Après le départ de Mili Miori, Renko laissa les deux jeunes dans la cuisine pour le salon où il déposa Luce sur le tapis pour qu’il joue avec ses cubes pendant que lui, s’installa sur un canapé avec un bon livre pour veiller sur le sommeil de son homme.

Ludwig s’était installé sur une des chaises et tournait une cuillère dans sa tasse. Il semblait perdu dans ses pensées. Reï n’osait pas le déranger.

 Au bout de dix minutes de silence, Maeva et Thalia firent leur apparition en compagnie de Killian. Les filles furent très surprises du silence dans la maison. Reï les informa alors de ne faire pas trop de bruit pour ne pas déranger le sommeil de Carlin. Les filles comprirent assez bien, surtout Thalia dont le regard s’attrista. Après le petit-déjeuner, Maeva invita Killian d’aller se promener avec Thalia. La fillette fut ravie d’être invitée.

 Ludwig lui ne bronchait toujours pas. Il semblait murer dans son silence. Il finit par se lever et lança qu’il voulait être seul. Reï comprit que cette phrase était pour lui. Il soupira et haussa les épaules. Il voulait être seul bien qu’il y reste !

 Reï se chargea du nettoyage de la cuisine, mais ensuite il ne sut plus quoi faire. C’était la première fois depuis qu’il était venu dans cette demeure où il commençait à s’ennuyer. Il ne pouvait aller jouer du piano même s’il était désaccordé, parce qu’il était sure à cent pout cent que Ludwig se trouvait dans cette pièce.

 

 En ayant assez de tourner en rond, il finit par se rendre dans le salon sans faire de bruit. Luce leva la tête et lui adressa un sourire avec un petit salut. Mais étrangement, il ne faisait aucun bruit. Il jouait sagement avec ses cubes et pour une fois ne les jetait pas à travers toute la pièce.

 Renko leva la tête et lui fit signe d’entrer. Reï hésita un instant en jetant un coup d’œil au corps allongé sur le canapé. C’était assez étrange de voir le visage si tranquille de Carlin. Il faisait beaucoup plus jeune ainsi. Le blond vint s’asseoir sur le canapé où se trouvait le grand brun qui posa son livre sur la table basse.

- Désolé ! Je vous empêche de lire.

 Renko lui jeta un coup d’œil en coin.

- Tu tutoies s’il te plaît ! Si tu ne veux pas recevoir un coup qui te rendra encore plus bête que tu l’es !

- Désolé de te déranger, alors !

- Tu ne me dérange pas. J’ai déjà lu ce livre une bonne dizaine de fois déjà, mais je ne vois pas l’intérêt dans lire un autre puisqu’à chaque fois, on me dérange. Et ne recommence pas avec « Désolé », compris ?

 Reï gloussa. Il s’enfonça au fond du canapé et étira ses longues jambes. En montrant Carlin, il demanda :

- Va-t-il dormir longtemps ?

- Bonne question ! Je ne peux te répondre surtout avec cet énergumène !

- Haha ! Est-ce que c’est vrai que vous vous n’êtes jamais disputé ?

- Du genre scène de ménage ? Non, jamais, mais sinon il y a toujours eu des chamailleries.

- C’est étrange non ?

- Pourquoi donc ? Tu crois que tous les couples se disputent toujours ou quelque fois ? Ce n’est pas le cas ! Il n’y a pas que nous. Eryna et Axel, nous les avons côtoyés assez longtemps pour savoir qu’ils ne sont jamais disputés, ils ne lèvent même pas la voix. Je crois que mon père et Debbie, ma belle-mère, précisa Renko, eux non plus. Bon, pour Mili et mon idiot de frère Youji, cela est une autre affaire.

- Ah oui ? Pourquoi ?

- Bien, parce que chez eux, s’il n’y a pas une dispute par jour, c’est là qu’il y a problème. Depuis qu’ils se fréquentent ces deux-là, ils s’engueulent pour un oui ou pour un non. Ils adorent ça.

 Reï le regarda trop surpris.

- Ils sont maso !

- Surement ! Même certain !

 Les deux hommes se mirent à rire.

- Est-ce que tu as qu’un seul neveu ?

- C’est ta journée aux questions ?

 Reï se sentit un peu mal à l’aise.

- Si ça t….

- Non cela ne me dérange pas, répliqua aussitôt Renko avant qu’il ne puisse finir sa phrase. Non, il y a aussi des triplés, deux filles et un garçon. Ils ont cinq ans maintenant. Il y a Maddie, Alison et Erwan. Mais j’ai plus d’affinité avec Cael et il m’obéit beaucoup plus facilement qu’avec ses parents.

- Pourquoi ?

- Mmmh ! Cael est un bébé miracle. Mili était enceinte de six mois et demi quand un adolescent trop pressé la poussait dans les escalators d’un centre commercial. Elle a failli le perdre ce jour là et à l’accouchement. Il a eu énormément de chance. Mais cela à tellement effrayé les parents qui l’ont trop couvert. Mili avait beaucoup de mal à s’en séparer. Elle le couvert vraiment trop et bien sur quand les triplés sont arrivés, Cael s’est senti en danger et abandonné. Il a commencé à faire des crises d’angoisse.

