Reï quitta la salle de musique beaucoup moins inquiet maintenant que Renko se trouvait présent. En passant devant la chambre du bambin, il entendit du bruit. Il s’y rendit et découvrit Luce debout se tenant par les barreaux du lit. Reï sourit un peu tristement. Habituellement, le bambin dès qu’il l’aurait aperçu, l’aurait appelé à grand cri avec un rire coquin, mais maintenant, Luce avait les yeux rouges et la seule chose qu’il fit, fut de tendre ses petits bras vers le blond. Par son geste, il chavira sur les fesses tout étonné. Reï se mit à rire et le souleva.

- Petit fou ! Ne te lâche pas comme cela, tu tomberas toujours. Tu es encore trop petit.

 Luce posa sa tête sur l’épaule du blond en suçant son pouce.

- Allez, allons rejoindre l’idiot et Maeva.

- Diot ?

 Reï se mit à rire.

- Oui, j’ai bien dit l’idiot.

 Ils se rendirent dans la cuisine où les deux autres s’y trouvaient toujours. Maeva faisait du café pendant que Ludwig boudait dans son coin, assis au comptoir. Reï installa Luce dans sa chaise haute. Maeva s’approcha pour déposer une petite assiette de compote afin de le nourrir comme d’habitude, mais Luce se recula apeurer. La jeune fille se sentit tout triste d’être ainsi rejetée.

- Laisse-lui encore un peu de temps, Mave. Le choc est encore trop présent.

 Maeva hocha la tête avec un petit sourire tristounet.

- Je … Je vais voir ce que fabrique Thalia, finit-elle par dire avant de sortir rapidement de la cuisine.

 Reï s’installa face à son camarade, la tête entre ses mains.

- Pourquoi tu boudes ?

- Je ne boude pas.

- Mais biensur !

- Diot ! s’exclama alors le petit très sérieusement.

- Dis donc petit morveux ! répliqua-t-il en se retournant vers le bambin.

 Il éclata de rire avant de se lever pour réparer les dégâts. Il essuya les mains et la bouche de Luce.

- Maeva était tellement sous le choc qu’elle a oublié qu’il était bien trop petit pour manger tout seul.

 Luce avait trempé ses doigts dans la compote et bien qu’il comprenne aisément que la nourriture devait se mettre dans la bouche, il ne savait pas encore très bien viser. Ludwig se chargea ensuite de le nourrir. Il finit par demander à son camarade.

- Où étais-tu passé quand nous sommes rentrés ?

 Reï sourit et avoua :

- Dans la salle de musique avec Carlin.

- Et tu faisais quoi avec mon oncle ?

- Va savoir ! Plein de choses.

- Mon Reï chou se n’est pas bien de rester dans le vague. Tu sais que j’arriverais à te faire parler que tu le veuilles ou non !

- Quand tu veux mon grand !

 Estomaqué, le percé se tourna vers le blond toujours assis au comptoir. Un sourire errait sur ses lèvres fermes. Ludwig mourrait d’envie de l’embrasser. Il soupira ce qui fit agrandir le sourire de Reï. Le bougre se rendait bien compte de l’effet qu’il lui faisait. Il hésita un instant, puis cédant à son impulsion, il fondit sur son camarade qui n’eut pas le temps de réagir. Il le coinça entre ses deux bras de chaque côté du comptoir. Reï pouvait sentir la chaleur du corps de Ludwig contre son dos. Il frissonna dès qu’il sentit les lèvres percés frôler la peau de son cou. D’une voix, un peu tremblante, il lança :

- Tu ne devrais pas donner le mauvais exemple à Luce.

- Le mauvais exemple, hein ?

 Ludwig remonta vers une oreille et la chatouilla avec la langue. Reï serra les dents pour ne sortir aucun son susceptible de plaire à son camarade. Les lèvres de Lud glissèrent jusqu’à la joue et prenant son ami par surprise, parvint à lui tourner le visage. Il posa ses lèvres sur les siennes. Le blond laissa pénétrer la langue impudente et chaude qui le titilla aussitôt.

 Un bruit de fracas retentit les faisant sursauter. Ils se retournèrent vers la chaise haute. La petite assiette de compote se retrouvait maintenant sur le sol. Luce se penchait pour observer sa bêtise.

- Luce ! Tu es une vraie calamitée ! s’exclama, exaspéré, Ludwig sous le rire du blond.

 Luce se redressa et regarda le percé de ses grands yeux noisettes il montra le sol et haussa les épaules.

- Obé ! dit-il alors.

 Ludwig leva les yeux au plafond.

- Petit morveux ! Tu as vu tes bêtises.

