Il était encore tôt quand finalement Reï ouvrit les yeux ce samedi matin. Il pouvait entendre des gémissements un peu plus loin. Il se redressa et jeta un coup d’œil sur le lit d’à côté. Ce n’était pas Ludwig. D’ailleurs, le percé ne faisait plus trop de cauchemars ces derniers temps. Alors Reï jeta un coup d’œil autour de lui et vit un corps agité vers le dernier lit superposé. Il se leva et sans faire le moindre bruit, se dirigea vers le corps gémissant de la petite sœur de Ludwig.

 Il se pencha et lui toucha l’épaule pour la secouer. Mais il arrêta aussitôt son geste quand il croisa le regard de la fillette. C’était assez étrange, mais il avait bien l’impression que la personne qui le fixait n’était en rien Thalia. Le regard gris de la fillette était sans chaleur et une sorte de rictus se formait sur les lèvres.

 Reï sentit un frisson glacial traverser son échine. Il se traita de trouillard et secoua finalement la fillette. Celle-ci sursauta et son regard changea aussitôt. Elle cligna pendant un moment, se demandant surement où elle se trouvait. Ensuite, elle leva ses yeux gris chaleureux cette fois-ci vers le garçon, surprise.

- Tu faisais un cauchemar. Est-ce que cela va mieux ?

 Le regard se troubla un instant, mais Thalia se força à sourire.

- Merci, Reï.

 Le blond lui frôla la joue et sourit à son tour. Il s’étira ensuite. Il n’avait plus sommeil et se dirigea ensuite vers la salle de bain. Thalia se rallongea inquiète. Est-ce que Reï l’avait vu ? Elle essayait de combattre, mais dès fois, il reprenait le pouvoir. Elle avait peur. Elle avait espéré être enfin libre de son pouvoir, mais il continuait à la hanter. Elle était sure qu’il lui ferait faire quelque chose de mal. Elle n’avait jamais autant haï quelqu’un comme elle haïssait son frère, son double.

 

Reï laissait couler l’eau coulé sur lui. Une eau bien chaude ! Il pouvait se le permettre ici. Sa mère leur coupait à chaque fois l’eau chaude, et les forçait à prendre des douches froides en rigolant. Il se demandait pourquoi il songeait à cette femme. Peut-être à cause du regard de Thalia ? Sa mère aussi l’avait déjà regardé avec ce genre de regard de haine. Il savait pour avoir vu des photos qu’il ressemblait assez à son père, surtout par la taille, ses yeux et ses doigts longs et fins.

 Reï se souvenait que son père le prenait souvent sur ces genoux pour lui apprendre les rudiments du piano et c’était également lui qui lui avait offert son violon. Reï avait chéri son violon, le seul souvenir de son père. Mais sa mère, un soir alors qu’elle était saoule, avait balancé l’instrument contre le mur. L’instrument s’était brisé. Cette nuit là, il avait longuement pleuré dans les bras de son frère. Il avait commencé à la détester à partir de ce moment-là.

 Reï soupira et allait éteindre le robinet quand il sentit deux bras lui entourer la taille. Il fut presque éjecter contre le mur et sentit une bouche percée contre sa nuque et un corps immense et chaud bouillant contre lui.

 Bien que son corps réagissait au contact du percé, Reï parvint à le repousser en grognant et se retourna vers lui.

- Bouge de là, toi !

 Nullement intimidé, Ludwig sourit et se rapprocha. Leurs lèvres se trouvaient plus qu’à quelque centimètre de l’une à l’autre. Reï savait bien qu’il ne pouvait plus reculer, mais il n’avait pas envie non plus de lui facilité la tache pour autant.

- Tu pourrais être plus aimable !

- Pourquoi ? Je n’en vois pas la raison.

 Lud grogna et se pencha et s’empara plutôt violemment de la bouche de son camarade qui le laissa faire. Voyant que Reï ne cherchait pas à l’éloigner, Lud profita sans raison de l’invite. Ses mains vagabondèrent sur le long corps couleur de miel dont il trouvait aussi qu’il en avait le goût également.

- Tu es vraiment sexy, le matin, mon Reï chou !

 Le blond rougit et donna un coup sur la tête du percé dont les lèvres s’évadèrent de plus en plus bas.

