Quand ils rentrèrent ce fut dans un véritable boucan qui fit sursauter les trois résidents d’un seul bond. Maeva aidait de son mieux une Thalia qui peinait dans un exercice de mathématique. Dès qu’il comprit la situation, Carlin prit le relais et en moins de temps qu’il ne faut le dire, la fillette comprit l’exercice.

 Maeva n’en revenait jamais de la manière assez simpliste de son père pour expliquer un exercice et pourtant cela portait toujours ces fruits. Ludwig lisait un livre de Balzac par obligation et il commençait sérieusement à avoir un sacré mal de tête. Il fut donc ravi de les voir revenir surtout son petit blondinet.

 Renko, sans attendre plus longtemps, prépara le dîner et ils dînèrent tous dans la cuisine pour une fois. Ensuite, Maeva demanda la permission de sortir qu’elle reçut sans problème. Elle devait aller dans un karaoké avec ses nouvelles amies. Carlin s’occupa de prendre le bain de Luce en compagnie de Thalia. Tandis que les garçons décidèrent de regarder un DVD dans le salon.

 Reï laissa Ludwig choisir le film. Le percé lui demanda quel genre il aimait bien.

- Tout, mais j’ai une préférence pour les films d’horreurs ou de suspens.

 Finalement, le brun choisit un film que son oncle adorait par-dessus tout. Le titre était The Ring. Il ne savait pas du tout de quoi cela parlait, mais bon, il le verrait en regardant. Il mit en marche l’appareil et vint s’installer dans le même canapé que son blondinet qui prenait toute la place.

 Reï avait allongé ses longues jambes sur le reste du canapé juste pour ennuyer le percé. Avec un sourire, Ludwig écarta un peu les jambes de son ami et s’installa sans demande entre celles-ci. Il posa son dos contre le torse de Reï qui grogna par principe, mais qui entoura la taille du percé de ses bras.

 Ludwig était plutôt content que son ami ne le repousse pas. Il ne savait pas pourquoi mais avec lui, il ne savait jamais sur quel pied danser. Il releva juste un peu la tête et observa le profil du blond. Celui-ci regardait la télé très captiver par le film. Le percé fronça les sourcils en zieutant le film de temps à autres. Comment pouvaient –ils apprécier ce genre de film ? Le garçon songea que plus jamais il ne regarderait une cassette vidéo où aucune étiquette ne s’y trouvait. Cela lui donnait d’horrible frisson en y songeant.

 Le film était presque au milieu quand les deux garçons entendirent la porte du bureau de Renko claquer violemment. Ils se demandèrent  « Qu’est ce qui avait bien pu arriver ? » Ils surent qui l’avaient fait en voyant arriver Carlin dans le salon. Celui-ci pourtant ne semblait pas en colère, juste un peu ennuyé mais juste un peu.

- Qu’est ce que vous faites, tous les deux ?

- Ca ne se voit pas !

 Carlin regarda l’écran et s’exclama aussitôt :

- Mon film préféré, chouette ! Lud laisse moi de la place ! ordonna-t-il

 Sans plus de cérémonie, il s’installa directe entre les jambes de son neveu qui râla pour la forme. Il savait bien que cela ne servirait à rien. Son oncle n’en ferait qu’à sa tête.

- Tu es pénible Carlin ! Il y a d’autres places.

- La ferme ! Un oreiller, ça ne parle pas !

 Ludwig s’offusqua :

- Un oreiller ? Moi ?

- Lud, ferme-la et laisse-moi regarder la fin du film, s’exclama Reï en donnant un coup sur la tête du percé qui foudroya son ami.

 Reï haussa les épaules et se remit à suivre le film sans plus faire cas des deux autres. Cela ne l’empêchait pas de jouer inconsciemment avec une mèche brune de Ludwig.  Le garçon fut ravi à la fin du générique. Il avait bien aimé ce film et songea que la prochaine fois, il regarderait la suite. Il avait vite compris que son camarade n’était pas du genre à aimer les films d’horreurs. Il sourit de le voir soulager de voir le générique.

