La matinée passa rapidement au goût de Ludwig. Il aimait beaucoup titiller son camarade. Il semblait avoir une facilité à rougir surtout quand il s’amusait à reprendre l’appareil photo que son oncle lui avait remis tout à l’heure. C’était fendant !

            Carlin décida d’embaucher les deux garçons pour mettre en peinture une des chambres qui se trouvaient toujours en travaux. Reï regretta d’avoir accepté. Renko le lui avait pourtant déconseillé, mais il avait songé que ce ne serait pas très honnête de sa part de refuser. Mal lui en prit ! Mettre des murs en peinture en compagnie de deux idiots pareils, quelle galère ! Carlin adorait peut-être mettre en peinture, mais son plus grand plaisir était surtout de peinturlurer ses compagnons de travail. Bien sûr Ludwig répliqua et Reï fut mêlé à l’histoire.

            Quand Maeva eut le malheur avec Shin de venir voir comment ça se passait, ils eurent droit à leur compte. Donc en gros, après une bataille de nourriture, une course-poursuite du genre du chat et de la souris, ce fut une bataille de peinture.

            En une semaine, il avait déjà pu constater pourquoi Gabriella Facter pensait bien qu’il s’y plairait. Voir une telle ambiance donnait envie de rester le plus longtemps possible.

            Pourtant d’après Shin, les gosses qui venaient, étaient de vraies teignes et que si un jour, il en revoit quelques-uns, il leur botterait les fesses. Reï fut très surpris par cette véhémence de la part de ses nouveaux amis. Lina finit par lui avouer.

- Tous les gosses qui sont venus ici ont reçu le même accueil que toi. Ils ont adoré venir ici et quand ils sont repartis, ils étaient transformés. Ils avaient tous retrouvé le sourire et une certaine joie de vivre, mais ce que je n’admets pas, tout comme Shin, c’est le fait de dire, « Je ne vous oublierais pas, je vous écrirais ». Ils ont bien reçu une ou deux lettres, mais ensuite plus rien. Ils font silence radio ou alors leurs courriers reviennent. Carlin et Renko ne disent rien. Ils sont adultes, ils comprennent, mais va expliquer à Thalia qu’untel ne lui écrira plus parce qu’il ne veut plus avoir affaire avec elle ? Même, Maeva a beaucoup souffert de la désertion de certains d’entre eux. C’est une des raisons pour laquelle elle n’a pas d’amis.

- Pourquoi agissent-ils ainsi ?

- Je ne sais pas. Certains, je crois, veulent oublier leur ancienne vie et recommencer depuis le début, mais les autres, je ne sais pas.

- Mais ce n’est pas tous les gosses ? Hein ?

- Non heureusement. Certains reviennent les voir, d’autres les appellent pour leur donner des nouvelles. Quelques-uns habitent dans le coin. Il y en a même un qui travaille au garage « Le Bradly ». Une autre travaille comme serveuse pour Daisuke Oda, le grand cousin de Carlin, et une autre fille travaille directement sous les ordres de mon grand frère Youji.

            La conversation avait lieu dans la chambre des garçons après avoir été se débarbouiller de la peinture. Il en parlait pendant que Ludwig se trouvait à son tour sous la douche. Quand celui-ci sortit, il entendit la fin de la phrase. Il vint s’installer bien évidemment juste à côté de Reï qui se tendit un peu. Il se rendait bien compte que la présence du percé le perturber plus que de raison. Il ne savait vraiment pas pourquoi.

- Tu oublies les jumelles qui sont devenues mannequins grâce aux photos de Matt Cauthon.

- Matt Cauthon est un célèbre photographe. Ces photos se vendent comme des petits pains. Il est même très demandé dans le milieu de la mode. C’est également le compagnon d’Akira Soba, le meilleur ami de Carlin, annonça Maeva pour Reï qui la remercia d’un sourire.

- Encore un couple gay ?

- Ah oui ! T’es mal barré ! Dans cette famille, il y en a quelques-uns, en couple garçon ou fille, souligna Lina en riant.

- Ouais, couple mâle, il y a aussi Daisuke avec Juntsou, mais aussi, Luka Martin, le petit frère de Mira et Nathaniel Facter, le propre fils de notre inspectrice préférée.

            Ludwig jeta un coup d’œil en coin vers Reï qui se trouvait bouche bée. Le garçon s’attarda un peu sur ces lèvres d’ailleurs. Elles étaient bien tentantes.

- Tu oublies mon adorable neveu Cael.

- Ah oui ! C’est vrai ! Tu veux savoir pourquoi notre très cher professeur Tankeï ne nous apprécie pas beaucoup ?