- Aïeeeeeeeee !

- Arrête de m’appeler ainsi !

- Ce n’est pas juste ! Tu laisses mon oncle t’appelait ainsi !

 Ludwig arriva enfin devant sa petite gourmandise qu’il se mit en devoir de sucer avec délice.

- Ah ! … Carlin a … a le droit ! Ah !

 Il s’amusa bien sur avec son fameux piercing qui faisait tant d’effet. Il songeait qu’il avait eu une bonne idée finalement de l’avoir fait. Reï finit par poser ses mains sur les épaules de Lud pour se tenir encore sur ces jambes. Ses joues avaient rougis et d’un tremblement, il gémit de plaisir dans la bouche même de son camarade qui se pourlécha les babines de gourmandises.

 Ludwig se redressa et baisa de nouveau le cou de Reï. Le regard du blond se baissa sur le sexe énorme de son amant. Il rougit de nouveau. Comment la veille, celui-ci avait-il réussi à le lui mettre dans son cul ? Il releva les yeux et croisa le regard gris bleu. Un frisson le traversa.

- Si tu ne veux pas, je ne t’en voudrais pas pour autant.

 Reï se sentit honteux. Il jouait les passifs et ce n’était pas son genre habituellement. Alors, il se retourna et invita son compagnon de continuer. Ludwig fut agréablement surpris. Bien sur, il serait très stupide de refuser l’invite, n’est ce pas ?

 Ludwig se serra contre le corps offert, mais avant de le pénétrer, il porta sa main vers les fesses et se mit en devoir de préparer son ami. Il ne voulait en aucun cas lui faire mal sans raison. Il le pénétra ensuite avec une telle lenteur que Reï crut qu’il allait devenir fou. Ensuite, Lud attendit que le corps de Reï s’habituât à l’intrusion pour bouger, doucement, très lentement.

Le blond serrait les dents, non pas de douleur mais surtout pour éviter de crier. Il acceptait bien faire ces choses avec Ludwig quand il le voulait, mais hors de question, que les autres les entendent.

 

Quand enfin, il put sortir de cette salle de bain, les autres dormaient toujours à point fermés. Même Thalia s’était rendormie. Il se tourna vers son camarade qui s’habillait.

- Je descends.

- Tu pourrais m’attendre !

- Na !

 Sans plus faire attention à son ami qui rouspétait dans sa barbe du matin, Reï sortit de la chambre et descendit vers la cuisine où une bonne odeur de café en sortait. Quelqu’un qu’il devait bénir pour faire un aussi bon café à l’odeur alléchante.

 Dès qu’il pénétra dans la cuisine, il ne fut pas surpris d’y voir Renko déjà attablé devant une bonne tasse et des croissants bien chauds.

- Bonjour !

- Salut, Reï ! Bien dormi ?

- Oui, ça va.

 Reï se servit son petit déjeuner. Renko lisait le journal tout en buvant son café.

- Euh ! C’est étonnant que Carlin ne soit pas là !

- Ah ! Il ne va surement pas tardé.

- Est-ce qu’il dort bien ?

 Renko releva les yeux du journal pour observer le grand blond.

- Tu as aussi remarqué ?

- Euh ! Ca ne se voit pas beaucoup, mais apprendre à observer, est une chose dont j’ai appris pour éviter certains coups. Cela m’a aidé à le remarquer.

- Alors toi aussi, tu as compris que l’observation permettait souvent d’éviter une catastrophe ? Ma mère, non plus, ne m’aimait pas particulièrement.

- Ah oui ? Je n’aurais pas cru que vous aussi, vous aviez eu ce genre de vie.

 Renko sourit. Il tendit une main et ébouriffa les cheveux blonds.

- On a tous une part d’ombre dans notre vie, Reï. La vie n’est pas une chose facile et toujours agréable. Elle serait d’ailleurs très ennuyeuse sinon.

