Comme l’avait prévu Renko, Carlin préféra acheter tout le nécessaire pour Erwan. Alors, dès le lendemain, le jeune homme, le garçon qui sécha l’école maternelle et biensur de Luce toujours aussi joyeux, se rendirent dans le centre commercial le plus proche pour faire des folies dépensières pendant que les autres devaient soit bosser, soit être en cours.

 Evidemment, Carlin n’acheta pas que le strict nécessaire. Il dépensa bien plus que prévu d’ailleurs. Non seulement, il rhabilla Erwan de la tête aux pieds pour au moins plusieurs mois, il en fit de même pour Luce qui grandissait trop vite. Il prit aussi des vêtements pour les garçons, Maeva et Thalia. La vendeuse voulut lui faire comprendre qu’il ne pouvait acheter sans connaître les tailles, mais il n’en démordit pas d’un pouce. Il connaissait ses gosses mieux que quiconque, alors il n’y aurait aucun problème. Il eut même droit à une remise sur le montant total des achats de la part de la directrice de la boutique vu tous les achats qu’il venait de faire chez eux. Mais aussi parce qu’ils avaient été charmé par les deux petits qui l’accompagnaient. Erwan était sage et ne courait pas partout, ne touchait pas les habits en vente avec ses mains salles, répondait poliment et pour ne pas gâcher le tout était mignon tout plein. Alors que Luce, lui, baragouinait dans sa poussette, donnait des sourires à tout le monde. Carlin songea même de les emmener à chaque fois qu’il devrait faire une vente d’un de ses tableaux afin que les acheteurs potentiels en oublient de lui faire baisser les prix.

 Etant donné que l’ancienne chambre des garçons se trouvait également en travaux indéterminés et que aucune autre chambre n’était libre, Erwan devait donc dormir dans une des chambres d’un des garçons. Erwan choisit celle de Reï avec qui il s’entendait bien et surtout pour embêter au possible Ludwig.

 Parce que dans cette famille, Erwan l’avait vite compris à ces dépens que des boucs émissaires, il n’y en avait pas trente six milles. Renko et Maeva en étaient immunisés. Thalia pouvait être bien pire que lui. Carlin ? Erwan préférait éviter. Il n’était pas assez fou pour réveiller le côté sadique de son oncle. Quant à Reï et Luce, le garçon les adorait trop pour les ennuyer. De toute façon, Luce était beaucoup trop petit. Alors, il lui restait que Ludwig. Quand Reï et Luce le traitaient d’idiot, ce n’était pas seulement pour rigoler mais c’était également juste une vérité. Il était trop facile à mettre en boîte, prenait la mouche facilement, il boudait, il râlait, il s’énervait bêtement, disait des âneries plus grosses que sa tête. Vu que son plaisir personnel, c’était Reï, Erwan ne s’embarrassait pas de l’énerver encore plus en squattant le blondinet de façon presque permanent.

 Reï reçut une nouvelle lettre de Melinda Garcia qui lui demandait si tout allait bien, s’il s’était fait des nouveaux amis, s’il s’entendait toujours bien avec sa famille d’accueil. Surtout s’il avait trouvé le bonheur qu’il méritait. Elle lui parlait d’elle-même, de sa famille. Elle espérait qu’un jour prochain, ils pourraient se revoir afin de faire plus ample connaissance. Le garçon en discuta avec Carlin et Renko. Les deux hommes lui assurèrent que jamais ils ne l’empêcheraient de voir des amis. Si cette femme voulait vraiment faire plus ample connaissance avec Reï, ils pourront organiser un voyage pendant les grandes vacances soit en juillet ou en aout si biensur cela convenait à cette Madame Garcia. Elle pouvait même leur téléphoner afin d’organiser ce voyage dans les meilleures conditions.

 Ce jour-là, Reï eut une double surprise par la visite de l’inspectrice Gabriella Facter. Il se trouvait dans le salon en compagnie de Ludwig, d’Erwan et du petit Luce. Ils s’amusaient à regarder les carnets à dessin et montrait les portraits à Luce juste pour l’entendre dire les prénoms. Plus ils le faisaient et plus le petit prononçait avec plus de facilité. Sur une des pages, Ludwig sursauta. Il ne l’avait jamais vu ce dessin avant. Carlin l’avait dessiné alors qu’il jouait du saxophone. Il se demandait bien quand il l’avait fait. Luce se mit à rire et lança aussitôt :

- Diot !

- Tu ne peux pas arrêter avec ton « Diot », microbe ?

 Le bambin rit à nouveau et le répéta à nouveau jusqu’à que Ludwig le renverse pour le chatouiller. Luce partit en fou rire ce qui fit sourire les deux autres. Gabriella arriva à ce moment là et elle fut charmée par le spectacle des deux adolescents et les deux enfants. Elle fut surtout ravie de voir enfin un sourire sur le visage du jeune homme qu’elle avait amené dans cette demeure quelques mois plus tôt.

- Et bien, on dirait que l’on s’amuse bien ici, finit-elle par murmurer.

 Tous les regards se braquèrent sur l’arrivante. Elle eut droit d’avoir un grand sourire de la part du blond qui semblait content de la revoir.

- Notre inspectrice préférée ! s’exclama Ludwig.

 La jeune femme se rapprocha afin de les saluer plus facilement.

 Son regard se baissa sur le garçon et sur le bambin.