 Luce pencha la tête, puis montra Lud puis le sol à nouveau. Il reprit dans son langage.

- Diot ? Obé !

 Reï ne put se retenir et s’esclaffa de rire.

- Je n’y crois pas. Une crevette qui se fout de ma poire !

- Ah ! Vraiment trop drôle. Tu es le meilleur Luce, s’exclama Reï toujours hilare.

 A la stupeur et au plaisir des deux adolescents, Luce esquissa un léger sourire en coin.

 

 Deux heures plus tard, peut-être plus, les deux garçons se trouvaient toujours dans la cuisine à discuter ou à se chamailler puisque c’était leur passe-temps favori. Par précaution, Reï avait prit sur lui Luce afin que son camarade ne lui refasse plus  des coups en douce. Le petit était redevenu une vraie pipelette et baragouinait avec les deux grands joyeusement.

 A cet instant, une femme, de taille moyenne, les cheveux frisés de couleur roux, aux traits très marqués, fit son apparition devant la porte de la cuisine faisant ainsi sursauter les deux garçons. Ludwig devait la connaître car il fit la grimace en la voyant. Luce se serra un peu plus dans les bras du blond.

 Cette femme inspirait de l’antipathie et une certaine répugnance. Reï se demandait qui elle pouvait bien être. Cette femme se permit de les détailler de la tête aux pieds sans aucune gène. Elle renifla de dégout en apercevant le bambin.

- On ne vous a pas appris à frapper avant d’enter chez les gens, s’écria Ludwig.

- La ferme le batard !

 Reï fut très choqué par la vulgarité de la femme. Il jeta un coup d’œil vers son ami qui semblait en fureur, les lèvres pincées. Celle-ci reprit :

- Va me chercher Oda. J’ai à lui parler.

- Je ne suis pas à vos ordres.

- Espèce de petit batard !

- SILENCE BLANCHE ! Lança une voix aux intonations aussi froide qu’une lame de couteau, faisant sursauter tout le monde y compris Luce qui cacha son visage contre le cou de Reï.

 Celui-ci resserra son étreinte contre le petit corps. La femme se retourna vers la personne qui venait de lui intimer le silence. Elle croisa des yeux d’un noir profond, plus lugubre que la nuit. Elle eut un geste de recul avant de reprendre contenance. Elle se redressa pour montrer qu’il ne lui faisait pas peur.

- Que viens-tu faire chez moi sans invitation, Blanche ? interrogea Carlin d’une voix toujours aussi peu chaleureuse.

 Elle jeta un coup d’œil mauvais aux deux garçons dans la cuisine. Son regard s’attarda un peu plus sur le blond. Elle eut un sourire mauvais. Reï se sentit mal à l’aise.

- Nous devons parler de dettes.

- Des dettes ? Aux dernières nouvelles, je n’en ai pas, ni Renko d’ailleurs.

- Je ne parle pas de toi, abruti.

- Garde tes réflexions pour toi, Blanche. Tu sais que je n’aime pas tes manières.

- Espèce de sale péd …

- Fait attention à ce que tu vas dire ! s’exclama une autre voix d’homme aussi sec que celle de Carlin.

 La femme tourna son regard vers le grand brun. Elle eut un ricanement.

- Tu as tourné d’une drôle de manière, Renko. Tu étais bien plus aimable, il y a quelques années.

- C’est juste qu’en vieillissant, je me suis rendu compte à quel point j’étais stupide de vous avoir considérer comme ami, ton frère et toi.

 La femme serra ses lèvres déjà très fines. Carlin reprit la parole toujours sans chaleur.

- Reï donne Luce à Ludwig et amène toi dans le bureau.

 Il lança un regard noir à la femme avant de se détourner et de se rendre vers le bureau, suivi de près par Renko et de la rousse. Reï et Ludwig se regardèrent surpris et inquiet. Le blond lui donna le bambin et se rendit à son tour vers le bureau.

 Carlin s’installa derrière la table de travail et posa ses pieds dessus, à l’aise. Renko posa son dos contre une bibliothèque les bras croisés. La femme renifla et s’assit très droite sur un des sièges face au bureau. Le garçon hésita à pénétrer dans la pièce. Il jeta un coup d’œil vers Carlin, mais celui-ci fixait la femme sans cligner des yeux, toujours aussi froid. Il se tourna alors vers le grand brun qui lui adressa un léger sourire. Il se sentit un peu plus rassuré. Il referma la porte et décida de s’installer plutôt dans le canapé qui se trouvait un peu plus loin de Carlin.

- Pourquoi as-tu fait venir le mioche ? Finit par demander mal à l’aise la femme.

- Pourquoi pas ? Après tout cela le concerne directement, pas vrai ?