 A cet instant, Ludwig arriva en compagnie de Carlin et de Luce. Celui-ci, toujours de bonne humeur, salua gaiement les deux hommes déjà présents. Carlin l’installa sur sa chaise haute et lui donna son biberon déjà préparé avant d’aller s’asseoir près de son homme qui lui servit une tasse de café. Ludwig s’installa à son tour et regarda son oncle surpris. Il l’avait tout de suite trouvé trop silencieux à son goût. Il jeta un coup d’œil vers Renko. Celui-ci semblait inquiet aussi. Bizarre ! Il avait dû louper quelque chose.

 Il en était là dans ses pensées quand tout à coup, la porte d’entrée claqua bruyamment faisant sursauter toutes les personnes de la cuisine. Une boule d’énergie arriva en courant dans la pièce.

- Mon onnnnnncccccccclllllllllleeeeeeeee ! hurla un gamin de l’âge de Thalia, dont les cheveux blond se dressaient sur la tête comme des épines.

- La ferme Cael ! s’écria aussitôt Renko en recevant de plein fouet le garçon.

 Un autre jeune de son âge, très typé asiatique d’ailleurs, plutôt grand et très mince, fit son apparition également.

- Désolé, je n’ai pas pu le retenir, s’excusa le garçon d’une voix un peu lasse.

- Ce n’est rien Kippeï ! Ren en a l’habitude maintenant, répliqua Carlin en souriant.

 Reï observa mieux le nouvel arrivant. C’était le fameux fils du professeur Tankeï.

- Vous êtes venu tout seul ? demanda Carlin.

- Non, madame Miori arrive. Elle se trouvait au téléphone avec Monsieur Soba.

 Carlin jeta un coup d’œil vers Renko, mais celui-ci se trouvait occuper à détacher son encombrant neveu.

- Tu es toujours aussi morveux, Cael !

- Tu es toujours aussi moche, mon pauvre Lud !

- Tu veux que je t’éclate, morveux !

- Vas-y si tu l’ose !

- Vous n’avez pas un peu fini tous les deux ! s’écria Renko, foutez-moi le camp de cette cuisine ! Allez ouste !

 

 Les jeunes gens obéirent aux ordres sans discuter. Mieux valait ne pas réveiller le tyrannique Renko Miori. C’est ainsi que surnommait Cael, son oncle. Ils allèrent se réfugier dans le salon. Cael bondit aussitôt un peu partout comme un singe. Son ami se laissa tomber sur un canapé.

- Comment tu fais pour le supporter, Kippeï ? Franchement, je te tire mon chapeau !

 L’asiatique sourit et Reï le trouva beaucoup moins froid qu’au premier abord.

- C’est une question d’entraînement. Bien que certaine fois, il est vraiment insupportable.

- Et comment tu fais pour le calmer dans ces cas là ?

- Je lui dis que s’il continu à faire l’idiot, je romps sur le champ.

- Et ça marche ?

- Bien sur, puisqu’il est complètement idiot ! Ca ne se voit pas ?

 Ils furent bientôt rejoints par les adultes. Parmi eux se trouvaient une superbe femme aux cheveux bruns et aux traits beaucoup trop parfait. Elle tenait le bras de Carlin avec qui elle semblait être en grande conversation. En passant, elle toucha la tête blonde de Reï qui fut surpris. Il leva les yeux vers elle.

- Enchanté de te connaitre Reï ! Je suis Mili Miori.

- Ah euh ! Moi aussi madame Miori.

- Mili ! Tu peux m’appeler Mili.

 Sans attendre de réponse, elle tira son meilleur ami et elle s’installa avec dans le même canapé que Kippei.

- Kippei, t’es sure que tu ne veux pas faire échange ? Je suis sure que ton père adorerait !

 L’asiatique se mit à rire.

- Vous voulez sa mort sur la conscience ? Il a peut-être fini par accepter que son seul fils soit gay, mais ne lui jetait pas dans les pattes cet idiot.

- Je croyais qu’il l’aimait bien finalement.

- Si c’est vrai, mais il ne le dira jamais.

 Renko sortit et revint quelques instants plus tard avec un plateau. Il déposa des tasses remplis de café. Entre temps, il ramena également Luce qu’il remit aussitôt à Carlin avant d’être de nouveau envahi par son neveu qui lui sauta littéralement dessus.

- Cael, tu deviens de plus en plus pénible, tu sais ! Comment mon frère a-t-il fait son compte pour engendrer un idiot pareil !

