Le reste de la soirée se passa dans une bonne ambiance, et Killian appréciait finalement sa venue dans cette demeure. Carlin avait forcé un peu la main du garçon pour qu’il appelle sa famille pour leur dire qu’il restait tout le weekend chez les Miori Oda. Il leur promit de rentrer dimanche.

 La seule chose qu’il évitait par-dessus, c’était de passer près du percé. Ludwig rayonnait d’une humeur des plus brumeuses et dangereuse. Il jetait des regards assassins à son oncle et à Reï ce qui ne présageait rien de bon.

 Les deux hommes s’en fichaient royalement et prenaient même un certain plaisir à l’énerver encore plus. C’est dans cette ambiance angélique qu’il fit la connaissance du deuxième père de Maeva. La première chose qui l’impressionna chez Miori fut sa taille. Évidemment, Renko n’était pas simplet et pouvait tenir tête facilement avec Ludwig. Mais il dégageait également une chose comme de l’autorité et observateur.

 Son père lui avait dit déjà l’avoir rencontré une fois dans la société mère de Miori Corporation. Son père n’était qu’un simple agent de sécurité dans la société, mais avait eu la chance de voir de près le patron et ses deux fils. Il lui avait dit que bien que Youji fut l’héritier et que tous les employés l’appréciaient, Renko Miori était tout autre. Les employés l’aimaient bien, mais en même temps le craignaient comme la peste.

 Il avait une certaine tendance à vous regarder de haut pour vous intimider à morphe et prenait un malin plaisir à faire durer les entrevues afin de mettre à mal ces interlocuteurs.

 Renko détailla bien évidemment le garçon de la tête aux pieds tout comme Carlin quelques heures plus tôt. Killian se sentit vraiment mal. Il comprenait très bien ce que son père voulait dire par intimidation. L’homme eut un sourire carnassier. Killian regardait à droit et gauche de trouille quand d’un seul coup, Carlin arriva à sa rescousse.

- Arrête un peu d’intimider les amis de ta fille !

- Hé ! Tu ne peux pas dire bonsoir avant de frapper !

 Carlin leva la tête vers son homme et répliqua :

- Nada ! Que dalle ! Tant que tu ne te seras pas fait pardonner !

 Sur ces bonnes paroles, Carlin repartit en sens averses. Renko se gratta un instant surpris la tête avant de s’exclamer :

- Pourquoi ? Qu'est-ce que j’ai bien pu faire ? Qu'est-ce qu’il m’agace quand il s’amuse à mes dépens, celui-là ! Carlin revient ici !

 Pour seule réponse, il eut droit à un rire, il laissa tomber son sac et partit à la recherche de son compagnon. Les jeunes entendirent bientôt une cavalcade dans toute la maison. C’était reparti.

 Killian regardait toujours dans la direction où les deux hommes étaient partis halluciner.

- T’inquiète, on s’y fait à force, le rassura Reï.

- Mais, comment il fait ça ! Miori fait peur et pouf d’un coup, il devient une personne plus sympathique. Comment ton père arrive à faire ça !

 Il s’était tourné vers Maeva qui souriait.

- Demande à Carlin ! Mais je suis contente que P’pa Renko soit de retour. Notre cuistot attitré est de retour, ouf ! Nous allons pouvoir de nouveau manger normalement.

- Ma parole, t’es sûre que tu es une fille ? s’exclama Ludwig.

- Quelle question, idiot !

 Ludwig l’attrapa à bras le corps. Maeva cria de surprise avant de rire.

- Arrêter de me traiter d’idiot ! D’abord, fais voir si tu es une fille !

 La jeune fille rougit comme une pivoine quand son cousin tira sur son pull pour regarder à l’intérieur. Elle le frappa.

- Mais tu arrêtes, oui !

- Reviens, je n’ai presque rien vu.

- Fous-moi la paix !

 Maeva esquiva les mains du percé et courut se cacher derrière Killian, toujours en riant. Le pauvre Killian lui servait de bouclier contre un imbécile qui essayait toujours de l’attraper. Celui-ci ne savait pas trop comment réagir. Il était fils unique et n’avait pas d’ami. Il n’en avait jamais eu jusqu’à maintenant.

 D’un seul coup, il sut d’emblé quoi faire. Il avait bien remarqué que Ludwig et Reï étaient très proches. Il fallait être vraiment aveugle pour ne pas s’en rendre compte. Alors, il s’exclama :

- Tient, il est où Reï ?

 Aussitôt, Ludwig s’arrêta et regarda derrière lui où logiquement le blond se trouvait quelques minutes plus tôt. Mais point de Reï ! Ludwig se gratta la tête. Il jeta un coup d’œil vers Maeva. Il semblait hésiter. C’est qu’il aimait bien de temps en temps les enquiquiner, ces filles. Mais bon, il aimait bien aussi ennuyer Reï également. Il haussa les épaules et abandonna ses amis pour partir à la recherche du blond.