            Reï se doutait bien qu’il devait avoir une histoire de couple. Heureusement pour lui, il ne l’avait pas comme professeur, mais Ludwig si. D'ailleurs, celui-ci soupira :

- Mouais ! Cael aurait pu choisir quelqu’un d’autre tout de même.

- Tomber amoureux ne se commande pas, idiot ! répliqua Lina.

- Soyez plus précis ! supplia Reï, un peu perdu.

- Cael sort avec Kippeï Tankeï, le propre fils de notre professeur. Bien sûr tout comme son oncle adoré, il ne se cache pas. Alors, le père l’a vite su et n’a pas été très heureux de l’apprendre. Il est du genre homophobe. Mais voilà, Kippeï a le soutien de sa mère. Elle a lancé à son mari que s’il ne faisait pas des efforts sur lui-même, il risquait fort bien de perdre sa famille, expliqua Maeva. Quant aux couples filles, tu as Mira Martin, notre charmante prof de dessin qui est toujours avec sa petite amie de lycée, Maisy Maure. Après moi, je sais plus.

- Si, il y a une des jumelles chez grand-mère, mais je sais plus laquelle ? Répliqua Lud.

            Il se tourna vers Reï avec un sourire.

- Tout ce petit monde, tu risques fort de les rencontrer un jour où l’autre et bien d’autres personnes aussi.

            Le grand blond se releva et s’étira toujours suivi du regard par le percé.

- Avec tout ce monde, je risque de me perdre.

- Mmmh ? Je me demande de quelle manière ! Susurra Lud par trop fort afin de n’être entendu que par son camarade qui rougit aussitôt.

 

            Quelques minutes plus tard, du bruit vers l’entrée fit descendre les jeunes curieux. Des voix retentissaient dans le salon. Ludwig poussa un cri de joie avec Maeva et les deux jeunes foncèrent sous le regard amusé des deux plus vieux vers la pièce en question. Reï lui se demandait bien pourquoi, ces amis avaient agi de cette façon et surtout pourquoi ? Il suivit Shin et Lina vers le salon et trouva Ludwig serrer dans ces bras une femme d’une cinquantaine d’années dont les cheveux noir corbeau se parsemaient de gris.

            Maeva tournait autour en graillant après son cousin pour qu’il lâche la femme pour pouvoir la saluer à son tour. Assit sur un des canapés, Reï aperçut Carlin, Renko et un troisième homme plus âgé, sur un autre, il y vit un autre homme un peu plus jeune que Carlin, ressemblant en plus jeune à l’autre homme et deux autres femmes. L’une était plus adulte avec une chevelure de feu. À chaque mouvement de son visage, ses cheveux roux envoyaient des myriades de reflets et donnaient vraiment l’impression qu’elle avait un feu sur la tête.

            Reï n’appréciait pas trop les rousses particulièrement, mais il devait bien reconnaître que cette femme était belle. L’autre femme ressemblait à une Asiatique et portait une longue chevelure noir corbeau raide, mais devant lui descendre jusqu’aux reins.

            Finalement, la femme occupée avec ses deux amis finit par se libérer en riant. Son rire fit rappeler celui du père de Maeva. En la détaillant un peu plus, il aperçut quelques traits sur son fils dont la forme des yeux, la couleur des cheveux et surtout la blancheur de leur peau. La femme regarda dans leur direction et s’approcha. Elle serra dans ces bras Shin et Lina qui semblèrent ravis d’avoir des câlins. Puis elle s’approcha du grand blond.

            Elle leva ces yeux noisette et lui adressa un chaud sourire. Reï se sentit attiré d’emblée par ce sourire. Il était rempli de chaleur et était donné sans condition.

- Bonjour jeune homme. Je me présente Eryna Dubois, enchanté de te rencontrer.

- Moi de même, Madame Dubois. Je suis Reï Harada.

- Encore un grand ! Décidément, vous, les jeunes, vous voulez me donner le torticolis, s’exclama-t-elle en riant. Allez, pas de cérémonie !

            Elle le força à se baisser et lui donna un baiser sur chaque joue. Ludwig se rapprocha et lança amusé :

- Ne rougis pas comme ça, voyons !

            Reï lui jeta un regard noir pour s’être moqué de lui. Cette femme était aussi intimidante que son fils. Celle-ci, d’ailleurs, gronda gentiment Lud, puis attrapant le bras du blond, le dirigea vers les canapés. Elle présenta tous les nouveaux arrivants. Son mari Axel Dubois, Alexandre et Amélie les enfants du premier mariage d’Axel, et leur fille adoptive Shelyna qui avait dix-neuf ans. Il apprit également que la jeune fille faisait des études de droit et de langues. Alexandre faisait carrière chez les pompiers et Amélie se trouvait être pédiatre. C’était elle d’ailleurs qui s’occupait de Luce quand celui-ci en avait besoin ou tous autres gamins qui passaient chez les Oda Miori.

