Après un samedi très mouvementé, le dimanche se passa plutôt dans le calme. Carlin et Renko décidèrent de reprendre les travaux dans les chambres restantes laissées à l’abandon depuis un moment. Ils étaient interrompus seulement quand Luce demandait qu’on s’occupe de lui. Maeva avait retrouvé le sourire et sa joie quand Luce lui avait tendu ses petits bras pour un câlin.

 Dès cet instant, les pères ne revirent pas une seule fois la fille et le fils, mais pouvaient entendre leur rire. Ils en étaient soulagés. Reï finit par venir leur donner un coup de main en trainant derrière lui un Ludwig râleur qui ne voulait en aucune façon faire des travaux.

 Mais il changea d’avis quand Renko suggéra que la chambre où ils se trouvaient risquer fort bien d’être celle de Reï prochainement. Carlin ajouta également qu’ils devront penser à acheter un grand lit pour embellir convenablement cette grande chambre. Si Ludwig était ravi d’entendre cela, Reï lui se sentait tout petit et rougissant. Il savait bien que les deux adultes faisaient exprès pour le mettre dans l’embarras et ils y prenaient leur pied.

 

 Tout le reste du mois ressembla à ce dimanche. Il semblait que ce long samedi infernal n’avait jamais existé. Seule une certaine photo d’une femme blonde souriante, encadré dans un jolie cadre vert, posé sur la table de chevet de la nouvelle chambre individuelle de Reï, attestait que cette journée avait réellement eu lieu. Ludwig s’était vu attribué la chambre de face bien que souvent, il se retrouvait dans celle du blond ou vis versa.

 Depuis un moment, les cauchemars de Thalia se faisait de plus en plus rare et pour son frère, cela le soulageait de ne plus la voir triste et fatiguée. Elle venait de temps en temps ennuyer les deux garçons et prenait plaisir à squatter le lit de son frère qui boudait parce que dans ces conditions, il ne pouvait rejoindre son blondinet.

 L’exposition de Carlin allait bientôt avoir lieu mais le jeune homme ne semblait pas le moins du monde stresser. C’était plutôt Maeva et Renko qui l’était à sa place ce qu’il trouvait très drôle et ne manquait pas une occasion de les mettre en boîte.

 Une fin d’après midi de la semaine, il se trouvait dans le salon en compagnie de Luce assit sur une couverture qui à l’origine jouait avec des voitures, mais quand il vit son père allongé sur le ventre regardant un carnet à dessin, il rampa pour le rejoindre. Il posa une petite menotte sur la page et lança :

- Ma ?

 Carlin, la tête posée sur une main pour la soutenir, leva les yeux vers son fils. Le bambin regardait le dessin sur la page. Le jeune homme sourit et reprit en articulant :

- Ma-e-va.

 Le bambin pencha la tête comme à son habitude quand il devait assimiler un nouveau fait. Il essaya de répéter.

- Ma … Ma .. Va

- Haha ! Tu y es presque.

 Carlin leva sa main libre et caressa la tête de son fils qui émit comme un ronronnement des plus mignons. Carlin tourna une autre page. On y voyait une jolie fillette, toute souriante.

- Lia ? demanda Luce.

- Tha—li—a, articula à nouveau Carlin.

- Ta – la

 Une nouvelle caresse sur la tête. Luce, tout content, s’applaudit.

- Ouais, t’es trop fort. Allez on continue :

 Il tourna la page et montra un petit garçon aux cheveux noirs assis sur une couverture jouant avec des cubes. Luce se mit à rire.

- Alors c’est qui celui là ?

 Le bambin rit à nouveau tout heureux.

- Lu !

- Haha ! Pas Lu, tu n’es pas une marque de gâteau, voyons. Répète : Lu ---- ce

- Lu ---- ce.

- Bravo !