 Maeva laissa échapper, un soupire, de soulagement. Elle bénissait la présence du blond dans la famille. Au moins, il pouvait occuper Lud et pendant ce temps, les filles étaient tranquilles.

- Merci d’avoir eu cette idée, Kill !

- Je ne pensais pas que cela marcherait si bien.

- C’est parce que c’est Reï. Je crois mon petit Lud est tombé sous le charme.

- Mon petit ? Tu as une drôle de façon de le décrire, toi !

- Hahahaha ! C’est parce que j’ai grandi avec lui. Pour moi, il est mon petit Lud et pour lui, je suis sa petite Maeva ! C’est comme un frère et je suis très heureuse de le connaître d’ailleurs. Bon, qu’est ce qu’on fait maintenant ! On risque de ne plus voir Renko et Carlin pendant un long moment, et les deux autres pareils.

 Elle se rendit dans la cuisine et prit dans ses bras Luce qui attendait sagement qu’on vienne le chercher.

- Et bien sûr, je dois jouer à la baby-sitter. Tu veux qu’on aille se promener avec Luce ?

 

 Ludwig le chercha pendant un long moment avant de pouvoir le retrouver. Le blond se trouvait au deuxième étage dans la salle de musique. Il s’était installé devant le piano et laissait ces doigts fins effleurer le clavier. Le piano était désaccordé, alors les sons n’étaient pas très jolis. Pourtant, le percé put reconnaître l’air que le garçon jouait. Ce n’était en rien un morceau facile et qui plus est, était plutôt accompagné par d’autres instruments.

 Ce n’était pas de la musique classique, mais de la musique New Age, d’un groupe appelé Enigma et dont le titre était simplement « The piano ». Ludwig fut tout de même très surpris de voir que son ami savait très bien jouer de l’instrument. Il s’approcha en silence et resta juste derrière le blond.

 Celui-ci dut le sentir, car il sursauta comme un fou et s’arrêta net. Il avait les mains qui tremblaient. Ludwig surprit, attrapa le garçon et le retourna vers lui. Il avait plein de larmes qui coulaient sur ces joues. Reï essuya ces larmes du revers de la main et eut un pauvre sourire.

- Désolé ! J’ai juste eu envie de jouer un peu, mais dès que je me suis mis à jouer, il a fallu que je joue de cet air.

- Est-ce que cet air te rappelle des souvenirs ?

- C’était le morceau préféré de Hisoka. Il aimait bien et semblait toujours apaisé en l’écoutant.

 Ludwig serra le corps toujours tremblant du blond un peu plus contre lui. Reï se laissait faire. Il finit même par poser son front contre l’épaule du percé qui ne savait pas trop comment agir. C’était la première fois qu’il voyait son ami si vulnérable.

- Comment était ton frère ? Finit-il par dire bien qu’il se fichait royalement de cet Hisoka.

 Ludwig, sans trop savoir pourquoi, se doutait que ce frère aurait été un sérieux handicape s’il avait été parmi eu et en même temps, il s’en voulait de penser cela. Il porta une main vers la chevelure blonde et glissa ses doigts à l’intérieur. Il s’amusa avec quelques mèches.

- En gros, il ressemble à Killian avec mon visage. Presque tout dans le comportement de Kill, à part la taille, ressemble assez à mon frère. Il se laissait toujours marcher dessus et je devais toujours le sortir de toutes les situations possibles, mais en contrepartie, c’est toujours lui qui recevait les corrections à la maison. Ma mère ne s’en prenait toujours qu’à lui. Elle le traitait toujours comme de la merde, moi, elle ne m’adressait jamais la parole sauf à des rares occasions. C’était comme si je n’existais plus depuis que mon père est parti.

- Pourquoi est –il partit ?

- Je ne sais pas. Ma mère ne nous l’a jamais dit, sauf qu’elle ferait en sorte qu’il ne vienne jamais plus nous voir et c’est le cas. Je sais qu’elle n’a pas toujours été cruelle, mais je n’arrive plus à me souvenir d’elle avant quand tout allait bien.

- Et Hisoka ? Aimais-tu ton frère ?

 Le corps se mit à nouveau à trembler et Ludwig serra encore plus.

- Oui et non. Je l’aimais parce qu’il faisait partie de ma famille, parce qu’il était mon frère, mais en même temps, je le détestais parce qu’il me forçait à me battre. Je savais très bien qu’il aimait bien que je me batte pour lui. Maintenant, je le déteste encore plus pour avoir gâché sa vie en la sacrifiant.

 Ludwig baissa la tête et laissa glisser ses lèvres sur les yeux rouges du blond. Il murmura :

- Si tu le détestais réellement, tu ne le pleurerais pas à l’instant.

 Une larme coula le long de la joue de Reï, puis une autre et encore une autre. Petit à petit, un sanglot se fit entendre. Sans s’en rendre compte, le blond entoura le cou de Ludwig et pleura comme il ne l’avait plus fait depuis l’hôpital, après la mort d’Anselme.