Pour faire plaisir à Debbie et Lina, Renko resta déjeuner avec elles. Très heureuses, elles ne firent que discuter de tout et de rien. Lina demanda si Reï s’était bien habitué à sa nouvelle vie ou si Ludwig l’ennuyait toujours autant. Le jeune homme lui assura que tout allait bien et que les garçons s’entendaient plutôt bien, même beaucoup plus que cela. Lina n’eut pas besoin d’un dessin pour comprendre. La seule chose que répondit la jeune fille, fut qu’elle avait gagné son pari contre Shin.

 Renko ne chercha même pas à savoir ce que pouvait bien être ce pari. Il était mal placé pour juger également puisqu’il en avait fait un avec Carlin au sujet de Luce. Discuté avec les filles lui permit de se calmer. Il ne savait pas pourquoi son père agissait ainsi depuis quelques années, mais il en avait assez de ces caprices. August Miori n’aimait pas particulièrement qu’on lui dise non. D’ailleurs personne n’osait le contrarier, sauf ses fils et sa fille dernièrement. Il ne manquait plus que Debbie maintenant. Voir sa belle-mère, si triste, faisait mal à Renko. Cette femme avait surmonté tous les jalousies ainsi que la haine de la première femme de Miori.

 Vers la fin de la journée, Renko rentra chez lui. La conduite lui permit d’envoyer ces mauvaises pensées aux oubliettes. Il était pressé de rentrer, de voir sa famille. Le seul endroit où il se sentait bien.

 Dès qu’il pénétra dans la demeure, il sut que quelque chose n’allait pas du tout. Etrange, son bout entrain ne venait pas le saluer comme à son habitude. Fronçant les sourcils, il se dirigea vers la cuisine. Maeva et Ludwig s’y trouvaient devant des tasses de chocolat. Leurs visages étaient beaucoup trop sombres. Quelque chose avait dû se produire. Il entra les faisant sursauter. Maeva, voyant son père, se leva pour se jeter dans ses bras. Renko, inquiet, demanda tout en caressant ses cheveux noirs.

- Que se passe-t-il ? Où sont Carlin, Luce et Reï ?

 Ludwig se chargea de le mettre au courant de l’évènement qui s’était produit dans le parc. Renko se passa une main lasse dans ses cheveux bruns. Ce n’était vraiment pas bon !

- Merde ! Avait-elle besoin de lui sortir ça ? Elle va m’entendre !

 Il repoussa un peu sa fille et lui baisa le front.

- Ne t’inquiète pas, d’accord ? Laisse à Luce le temps de se calmer et tout redeviendra comme avant.

- Oui, mais …

- Je m’en occupe, Mave. Reste avec Ludwig et apprend-lui à faire du bon café. Je crois que j’en aurais besoin.

- Tu insinue quoi, Ren ? S’offusqua Ludwig en boudant comme à son habitude.

 Heureusement que certaines choses ne changeaient pas. Renko ressortit de la cuisine et se mit en devoir de chercher après son compagnon. Il trouva Luce dans son lit qui dormait à poing fermé. Son corps tremblait de soubresauts. Sans le vouloir, cette femme lui avait vraiment fait peur. Renko caressa tendrement la tête aux cheveux noirs. Il soupira et reprit sa recherche.

 Carlin ne se trouvait pas dans sa chambre, ni dans son atelier ce qui était étrange. Habituellement quand il était triste, déprimé ou en colère, il se libérait en peignant. Où pouvait-il être ? Et surtout où était Reï également ?

 

 Il monta encore un étage et il lui sembla entendre le son d’un violon. Il s’y rendit et poussa un peu la porte de la salle de musique. Tout près du piano, Reï se tenait debout, jouant de l’instrument. Il avait les yeux fermés et jouait un air que Renko semblait connaître mais n’arrivait pas à se remettre en mémoire. La mélodie était intense et émouvante aussi. Quand le son devenait plus aigue, la mélodie vous attrapait aux tripes et faisait monter des sensations très étranges.

 Renko fit le tour de la pièce du regard et trouva son compagnon recroquevillé sur un fauteuil, les bras entourant ses jambes. Il observait l’adolescent fixement, des larmes lui coulaient à flot sur le visage, mais il ne cherchait pas à les essuyer. Il semblait juste captiver par ce qu’il entendait. Renko pouvait le comprendre. Reï possédait véritablement un talent époustouflant. Il devait même dire que c’était un vrai génie.

 Renko se décida à entrer. Reï baissa son instrument et se tourna vers le grand brun. Il lui fit signe avant de poser le violon sur le piano et de sortir de la pièce pour laisser les deux adultes ensembles. Il prit même la peine de fermer correctement la porte.

