A l’heure du repas, il fut tous très ravis de pouvoir manger de la bonne nourriture. Il n’y avait pas à dire mais Renko était un sacré cordon bleu. Même Killian dont la mère travaillait dans un restaurant comme chef cuistot, reconnaissait le talent du père de Maeva.

 Il était tout de même très surpris. Il savait que la famille Miori était une famille riche et connaissait aussi le talent de peintre reconnu de Carlin Oda, ce qu’il trouvait vraiment étrange en les côtoyant, c’était que rien dans leur comportement, ne montrait qu’ils étaient plus riches que la normale. Carlin portait pour la plupart du temps des jeans dont certains étaient soit tachés de peinture et d’autres troués. Cela lui donnait un air farfelu, décontracté et exubérant.

 Renko lui était tout le contraire, mais vu son travail, il ne pouvait pas vraiment se rendre au boulot en jean, baskets et encore.

 Il put aussi remarquer que les repas semblaient pour la plupart toujours aussi animés. Carlin faisait des sous-entendus à tout bout de champs, Renko mettait à mal Maeva qui devenait aussi rouge qu’une pivoine. Ludwig se faisait frapper par Reï qui semble-t-il avec des mains baladeuses ce qui énervait par-dessus tout le blond, même Luce le petit riait comme à son habitude en interpellant tout le monde dont surtout le percé avec son surnom de « Diot ». Seule, Thalia ne semblait pas vouloir faire la fête avec eux. Elle les regardait en souriant mais ne participait pas vraiment.

 La jeune fille, en fait, observait depuis le début du repas Carlin. Elle le trouvait étrange. Il agissait comme d’habitude, mais elle savait bien qu’en réalité, il cachait sa fatigue. Une fatigue qu’il cachait à tout le monde depuis plus de deux semaines. Elle se demandait comment il faisait pour tenir encore debout.

 A chaque fois que ces cauchemars venaient la titiller la nuit, chaque fois que le souvenir de Miki venait la faire hurler la nuit. Carlin se trouvait près d’elle. A force, il avait même fini par arriver avant même qu’elle ne puisse hurler. Elle s’en voulait parce qu’elle savait que c’était à cause d’elle s’il ne parvenait plus à dormir normalement.

 Une nuit, elle s’était réveillée une deuxième fois. Elle était descendue pour boire un verre d’eau. C’est là en remontant qu’elle avait surpris de la lumière dans l’atelier. En s’y rendant, elle avait trouvé Carlin devant une toile. Il peignait. Il avait fini par la voir et toujours gentiment, il l’avait raccompagné dans sa chambre. Le lendemain, il fut la première personne qu’elle rencontra dans la cuisine.

 Elle finissait son dessert toujours veillant d’un regard l’homme qu’elle considérait depuis un moment comme son nouveau père. Elle sentit un regard sur elle et se tourna vers les yeux verts de Renko. Il lui sourit avec un clin d’œil. Elle comprit, elle n’avait pas besoin de s’en faire. Ren le savait, il avait surement manigancé pour avoir raison sur son compagnon. Alors avec l’esprit plus tranquille, elle se mêla aux histoires de son frère et de Reï qui fut ravi d’avoir le soutien de Thalia.

 

 Ils se couchèrent tous très tard. Ludwig dut mettre son frein en marche car il devait accepter la présence de Killian dans leur chambre. Il ne pouvait donc pas ennuyer ou plutôt harceler sexuellement parlant le beau blond qui ne dormait pas loin de lui. C’était des plus rageants mais Reï lui fut extrêmement satisfait. Pour l’exaspéré encore plus, le blond finit par dire à Maeva et à Thalia de venir également squatter la chambre. Les filles acceptèrent ravis. Thalia ne se gêna pas le moins du monde à narguer son frère de n’importe quel moyen.

 Par contre dans une autre chambre, l’ambiance était tout autre évidemment. Ils n’avaient pas des gêneurs pour les empêcher de faire des folies de leur corps. Renko se demandait comment son compagnon arrivait encore à tenir malgré les trois rounds en début de soirée et les deux rounds de maintenant.

 Il savait bien que son petit Carlin avait une sacré endurance mais tout de même des fois, il se demandait vraiment s’il était humain. Bien évidemment celui qui demanda grâce finalement ce fut lui comme toujours. Il s’endormit comme une masse pour se réveiller quelques heures plus tard. Carlin ne se trouvait plus dans le lit.

 Renko se redressa et regarda autour de lui. La lune éclairait assez bien la pièce pour qu’il puisse apercevoir un corps recroquevillé sur le canapé près de la fenêtre. Carlin, d’ailleurs, regardait l’extérieure le visage inexpressive, mais dont le regard montrait sa lassitude. Il se tourna vers Renko quand il entendit celui-ci se lever.

- Je t’ai réveillé ?

 Le grand brun s’approcha et le rejoignit sur le canapé. Il s’installa directement entre les bras de son compagnon.

- Tu n’arrive plus à dormir depuis un moment pas vrai ?

 Carlin resserra ses bras autour du corps chaud. Il perdit à nouveau son regard dehors où le vent soufflait et d’où des rafales d’eau se jetaient sur la vitre. Il posa légèrement sa joue contre les cheveux bruns de son amant.

- J’ai peur pour Thalia, Ren. J’ai peur que finalement Miki prenne le dessus sur elle. Chaque fois où elle hurle, elle se débat comme une forcenée. Mais dès fois, ce n’est plus elle que j’ai en face et c’est horrible. Même sa voix devient celle de Miki et elle dit des horreurs, des monstruosités. Il est mort ! Pourquoi continue-t-il à venir la hanter de cette façon ? Ce garçon, à chaque fois que je l’ai croisé, il m’a toujours fait penser à lui ! Et j’ai vraiment eu peur pour Lud et Thalia.

 Renko sentit le corps de Carlin trembler. Il se redressa et vit des larmes coulés le long de ses joues. Renko le prit dans ses bras et le cajola.

- Je suis un monstre, Ren. Quand j’ai appris que Miki était mort dans l’accident, j’ai été soulagé. Mon père avait raison de dire que j’étais un monstre !

- Ne dit pas d’ânerie ! Tu n’es pas un monstre, voyons !

 Renko serra encore plus le corps tremblant de son ami. Carlin avait fini par jeter ses bras autour de son cou. Il avait caché sa tête contre son épaule. Renko le serra jusqu’à qu’il sentit le corps se relâcher. Il soupira de soulagement. Le corps avait encore des soubresauts, mais Carlin dormait à poings fermés. Renko le souleva et l’allongea à nouveau dans leur lit. Il s’allongea à son tour et serra le corps chéri de son amant contre lui.

Il l’avait prévenu. Il était sure que demain, elle serait là. Pour Carlin, elle serait toujours présente. Il repoussa quelques mèches noires et lui embrassa le front. Une chose était sure. Carlin n’était en rien un monstre. Un monstre ne se tracasserait pas, ne perdrait pas le sommeil, ne s’angoisserait pas pour des gamins.