 Le bambin s’applaudit à nouveau et répéta son prénom un nombre incalculable de fois. C’est à cet instant qu’un grand jeune homme de plus d’une trentaine d’année, les cheveux court blond aux yeux bleus fit son entré dans la pièce. En faite, il observait la scène depuis un long moment déjà, mais n’avait pas voulu les déranger. Il était toujours stupéfait de la vitesse à laquelle Carlin arrivait à faire parler correctement les enfants. Quelques années plus tôt, il l’avait vu faire avec Lina. Il toussa pour se faire repérer par son ami.

- Youji ?

- Salut Carlin, comment tu vas depuis la dernière fois ?

 Youji se rapprocha pour dire bonjour au bambin qui adressa un sourire au nouveau venu sans la moindre peur. Il ne savait plus qui c’était, mais se souvenait de l’avoir déjà vu. L’homme s’agenouilla et ébouriffa la petite tête.

- Elle est là ?

- Pardon ?

- Ta chère et tendre, elle est là ? demanda Carlin.

 Youji se mit à rire en comprenant la raison de cette demande.

- Non, elle a dit qu’elle avait des patients à aller voir. Je crois bien que c’était des excuses bidon.

- Je le crois aussi. Pourquoi es-tu venu ici ? En rapport avec ton père ?

 Le blond se tourna vers le compagnon de son frère en silence. Il voyait bien que cela l’énervait un peu. Il préféra le rassurer à ce sujet.

- Non, ne t’inquiète pas. D’ailleurs, il n’est pas dans les parages. Il a pris quelques jours de repos bien mérité. J’ai eu bien du mal à lui remettre les pendules à l’heure, mais finalement, il a fini par ouvrir les yeux.

- C’est vrai ? Tant mieux. Alors pourquoi cette visite ?

 Avant que Youji puisse répondre deux poupées blondes identiques et un poupon brun firent leur apparition dans le salon de façon très bruyante. Les deux filles foncèrent d’emblée sur Carlin afin de lui sauter dans les bras pour le saluer à leur manière. Celui-ci s’était redressé pour les accueillir tendrement dans ses bras et leur fit à chacune un câlin. Ensuite, elles s’emmitouflèrent chacune dans un creux et y restèrent.

Le garçon, lui, beaucoup plus calme, s’approcha plus tranquillement. Si les filles avaient hérités des yeux noisette de leur mère, le garçon lui avait eu l’héritage des yeux bleus saphir de son grand père. Il avait également le visage plus anguleux et des lèvres pleines dont le sourire se faisait rare. Pas que l’enfant était du genre malheureux, mais il était plus sombre et recevoir un de ses sourires était une sorte de récompense. Chaque fois qu’il le voyait, Carlin se demandait si ce petit était bien né de l’union de Youji et de Mili. Pourtant, il n’y avait aucun doute la dessus vu que c’était des triplés.

- Bonjour Erwan.

 Le garçonnet hocha la tête comme salut. Son attention était portée sur le petit garçon posé sur la couverture. Il ne l’avait jamais vu. Les fillettes finirent par le voir aussi et elles finirent par demander.

- Qui s’est, tonton ?

- Il s’appelle Luce. Il a dix mois maintenant enfin depuis hier. Il faudra être très gentil avec lui. Compris ?

 Les deux fillettes acceptèrent sans discuter. Les ordres de leur Tonton Carlin étaient irrévocables. Youji soupira. Si elles pouvaient lui obéir aussi facilement, il les bénirait toute sa vie, mais ses friponnes faisaient tout le contraire évidemment. Il ne savait pas pourquoi mais Carlin et Renko arrivaient toujours à se faire obéir aux doigts et à l’œil. Ce n’était vraiment pas juste.

 Erwan, intrigué par le petit, finit par s’approcher et s’agenouilla juste à côté de son père. Luce leva ses yeux noisette vers le nouveau venu. Il ne le connaissait pas, mais il était fasciné par les deux choses très brillantes. Il lança en montrant le garçon et regarda son père.

- Beu ?