- Bonjour jeune homme, dit-elle au garçonnet.

- Bonjour.

- Vous êtes de corvée de baby-sitting ?

- Non et ce n’est pas une corvée, non plus. C’est agréable d’être avec Luce et Erwan, répondit Reï.

- On dirait bien. Je suis contente de voir que tu te sens bien ici.

- Oui, je devrais même vous remercier, Gabriella. C’est grâce à vous si j’ai trouvé ma place.

 L’inspectrice s’agenouilla et tira sur le carnet à dessin pour regarder les images. Sur une page, un portrait de Renko apparut. Luce posa une menotte dessus et lança en regardant la femme.

- Papa.

 Gabriella sourit.

- On dirait bien que toi aussi, tu es content d’être ici, pas vrai ?

 Le bambin gloussa et tapa des mains comme s’il avait compris.

- Ma sœur m’avait raconté que vous aviez eu des ennuis avec une femme. Mais il semble qu’il n’a pas été trop traumatisé.

- Il l’a été un peu. Maeva ne pouvait même plus le prendre dans ses bras, mais c’est de l’histoire ancienne maintenant. Un Luce qui ne rit pas ou ne sourit pas, n’est pas Luce, renchérit Ludwig.

- Au centre commercial, toutes les mamans enviaient Carlin. Elles auraient bien aimé changer leur bébé pleureur contre Luce, raconta Erwan. D’ailleurs Carlin a dit qu’il allait à chaque fois nous prendre avec lui quand il doit vendre un de ses tableaux.

- Pourquoi donc ?

- T’es idiot, Ludwig ou tu le fais exprès ?

- Et toi, tu me cherche ? grogna Lud contre Erwan.

- Diot ! s’exclama alors Luce faisant rire l’inspectrice.

- Trop drôle !

- Vous n’êtes pas obligé de vous foutre de ma poire ! Bouda Lud.

- Désolée Ludwig. Je ne le referais plus, promis.

- Ne vous inquiétez pas, Gabriella. La vérité sort toujours de la bouche des enfants, alors idiot il l’est et  il le restera surement toute sa vie.

- Reï chou, je risque de me venger !

 L’inspectrice fut très surprise en entendant la phrase. En les observant mieux, elle put se rendre compte en premier lieu de la solide amitié qui devait lier les deux garçons, mais aussi autre chose qu’elle pouvait voir en regardant son propre fils avec son amant.

- Tu ne me fais pas peur et puis maintenant, j’ai du renfort. Tu es mal barré mon pauvre Lud.

- Trouillard ! Tu te cache derrière des gosses.

- Haha ! Vous êtes trop chou, tous les deux ! s’exclama l’inspectrice.

 Les deux garçons se mirent à rougir sous le rire de la femme. Erwan secoua la tête exaspéré.

- Ils sont bête tous les deux ! Ils n’ont même plus besoin de dire qu’ils sont ensemble parce que cela se voit de suite.

 Gabriella fut un peu estomaquée. Elle baissa son regard sur le gamin de cinq ans.

- Quoi ? Ne soyez pas si surprise ! Je suis peut-être petit, mais je ne suis pas aveugle et sourd.

- Euh ! Je veux bien le croire, mais j’ai rarement rencontré des enfants de ton âge parler de cette façon.

- C’est normal ! Ils ne font pas parti de la famille Miori, c’est logique.

- Si tu le dis !

 Gabriella se passa une main dans ses cheveux amusée malgré elle. Elle devrait être habituée de voir de sacré phénomène dans cette famille en commençant par les parents.

- Pourquoi êtes-vous venue, Gabriella ? Finit par demander Reï.

 La jeune femme se tourna vers le blond qui tenait Luce par les deux mains afin de le maintenir debout. Le petit commençait à vouloir se mettre debout. Elle les trouva très mignon tous les deux.

- J’ai appris que vous aviez eu une visiteuse indésirable. Je voulais juste savoir si elle n’avait pas fait des ravages.

 Le garçon sourit.

- C’est bien qu’elle soit venue. J’ai su la vérité sur mon compte au moins.

 Il la regarda un instant en silence, puis finit par demander.

- Est-il possible que vous enquêtez sur une affaire qui remonte très loin ?

- Tout dépens de ce que s’est !

- J’aimerais en savoir plus sur la mort de ma vraie mère. Dans le dossier, il est dit qu’elle est morte d’une overdose dans les toilettes du lycée, deux ans après ma naissance. Est-il possible dans savoir plus ?

- Qu’est ce qui t’inquiète ?

- Je ne sais pas. Il y a toujours des zones d’ombres dans mes souvenirs. Je suis sure que mon père a un rapport directe avec sa mort et pour d’autres choses aussi bien que je ne vois pas quoi.

 Luce lâcha les mains de Reï et chavira sur les fesses. Il fronça les sourcils surpris avant de se mettre à rire. Gabriella ne put s’empêcher de sourire. Elle se rappelait que son fils lui pleurait à chaque fois quand il retombait sur les fesses, parce qu’il était vexé. Apparemment, le petit Luce ne s’arrêtait pas à ce genre de considération. Elle reporta son attention au blond qui attendait sa réponse.

- Je vais demander à Carlin de me donner ton dossier. Je ne te promets rien, mais je ferais mon possible pour satisfaire ta curiosité légitime.

 En remerciement, elle eut droit non seulement à un immense sourire mais également à une bise de la part de Reï.