l’intercepta et lui piqua le portable. Il décrocha.

- Bonjour ma Mili, hurla-t-il au téléphone.

 Un sourire apparut à la réponse donné.

- Tu veux parler à ton fils ? Mmmh ! Je n’ai pas très envie de te le passer.

 Carlin s’installa sur un des genoux de Renko qui venait de s’asseoir près d’Erwan fataliste.

- Mais tu vas le voir ce soir à l’exposition. Pourquoi veux-tu l’embêter ? Et puis qui te dit qu’il ne fait pas la grasse matinée ?

 Erwan se fichait royalement que Carlin discutait avec sa mère enfin plutôt ennuyer sa mère se serait plus correct. La seule chose qui l’intéressait, c’était se remplir l’estomac.

- Ecoute ma Mili, tu sais que je t’adore ?

- …..

- Comment cela ? Tu m’adore aussi mais seulement quand je dors ? Mili ? Ce n’est vraiment pas gentil ! Il va falloir te faire pardonner.

- …..

- Alors comme ça je te fatigue ? Alors pour ta peine, je ne te le passerais pas. J’ai plus envie.

- …..

- Il n’y a pas de Carlin mon chou qui compte.

 Renko posait son front contre le dos de son compagnon avec un sourire sur les lèvres. Il avait quand même pitié pour la jeune femme aussi, mais jamais il ne lui dirait.

- …..

- Allez un petit effort ma jolie ! Tu peux faire mieux que ça !

 Tout en écoutant le sourire de Carlin s’agrandissait de plus en plus. Il semblait prendre un sacré plaisir à ennuyer au possible sa meilleure amie. Après un long silence où Carlin finit par glousser, il finit par dire.

- Ah ! Tu vois quand tu veux. Tu peux être mignonne. Je te le passe maintenant qu’il a finit de prendre son déjeuner. Tu vois que je suis un amour.

 Erwan accepta le portable après avoir remercier son oncle. Il discuta un long moment avec sa mère. Il répondait à chaque fois par monosyllabe.

- Tient, il est où Reï chou ? demanda Carlin. Il n’était pas déjà levé ?

- Si, c’est lui qui a fait le café. Il est sorti dans la cours arrière. Il le fait tous les jours et le soir aussi. D’ailleurs, il est sorti avec une boîte de thon.

- Une boîte de thon ? Je vais aller enquêter. Allez mon Luce, on va jouer à Sherlock Holmes.

 Luce tendit aussitôt ses bras à son père et baragouina tout le long. Carlin quitta la cuisine en prenant directement la porte vitrée. Il se retrouva sur la pelouse bien verte. Il respira le bon air. C’était bien agréable d’être au printemps. Il évita de marcher sur les fleurs. Il n’avait pas vraiment envie de se faire tuer par les jardiniers. Déjà que la femme de ménage était prêt de la crise de nerf à cause de tout le boulot qu’ils lui donnaient. Carlin songeait que plus les employés étaient trop bien payés et plus ils râlaient. En court de route, il croisa deux d’entre eux déjà à l’œuvre pour arracher les mauvaises herbes et un autre qui allait tondre la pelouse. Luce s’amusait à les saluer de la main en riant comme toujours.

 Il traversa l’allée qui menait à la piscine, il traversa toute une ranger de pommiers afin d’atteindre un abri de jardin qui avait vu des meilleurs jours. Il ouvrit la porte ballante. Il trouva le blond agenouillé lui tournant le dos. Celui-ci se tourna en les entendant entrer. Il se mit à rougir sans trop savoir pourquoi.

- Nous sommes fort Luce. Nous l’avons trouvé du premier coup.

 Luce applaudit tout content et fit un coucou à Reï. Carlin s’approcha et jeta un coup d’œil au dessus de l’épaule du garçon. Une jeune maman d’un roux flamboyant se prélassait dans une petite paillasse entourée par ses petits rejetons qui se nourrissaient.

- Je l’ai trouvé, il y a quelques jours. Elle faisait que miauler. Alors comme personne ne vient dans les parages, je lui ai fait un petit nid. Je n’aurais peut-être pas dû. J’aurais dû vous demander l’autorisation ?

- Non, tu as très bien fait, mon Reï chou. Cette petite maman mérite d’avoir de très bon soin. Elle en a eu combien en tout ?

 Reï leva un peu la tête pour regarder Carlin. Celui-ci avait un sourire attendri affiché sur ses lèvres. Même Luce regardait cette boule de poil avec intérêt. Le blond fut rassuré.