 Carlin sourit. Plus, il grandissait et plus il apprenait vite.

- On dit bleu.

- Bleu ? répéta aussitôt le bambin.

 Son père hocha la tête. Luce sourit et regarda de nouveau le garçonnet.

- Bleu ?

 Erwan, toujours très sérieusement, s’installa mieux. Il appréciait bien ce petit finalement. Il était bien plus intéressant que ses stupides sœurs ou son idiot de grand frère. Il finit par demander.

- Comment il s’appelle ?

 Youji observa son fils, très étonné. Enfin quelque chose qui l’intéressait celui-là. Habituellement, Erwan avait un sérieux problème avec les autres. Pas qu’il était renfermé, mais il ne les supportait pas. Il avait une certaine tendance à faire crier et pleurer ses sœurs. A cinq ans à peine, il savait déjà lire, savait écrire et parlait couramment l’anglais. Aux dernières nouvelles, il essayait d’apprendre l’espagnole et l’italien.

- Tonton Carlin l’a déjà dit, Erwan. Débouche tes oreilles, répliqua Maddie.

 Le garçonnet renifla et jeta un coup d’œil mauvais à sa sœur.

- Luce.

 Les deux adultes se tournèrent vers le bambin. Carlin libéra une de ses mains et caressa les cheveux noirs de son fils qui lui adressa un nouveau sourire.

- C’est jolie comme prénom, lança alors Erwan. Cela veut dire lumière.

- C’est vrai ? Et bien tant mieux, ce prénom lui colle comme un gant. Pour moi, il est ma lumière, annonça Carlin.

 Un semblant de sourire apparut sur les lèvres pleines du garçonnet, il demanda :

- Tu crois qu’il arriverait à dire le mien ?

- Essaie pour voir. Articule –bien.

 Luce pencha la tête et écouta le garçon. Il répéta au début avec beaucoup de difficulté. Ce n’était pas un prénom facile. Le mieux qu’il parvint fut :

- Wan ?

 Un vrai sourire apparut alors sur les lèvres du jeune garçon. Son père en fut tout estomaqué. Ce n’était pas peu de le dire, mais un sourire le transformait. Son visage s’éclaircissait et le rendait très mignon. Il ne ressemblait plus à ce petit diable qui avait osé dire à son grand-père, face à face, que c’était un être répugnant de faire pleurer sa grand-mère. Loin d’être choqué par cette attitude un peu irrespectueuse, August s’était esclaffé. Il avait alors dit à son fils qu’Erwan serait surement un homme d’affaire des plus redoutables.

- Est-ce que je peux jouer avec lui ? demanda poliment Erwan à Carlin.

- Biensur. Pas de problème.

- Nous aussi, on veut jouer avec.

 Carlin vit le sourire disparaître de visage du garçonnet. Alors pour empêcher qu’Erwan ne se referme, il lança :

- Non, mes demoiselles. Vous, vous allez venir avec moi et on va aller ennuyer votre oncle Renko.

 Les deux fillettes se levèrent aussitôt en compagnie du jeune homme. Elles lui donnèrent la main et elle s’exclamèrent presque en même temps.

- Oui, on va le supplier pour nous faire du chocolat avec plein de mousse.

 Youji remercia d’un hochement de tête Carlin pour être intervenu. Finalement, il avait eu raison d’avoir céder aux caprices de ses filles. A peine rentrées de l’école, elles l’avaient suppliée d’aller rendre visite à leur oncle préféré. Il était soulagé que son fils ait accepté de venir aussi. Il jeta un coup d’œil vers les deux garçons. Il soupira. Erwan ne faisait aucun cas de son père. Il jouait tranquillement avec Luce aux cubes. Il se releva et s’installa dans un des canapés et regarda le carnet à dessin que Carlin regardait un peu avant. Son ami avait toujours autant de talent. Il sourit quand il entendait le rire du bambin. Il comprenait mieux maintenant pourquoi sa femme aurait bien aimé l’adopter.