- C’est triste !

- Oui, assez. C’est même effrayant ! J’ai déjà vu quelqu’un faire une grosse crise. Souvent il se mette en danger.

 Le regard de Renko s’était tourné vers son compagnon, perdu dans les souvenirs. Reï comprit que Carlin avait dû en avoir à une époque. Enfin il le supposait. Il n’osait pas demandé confirmation.

- Cael a fini par ne plus vouloir obéir à aucun ordre venant de son père ou de sa mère. Mili manquait de faire elle aussi une crise de nerf. Elle a fini par appeler au secours. Carlin a répondu présent comme toujours. Du jour au lendemain, c’est nous qui avons récupéré ce stupide gamin.

- Haha ! Vous en avez vu des vertes et des pas murs, pas vrai ?

- Ca tu peux le dire ! Surtout que mon frère me harcelait tous les jours pour que je lui promette que je ne mettrais jamais une claque à son fils. Vous jure ! Qu’est ce qu’il m’a soulé ! Je lui ai répondu que si son fils devait en avoir une, il en aurait une ! Et s’il n’était pas content, il n’avait qu’à venir pour la recevoir à sa place ! Il n’est jamais venu d’ailleurs !

 Reï sourit. Il était assez content. Renko n’était pas vraiment le genre à parler beaucoup, mais là, il s’était surpassé.

Luce en ayant assez de jouer, marcha à quatre patte jusqu’au fauteuil où se trouvait les deux adultes. Il tira sur le pantalon du plus âgé. Renko se pencha et l’attrapa par les bretelles de sa salopette.

- Qu’est ce que tu me veux, microbe ?

 Luce sourit et tendit ses menottes. Renko le laissa s’installer sur ses genoux. Le petit mit aussitôt son doigt dans la bouche. Reï observait la scène. Le grand brun faisait le bourru, mais en réalité il était plutôt doux. Il finit par lancer :

- Renko ? Tu es beaucoup plus angoissé pour Carlin que tu veux nous laisser croire, pas vrai ?

 Renko sursauta et baissa un peu la tête comme pris en faute.

- Tu es très observateur, Reï. Je suis stupide de m’inquiéter, mais depuis le jour où il s’était fait enlever par son père, j’ai toujours peur qu’il lui arrive une bricole qui ferait qu’il ne se relèvera plus.

- Son père ? Enlever ? Pourquoi donc ?

- Pourquoi ? Parce que son père le détestait tellement qu’il voulait voir son fils mort !

 Reï resta bouche bée. Il n’en revenait vraiment pas. Il n’avait vraiment pas imaginé que sa famille d’accueil avait eu plus que leur compte de blessure dans leur vie.

- Je ne savais pas que vous aviez tous subi quelque chose.

- C’est la vie, Reï. On n’y peut rien. Il faut juste se battre même si parfois on ne trouve pas le chemin qui mène à la sortie du tunnelle. Certains choisissent le mauvais chemin. Il pense que c’est le bon, mais ils ont tout faux.

 Reï sut de suite que cette phrase était pour lui, plus précisément pour son frère Hisoka. Il le savait maintenant. Son frère avait choisi le mauvais chemin et il était trop tard pour changer quoique se soit. C’était très triste !

 Reï plongeait lui aussi dans ces pensées, sursauta et se tourna vers Renko qui caressait les cheveux noirs du petit Luce qui venait de s’endormir.

- Ce n’est pas du jeu ! Tu as fait exprès de changer la donne !

 Renko se mit à rire.

- Je ne vais pas parler de mes états d’âme à un morveux comme toi ! Tu devrais plutôt aller cajoler l’autre idiot dans la salle à musique.

 Reï se mit aussitôt à rougir sous le regard moqueur de Renko. Celui-ci rajouta :

- Surtout n’oublie pas de fermer la porte. Elle a tendance à s’ouvrir toute seule.

 Reï se mit à rougir encore plus belle. Il se sentit mal à l’aise. Le grand brun, ne voulant pas non plus le mettre encore plus dans l’embarra, finit par dire :

- Personne ici ne te jugera Reï. D’ailleurs, on est mal placé pour le faire ! Tu es libre de faire ce que tu veux. En vérité, je te remercie de t’occuper de Lud. Il commençait à avoir de mauvaises fréquentations et cela aurait encore plus donné de souci à l’abruti qui dort comme un loir.

 Le blond se leva et se dirigeait vers la sortie. Quand Renko l’arrêta en disant :

- Ne te préoccupe pas des préjugés. Ne laisse surtout pas ce genre de sentiment te dominer. Ecoute juste ce que ton cœur te dit et fonce. La vie est bien trop courte pour la gâcher en stupidité.

 Reï se retourna en souriant.

- Merci Renko. C’est agréable de pouvoir discuter de tout avec vous deux.

- Allez, fiche-le camps ! Il manquerait plus que tu me réveilles les deux ! Ce serait trop la galère !