- Pousses-toi, Carlin !

 Aucune réponse ne se fit, alors se penchant un peu en avant, il jeta un coup d’œil vers son oncle. Il eut une exclamation. Il leva les yeux vers son ami et annonça :

- Nous sommes coincé. Il dort.

 Reï se mit à rire. C’était Carlin tout craché. Il finit par dire.

- On dirait bien qu’il a retrouvé le sommeil du juste.

- Peut-être mais il aurait pu éviter de s’endormir dans mes bras. Dans un sens, cela fait un peu bizarre.

- Pourquoi donc ?

- Et bien, je ne me souviens pas le nombre de fois où c’est moi qui me suit retrouvé dans ses bras pour dormir.

- Tu as de la chance d’avoir ce genre de souvenir, moi je n’en ai pas. J’ai beau cherché ou essayé de me souvenir, mais je ne vois rien.

- Cela ne semble pas te rendre triste.

- Pourquoi être triste pour quelque chose que tu ne connais pas ?

 Ludwig se sentit un peu estomaqué par la réponse de son ami. Il voulut rajouter quelque chose, mais la voix de Renko retentit :

- Dites les gosses, vous ne serez pas où se trouve mon énergumène ?

- Il est là, dit aussitôt Ludwig en montrant ses jambes.

Renko s’approcha et sourit en voyant son compagnon dormir comme un loir. Il se pencha et le souleva sans aucun problème. D’office, Carlin entoura le cou de son compagnon et nicha sa tête contre son cou.

- Tu veux un coup de main, Renko demanda Reï en souriant devant le spectacle.

- C’est gentil, mais il est léger comme une plume. Allez, bonne nuit vous deux ! A demain et ne faite pas trop de bruit !

 Les deux garçons se mirent à rougir à l’unisson sous le sous-entendu.

 

 Quand ils se retrouvèrent enfin seuls, ils se regardèrent en silence. Ludwig se pencha et s’empara de la bouche entre ouverte du blond. Reï répondit au baiser tout en posant une main sur la joue du percé. Ludwig laissa glisser ses mains le long des jambes de son ami qui frissonnait sous le contact. Quand elles arrivèrent au tee-shirt, elles passèrent la barrière et caressèrent la peau douce.

 Reï gémit de plaisir de sentir son ami sur lui, mais décida de stopper net.

- Non !

 Ludwig leva les yeux vers le blond, très surpris. C’était la première fois que le garçon se refusait. N’en prenant pas trop en compte, il se pencha à nouveau et baisa les lèvres et les titillèrent en les mordant. Reï sentait sa décision faiblir, mais après un petit effort, il parvint à repousser à nouveau son camarade.

- Merde ! Pourquoi tu ne veux pas ?

- Parce que je n’en ai pas envie.

 Ludwig, toujours pas satisfait, posa une main sur l’entre-jambe du blond qui gémit. Il pouvait très bien sentir le désir de Reï.

- Ton corps lui dit le contraire.

 Avec agacement, Reï repoussa un peu plus violemment Ludwig qui n’y comprenait plus rien et parvint à se mettre debout.

- Je me fiche pas mal de ce que mon corps veut ou pas, moi je ne veux pas, s’écria avec colère Reï dont les yeux verts d’eau s’assombrissaient.

 Ludwig se redressa à son tour et se passa une main dans sa longue tignasse.

- Qu’est qui te prend, Reï ? Pourquoi refuses-tu maintenant ?

- Pourquoi je devrais avoir une raison ? Je ne veux pas, c’est tout ! Arrête de m’emmerder avec ça !

 Ludwig était un peu sous le choc. Il ne savait pas ce qui pouvait mettre en colère son ami, ou surtout ce qu’il avait fait lui pour le mettre en colère.

- Mais enfin …

- Non, ça suffit ! Que vas-tu faire, hein Ludwig ? Vas-tu me jeter comme les autres parce que je me refuse ?