- Elle en a eu six mais l’un d’eux est décédé. Il ne lui en reste donc que cinq.

- As-tu regardé si elle était tatouée ?

- Oui, mais il n’y a rien et elle n’a pas de collier non plus.

- Tu lui as donné un nom ? Il y a longtemps, j’avais Moustique, mais un imbécile me l’a écrasé avec sa stupide voiture alors qu’elle se trouvait sur le trottoir.

- Ah ! C’est horrible !

- Mouais ! En tout cas, le gars ne recommencera pas. Je te le garantis.

- Pourquoi tu dis cela ?

- Parce que Carlin lui a bousillé sa voiture et lui a cassé deux dents, expliqua Renko en pénétrant à son tour dans l’abri.

 Reï resta interloqué.

- Il n’a eu que ce qu’il méritait. Il a fait exprès d’écraser mon Moustique alors qu’il n’avait rien fait de mal, répliqua Carlin. D’ailleurs, il doit s’en souvenir parce qu’il change toujours de trottoir quand il me voit maintenant. Il est sacrément rancunier cet homme.

- Qu’est ce que vous allez faire d’eux ? demanda anxieusement Reï.

- Voyons voir ! Tu crois qu’on pourrait les caser ? demanda Carlin en jetant un coup d’œil à son homme.

- Vas-y avoue, tu as déjà une idée derrière la tête.

- Haha ! Tu me connais trop bien, mon Ren. Alors, un pour Akira, un pour Mili, le troisième pour maman et les deux derniers plus la maman pour nous.

- Tu veux garder les trois ?

- Bah oui ! La maman risque de s’ennuyer sans ses petits, voyons.

- Si tu le dis !

- Soit pas si fataliste, Renko. Tu es déjà entouré par une marmaille alors quelques uns de plus, tu n’en verras pas la différence, renchérit Reï en riant.

- Vas- y, marrez-vous tous les deux. Ce n’est pas à vous que la femme de ménage va se plaindre des dégâts causé par ces charmantes bestioles.

- Tu n’auras qu’à lui rappeler que si jamais elle n’est pas contente, elle peut toujours prendre la porte avec perte et fracas, s’exclama Carlin.

- Carlin ?

- Je ne sais pas pourquoi tu l’as engagé d’ailleurs. Elle est toujours entrain de râler, de faire des réflexions. Vu le salaire qu’on lui donne, c'est-à-dire le triple par rapport au tarif initial, elle pourrait rester silencieuse. Je vais aller voir si les autres sont levés.

 Après un dernier regard vers la jeune maman qui léchait ses petits, Carlin repartit en sens inverse avec Luce. Reï observa la porte un long moment avant de dire.

- Je suis désolé.

- Pourquoi tu t’excuses ? Tu n’es pour rien sur le fait que Carlin déteste la femme de ménage. Il va falloir que je trouve quelqu’un d’autre. Avant nous avions Mona, c’était une charmante femme d’une cinquantaine d’année. Elle était joviale et amusante. Carlin l’adorait, mais sa fille a eu des complications lors de son accouchement et Mona est partit vivre chez elle pour l’aider. Alors, c’est plutôt dur de trouver une perle rare. Surtout que c’est toujours moi qui doit être de corvée à faire passer les entretiens.

- Au faite, pourquoi ne l’ai-je jamais vu cette femme de ménage ?

- Parce qu’elle passe quand vous êtes en cours et qu’elle est déjà reparti quand vous rentrez et qu’elle a interdiction de venir les week-ends, les jours fériés et pendant les vacances.

 

 Le reste de la journée se passa sans autre incident, bien que ce n’en était pas vraiment un. Les garçons s’enfermèrent dans la salle de musique et personne ne sut si c’était pour jouer d’un instrument ou pour bien autre chose. Carlin prenait un bain de soleil avec son Luce et Erwan, pendant que Renko s’occupait de sa paperasse. Maeva sortit rejoindre ses amies et son cher Killian en compagnie de Thalia.

 Le soir, ils se rendirent tous à la galerie de Tobias Béranger où les œuvres de Carlin étaient mises en exposition. Akira vint les rejoindre chez eux car il n’y avait pas assez de place dans la voiture de Renko.

 Reï put se rendre compte du monde qui était venu à l’exposition dès qu’il pénétra pour la deuxième fois dans la galerie. Ludwig préféra rester avec son blondinet afin qu’il ne se perde pas mais aussi pour ne pas le voir se faire dévorer par des mangeuses d’hommes. Biensur, il se fit traiter d’idiot par le jeune homme quand il eut le malheur de le lui dire.