 Renko s’approcha de son compagnon qui venait de lever les yeux vers lui. Il s’agenouilla. Décidemment, c’était une vraie habitude aussi. Depuis dix huit ans de vie commune, Carlin arrivait toujours à le mettre à ses pieds. Renko leva une main et essuya les larmes des joues du visage pâle de Carlin. Celui-ci, un peu surpris, porta lui-même une main vers sa figure et regarda sa main mouillée. Il renifla et s’exclama :

- Je ne m’étais pas rendu-compte que je pleurais. Il joue vraiment très bien, beaucoup trop bien.

- Mmmh ! C’est vrai, je me demande d’où il tient ce talent.

- Peut-être de son père ? Nous ne savons pas qui il est.

 Carlin entoura de ses bras le cou de son compagnon et posa sa tête contre son épaule. Renko le serra tendrement.

- Ren ? Je suis très égoïste. J’ai été cruel avec cette femme.

- Chut, Carlin. Tu dis des bêtises. Tu n’as pas été cruel. Cette femme, à ta place, aurait réagi de la même manière. Tu voulais juste protéger Luce. Tu es un peu comme un animal sauvage qui veut protéger ses petits des prédateurs. Je n’ai pas raison ?

- Je suis nul, je n’ai même pas été capable de faire quoi que se soit face à elle. J’avais si peur qu’elle s’en aille en le gardant avec elle. Luce hurlait tellement comme quand il était bébé. C’était horrible et depuis que nous sommes rentrés, il ne dit plus rien, ne sourit plus. Je veux mon bébé, Renko !

 Renko serra plus fort son compagnon dont les larmes coulaient à nouveau. Il souleva le visage aimant vers le sien et baisa les paupières humides. Il glissa ses lèvres vers celle de Carlin et l’embrassa doucement. Carlin posa ensuite son front contre celui de son compagnon et émit un petit rire.

- Tu es toujours là pour me remonter le moral, mon Renko.

- Je suis là pour cela, non ?

- Je t’aime, Ren et plus les années passent et plus, je t’aime encore plus.

- Cela faisait longtemps que tu ne me l’avais pas dit.

 Carlin posa ses deux mains de chaque côté du visage de son compagnon et lui baisa les lèvres.

- Alors je te le redis, je t’aime Ren.

- Tu sais que je vais y prendre goût ? Je vais te martyriser tous les jours pour que tu me le sortes tous les matins.

- Ne compte pas là-dessus. Je suis plus doué que toi à ce jeu.

- On dirait bien que tu vas mieux. Maeva et Ludwig se faisaient beaucoup de souci pour toi.

- Ils ne devraient pas, mais ils sont adorables. C’est vrai que ce que m’a dit Justine, m’a fait mal, mais je suis ce que je suis. Je ne veux pas changer juste pour plaire à certaine catégorie de personne. J’ai de la peine pour cette femme qui a perdu son fils à jamais, mais cela ne m’empêchera pas de songer qu’elle aurait pu partir avec Luce. Il hurlait et elle s’en fichait. Je ne peux pas être gentil avec tout le monde, je ne peux pas m’occuper du malheur de tout le monde. Je dois d’abord penser au bien être des miens, ils ont ma priorité.

 Renko fit glisser ses mains derrière le dos de son compagnon et les glissa sous le pull léger de couleur rouge bordeaux. Carlin baissa son regard amusé vers son compagnon. Il frotta son bout de nez contre le sien.

- Que fais-tu avec tes mains baladeuses ?

- J’explore mon bien.

 Le grand brun se souleva un peu et emprisonna à nouveau les lèvres de Carlin pour un baiser intense pendant que ses mains continuaient à explorer et à dépouiller le corps bien fait de son compagnon. Ensuite, il put faire glisser ses lèvres sur le torse et l’embrassa à tous les points sensibles. Il titilla le téton gauche et frôla de la langue la cicatrice toujours visible, puis il glissa vers les deux autres, celle près du nombril et celle plus à droite. Carlin enfonça ses doigts dans les cheveux mi-longs du brun. Il fermait les yeux pour mieux ressentir l’effet dévastateur que lui procurait toujours Renko. Il inspira et expira un bon coup avant de pouvoir demander.

- As-tu pu voir ton père, Ren ?

 Renko s’arrêta juste un instant avant de reprendre son exploration toujours avec la bouche. Carlin serra les dents. Voilà qu’il recommençait. Il n’allait pas répondre comme d’habitude et il faudrait qu’il se fâche pour qu’il parle.