 Ludwig reçut cette phrase comme un coup de poignard. Il observa, troublé, son camarade très agité. Il se rapprocha et lui emprisonna les bras pour l’empêcher de fuir.

- Ecoute-moi, Reï ! Jamais, je ne te jetterais parce que tu ne veux pas coucher avec moi ou parce que tu n’es pas d’accord avec moi sur un sujet quelconque. Je ne pourrais jamais, tu m’entends ?

 Reï le fixait avec des yeux froids. Il eut un sourire amer.

- Ah oui ? Et comment veux-tu que je le sache ?

- Parce que je t’aime, abruti !

 Reï cligna plusieurs fois des paupières sans pour autant changer son attitude.

- Aime ? Que veux bien dire ce verbe ?

 Ludwig le lâcha trop hébété. Il avait mal aussi. Il s’était dévoilé et rien. Il ne se passait rien. Il se passa les mains sur la tête et s’exclama :

- Ah ! Et puis merde à la fin !

 Il se détourna et quitta la pièce en grande enjambée. Il avait une folle envie de pleurer.

 

 Reï resta un instant dans ses pensées. Il comprenait très bien qu’il venait de faire du mal à son camarade, mais ne savait pas comment agir maintenant. Il ne s’était pas rendu compte sur le coup qu’il avait parlé à vive voix.

 Que devait-il faire ? Une larme se mit à couler sur sa joue. Il se sentait seul. Il aurait aimé avoir son frère pour pouvoir pleurer sur son épaule comme il le faisait quand il était plus jeune.

 Avec rage, il essuya ses joues. Il se souvenait ce que Renko lui avait dit dans la voiture. Il fallait qu’il parle si l’autre voulait comprendre ce qui n’allait pas. Il partit à la recherche de Ludwig. Celui-ci se trouvait dans leur chambre. Assit sur son lit, la tête entre ses mains. Il ne releva pas la tête en l’entendant pénétrer dans la pièce.

 Reï s’approcha et s’agenouilla devant lui.

- Qu’est ce que tu veux ? Tu n’as pas fait assez de mal comme ça ?

 Le blond attrapa les poignets de Ludwig et retira ses mains de son visage. Il les garda entre les siennes. Le percé ne releva pas la tête pour autant.

- Je suis désolé, Lud. Vraiment désolé !

- Ouais, ça tu peux l’être. C’est la plus belle claque que j’ai jamais reçu.

 Reï se mordit les lèvres. Il avait fait un sacré dégât. Il prit son courage à deux mains et avoua :

- Tu te méprends, Ludwig. Je ne te rejette pas. Je suis bien avec toi, mais ...

- Mais quoi ? Je suis bien avec toi, mais c’est tout ?

 Le percé redressa enfin la tête et Reï put voir les yeux rouge de son ami. Il leva une main vers lui, mais Lud la repoussa.

- Je n’ai pas besoin de ta pitié !

 Reï baissa la tête. Il avait fait vraiment du gâchis. Les larmes finirent par couler. Médusé, Ludwig observa un instant le corps de son ami secouer de sanglots. Pourquoi pleurait-il ? Pour lui ? Il hésita un long moment avant de se laisser glisser sur le sol et de prendre le blond dans ces bras. Il fut encore plus éberlué quand Reï se serra contre lui et lui enserra le cou de ses bras.

 Lud ne savait plus comment réagir. Alors il enfouit une main dans les cheveux blond et frotta le dos de son camarade pour le calmer. Reï finit par prendre la parole, d’une voix si triste qu’elle serra le cœur du brun.

- Ne me laisse pas Lud. Pas toi ! Apprend- moi, s’il te plaît !

- De quoi tu parles ? Arrête de parler par énigme. Que veux-tu que je t’apprenne ?

 Reï renifla et s’écartant un peu, il serra de ses poings le tee-shirt de son camarade. Il avoua d’une toute petite voix :

- Apprends-moi le mot aimer. Je ne sais pas ce qu’il veut dire. Si un jour, j’ai su, je ne m’en souviens plus maintenant.