 Des serveurs et des serveuses passaient entre tous les invités afin de leur offrir soit une coupe de champagne, soit des petits encas. En observant toute la pièce surpeuplée, Reï songeait tout de même que l’artiste était facilement repérable. Il ne passait vraiment pas inaperçu, surtout avec sa chemise rouge vif alors que tous les hommes étaient habillé soit de blanc ou de noir. Les femmes rivalisées d’élégances et de charmes également, mais les deux garçons furent à l’unanimité. Mili Miori les surpassait toutes sans exception. Elle non plus ne passait pas inaperçu. Elle serra son fils comme si elle ne l’avait pas vu depuis des siècles alors qu’elle le voyait à chaque sorti de l’école maternelle quand elle venait récupérer ses filles.

 Reï et Ludwig finirent par se rendre dans la deuxième salle où il y avait moins de monde afin d’avoir beaucoup plus d’air. Ils y retrouvèrent Carlin qui négociait un de ses tableaux avec un homme corpulent. Luce ne se trouvait pas avec lui. C’était étonnant. En tout cas, les deux garçons purent se rendre compte que Carlin ne lâchait pas ses toiles aussi facilement. Il était presque aussi redoutable en affaire que Renko de l’avis de Ludwig qui l‘avait déjà vu comment travailler.

 Tobias Béranger le propriétaire de la galerie vint rejoindre Carlin et l’homme corpulent. Ils discutèrent pendant un long moment avant que l’acheteur finit par céder. Il signa le chèque avant de s’éclipser pour rejoindre son épouse.

- Carlin, tu es toujours aussi redoutable. Tu en es presque effrayant.

- Si je pouvais te faire aussi peur, cela me ferait des vacances, Tobias.

- Ah ! Tu es cruel comme toujours mon chou.  

- Je vais vraiment finir par te castrer, Tobias si tu continue à m’appeler mon chou !

- Ne soit pas si méchant avec moi, mon petit adorable Carlin.

 Le jeune homme lui jeta un regard noir exaspéré. Tobias lui adressa un sourire contrit.

- Plus tu vieillis et plus tu devins pénible.

- Eh oui, on ne se refait pas mon chou. Aïe ! Cria-t-il après avoir reçu un coup sur la tête par derrière.

 Le propriétaire se retourna face à Renko tenant Luce. Il fit la grimace.

- Tu n’es vraiment pas préteur Renko. Tu n’es vraiment pas marrant.

- Dis-toi plutôt que je te protège, idiot. Tu veux vraiment que je le laisse te castrer ? La charmante jeune femme qui t’accompagne risque d’être déçue alors. Bon, Tobias est ce que tes souvenirs sont revenus ?

- Oui, j’en ai parlé à mon frère. Tu sais, celui qui est pianiste. Il m’a parlé qu’il y a un peu plus de seize ans, une jeune russe était venue dans notre pays afin d’améliorer son talent hors du commun au violon.

 Reï et Ludwig qui se trouvait un peu plus loin, se tendirent en entendant le mot russe et violon. Sans faire trop de bruit, ils se rapprochèrent pour écouter.

- Pour qu’elle puisse rester dans notre pays, elle dut accepter d’enter dans une école de musique. Pourtant vu le talent, elle n’en avait vraiment pas besoin. Mais cela lui permit aussi d’apprendre notre langue. D’après mon frère, cette fille logeait chez son professeur de musique.

- Que sais-tu d’autres ? Son nom ? Celui de son professeur ?

- Le nom de la jeune fille, il ne s’en souvient pas, mais le professeur s’appelait Arturo Conti. D’après mon frère, cet homme était un halluciné. La seule chose qui l’intéressait dans la vie, était la musique et son piano. Une rumeur circulait qu’il avait une tendance à avoir des liaisons avec ces élèves. Une autre et elle est plus tenace, affirmait qu’il les menaçait afin de les avoir et que sa femme était parfaitement au courant. A vrai dire, vu tous les phénomènes que j’ai pu rencontrer dans ma vie, je suis sur et certain que c’est tout à fait plausible. Il parait également qu’il doit beaucoup d’argents à certaines personnes dont il vaut mieux éviter pour sa survie. Si j’ai un conseil à vous dire, c’est fait en sorte que le gamin ne reste jamais seul.