- Moi aussi, je t’adore mon oncle ! s’exclama le garçon en riant.

- Quel âge as-tu maintenant Kippei ? demanda Carlin.

- Treize ans.

 Cael descendit du dos de son oncle, fatigué d’un coup. Il jeta un coup d’œil autour de lui et décida où il voulait s’asseoir. Il fonça directe vers la place qui restait entre les deux garçons. Il jeta d’un coup d’œil amusé au mauvais regard que lui lança Ludwig. Il fit exprès de se serrer un peu plus vers le blond.

- Tu as fini tous les tableaux pour l’exposition dans deux mois ?

 Carlin s’enfonça un peu plus dans le canapé et serra le petit corps de Luce.

- Oui, depuis belle lurette, maintenant.

 La jeune femme lui jeta un coup d’œil amusé.

- Depuis combien de temps es-tu insomniaque ?

 Carlin jeta un regard furieux vers son compagnon qui regarda ailleurs.

- Pourquoi veux-tu le savoir ? Je vais très bien ! Ne joue pas les médecins avec moi !

- Si tu allais très bien, tu dormirais normalement.

- Mili ? Je t’ai déjà dis une centaine de fois. Je n’ai pas besoin de médecin !

- Désolée de te décevoir mon ami, mais je suis médecin et tu dois faire avec mon chou !

 Carlin grimaça. Pour se calmer, il prit sa tasse et se mit à le boire à petite dose.

- Bien ! Joue les médecins quand tu te trouve dans un hôpital !

- Carlin, mon chou, comment veux-tu que je te soigne sinon ? Tu ne viendras jamais dans un hôpital, tu le sais bien.

- Je ne … Qu’est ce que …

 Carlin leva une main à sa tête. Il avait tout à coup sommeil. Mili retira la tasse de ses mains et la reposa sur la petite table. Elle força son ami à s’allonger après avoir retirer Luce de ses bras et de le passer à Kippei. Elle s’agenouilla et caressa les cheveux noirs de son ami de lycée.

 Renko fit le geste aux autres de sortir ce qu’ils firent en silence. Mili embrassa le front de son ami avant de se redresser. Elle attrapa la couette que Renko lui passa et recouvrit le corps endormi de Carlin.

 Elle rejoignit toute la troupe dans la cuisine et se servit une bonne rasade de café. Elle se tourna vers le grand brun.

- Tu sais qu’il va être sacrément en colère quand il va se réveiller ? Je te préviens, je ne ferais pas cela tous les jours.

- Je le sais Mili. Je te remercie de l’avoir fait.

- Qu’est ce qui ne va pas avec mon Oncle ? demanda anxieux Ludwig en regardant Mili et Renko à tour de rôle.

- Tu ne sais pas, Lud ? Cela fait deux semaines que Carlin ne doit dormir à peu près que deux heures par nuit.

- Mais, mais pourquoi ? Pour quelle raison ? Est-ce à cause de nous ?

 Renko se rapprocha de Ludwig. Il le prit contre lui. Ce gaillard à l’apparence de voyou, était beaucoup plus sensible et vulnérable quand il s’agissait un membre de sa famille.

- Ne te fais pas de souci, idiot ! Il a juste besoin de dormir. Il redeviendra comme d’habitude après que j’ai reçu un superbe sermon de tous les diables bien sur.

- Ouais, c’est pourquoi vous ne risquez pas de me voir de sitôt, les amis, lança alors la mère de Cael. Je ne suis pas suicidaire. Hors de question que je reste dans les parages quand il se réveillera.

- Tu es une lâcheuse, Mélissandre !

 Mili donna un coup à Renko pour lui rappeler son horrible prénom.

- Je suis juste prévoyante. Sur ceux, je m’en vais rejoindre mon mari qui m’attend pour passer un week-end de rêve.

 Elle salua tout le monde et ordonna à son fils et son copain de l’attendre dans la voiture. Elle rendit par la même occasion le charmant petit Luce à son père.

- Je te le rends même si j’aurais bien voulu l’embarquer.

- Si tu fais cela, il te tue !

 La jeune femme éclata de rire.

- Prend soin de lui ! A bientôt beau gosse ! lança-t-elle en faisant signe à Reï qui rougit.