 Renko arriva devant le désir de son compagnon et le prit en bouche. Il joua, le titilla et fit crier Carlin. Il aimait bien le rendre fou, fou de désir. Au moins, tant qu’il l’occupait de cette façon, Carlin oubliait de poser des questions que le brun ne voulait pas répondre. Il savait bien que cela ne durerait pas. Carlin ne lâchait jamais prise. Il pouvait même être vraiment très chiant pour le faire parler.

 Une fois, Renko avait refusé de lui dire pourquoi il n’allait pas bien, Carlin avait insisté pendant plusieurs jours. Renko le faisait taire en l’embrassant et l’enquiquinant au possible. Cela fonctionnait toujours très bien. Sauf ce jour-là, Carlin s’était fâché pour de bon et avait même claqué la porte, bien qu’il soit revenu une heure plus tard. Il avait de nouveau insisté auprès de Renko pour savoir de quoi il en retournait, mais le jeune homme n’avait toujours pas cédé. Carlin avait imposé une condition et le bougre s’y était tenu. C’était une simple condition.

 Tant que Renko ne lui disait pas ce qu’il avait, il devrait s’abstenir de l’embrasser et surtout de le toucher. Renko n’avait pas tenu très longtemps surtout que ce morveux s’amusait à le rendre fou en prenant des poses très sexy ou tout simplement en traversant la chambre à moitié nue.

 

 Renko se redressa avant la jouissance. La respiration de Carlin s’était faite de plus en plus forte. Il souleva son compagnon et prit sa place. Il installa Carlin sur ses genoux en califourchon. Carlin se souleva un peu pour laisser les doigts joués avec son corps. Il se serrait contre Renko et l’embrassait à perdre haleine.

 Quand il fut prêt, il se laissa s’emboiter à son compagnon pour ne faire qu’un. Il rejeta sa tête en arrière pendant Renko dévorait son cou de baiser brulant.

 Quand la jouissance arriva, elle les laissa K.O. pendant un moment, toujours serrer l’un à l’autre. Carlin enfouit son visage dans le cou de son homme et Renko en fit autant. Il s’amusait à lui titiller une oreille le faisant à nouveau gémir.

- Ren ? Tu es pénible. Je devrais peut-être te refaire le coup de l’abstinence.

 Pour se venger, le grand brun frôla les fesses de son compagnon qui ne put empêcher de gémir encore une fois.

- Mais tu vas arrêter, pervers.

 Carlin se souleva un peu et s’installa juste au bord des genoux. Il penchait la tête et souriait légèrement.

- Alors, tu ne veux toujours pas parler ? Ren ? Tu le sais, hein ? Tu sais très bien que je suis capable de faire de ta vie un enfer ?

 Renko soupira fataliste. Il n’avait pas du tout envie de subir encore une fois la joie de l’abstinence, surtout avec ce petit diable dans les parages.

- Je ne le comprends plus, finit-il par avouer enfin. Il a tellement changé depuis toutes ces années. Il ressemble à nouveau à l’homme que je connaissais quand je me trouvais toujours chez ma mère. Debbie va finir par craquer. Lina ne le supporte plus et d’après ce que j’ai compris, il s’est également fâché avec Youji. Qu’est ce qu’il lui prend ?

 Renko errait son regard sur la moquette.

- L’âge ? Ton père va bientôt avoir quoi dans les soixante-dix ans ? Je me trompe ? Il se sent devenir vieux. Cela doit l’effrayer. Il veut juste avoir ses enfants avec lui, mais il s’y prend très mal parce qu’il n’a pas l’habitude de vous montrer à quel point il tient à vous.

 Renko ramena son regard vers son amant et lui caressa la joue. Carlin lui prit la main et embrassa la paume.

- Bon, peut-être qu’il s’y prend mal avec nous, mais pour Debbie ?

- Pareil ! Il songe peut-être que Debbie mérite un homme plus jeune que lui. Un homme qui pourra mieux la comblée, qui pourra satisfaire tous ces caprices, tous ces désirs.

- C’est stupide ! Debbie l’aime depuis des années et ce n’est pas parce qu’il deviendra un vieux pépère qu’elle va changer.

- Un vieux pépère ? Gloussa Carlin, tout en glissant à nouveau ses bras autour du cou de Renko. Pour Debbie, ce n’est pas de ton ressors. C’est à Debbie de faire comprendre à ton papounet qu’il est idiot de croire qu’un jeunot pourrait la satisfaire. C’est à elle de se rebeller et de lui montrer à quel point elle l’aime.

 Carlin se pencha ensuite et picora les lèvres de son compagnon.

- Ren ? Je veux mon deuxième round !