            Bien que ces renseignements ne l’intéressent pas trop, cela n’empêcha pas le moins du monde Reï d’écouter cette femme parler. Elle resta pour ainsi dire, avec lui presque toute l’après-midi. Ils discutèrent de tout et de rien et pourtant à un moment donné sans qu’il s’en rende compte sur le moment la conversation dévia.

            Il se prit à lui parler de sa mère et de son frère. Il parla surtout de Hisoka et de sa peine de n’avoir pu sauver son frère dans sa détresse. Elle l’avait emmené dans la cuisine et avait pour ainsi dire ordonné que personne ne vienne les déranger. Elle avait surtout dit cela, pour une certaine personne plutôt envahissante du nom de Ludwig qui se mit à bouder dans son coin.

            Ils se trouvaient donc tous deux dans la cuisine face à une bonne tasse de café.

- Tu te sens responsable du suicide de ton frère, Reï ?

            Le garçon serrait sa tasse chaude entre ses mains. Il était un peu perdu dans ses pensées.

- Je ne sais pas trop. Un peu, je crois. J’aurais dû voir que quelque chose n’allait pas, mais je n’ai rien vu.

- Tu sais, quand une personne veut vraiment s’en aller, elle y arrive presque à cent pour cent. Personne ne peut l’arrêter, car majoritairement elle ne montre aucun signe. Ces personnes sont souvent lucides à ce moment-là et elles savent qu’elles feront le plus grand mal autour d’elle ou alors, elles pensent que son geste délivrera quelqu’un. Mais en aucun cas, tu ne dois te sentir responsable.

- Oui, mais…

- Non ! Pas de mais ! Tu n’es en rien responsable de la mort de ton frère, ni de la mort de ta mère parce que je suis sure que tu t’en sens aussi responsable. Pour ta mère, c’est un stupide accident, pour ton frère le seul responsable dans l’histoire, c’est lui-même. Il a choisi la facilité. C’était sa décision et là où il se trouve maintenant, il devra l’assumer tout seul.

- Vos paroles sont si dures, murmura péniblement Reï.

            Il sentait sa gorge lui faire mal.

- Je sais. Carlin m’a un jour raconté que Ludivine, la mère de Ludwig, s’amusait à une période, avec sa vie. Mais contrairement à ton frère, elle appelait à l’aide. Tout dans son attitude le montrait et ces tentatives n’étaient jamais assez sérieuses pour qu’elle perde de cette façon la vie. Disons plutôt qu’elle s’automutilait, ce serait plus correct.

            Elle se pencha un peu et attrapa la main tremblante du grand blond. Elle la lui serra avec tendresse.

- Je veux que tu comprennes la différence. Tu ne sauras peut-être jamais pourquoi ton frère a décidé d’en finir avec la vie, mais une chose est sure, il a choisi la mauvaise solution. Il y a toujours une sortie de secours. Il faut souvent se battre, souvent cela fait très mal, on reçoit des coups physiques et moraux, mais il ne faut pas laisser tomber. Il faut se redresser et affronter tes adversaires droits dans les yeux. La vie est précieuse et très fragile. Tu peux perdre un être cher comme ça sans crier gare.

            Elle lui ébouriffa sa tignasse blonde. Reï ferma les yeux. Il aimait vraiment bien. La femme se mit à rire.

- Carlin aussi aimait bien que je lui caresse la tête quand il était petit. Maintenant, il est beaucoup trop remuant pour que j’arrive encore à lui en faire.

            À cet instant, la voix de son fils retentit à l’entrée de la cuisine.

- Mais maman, j’adore que tu me fasses des câlins, voyons.

            Eryna sursauta et jeta un regard à son fils qui souriait. Il n’avait pas perdu l’habitude d’arriver sans faire de bruit. Elle allait répliquer son ordre un peu plus tôt quand elle vit le bambin adorable dans les bras de Carlin.

- Ah ! Mon petit Luce vient voir ta grand-mère préférée.

            Elle tendit les bras vers le petit qui se tortilla pour s’y jeter en riant.

- Sale traite Luce ! s’exclama Carlin en posant ses poings sur les hanches.

            Le bambin, tout content, se serrait dans les bras de la femme avec grand plaisir. Reï en fut tout surpris.

- Je croyais qu’il n’aimait pas être dans les bras d’une femme ?

            Carlin renifla et s’écria :

- C’est normal ! Ce n’est pas n’importe quelle femme ! C’est ma mère, voilà la réponse.

- Qu’est ce qu’il ne faut pas entendre ! Ce n’est pas parce que c’est votre mère que cela ne l’empêche pas d’être une femme !

            Une frappe sur la tête le fit sursauter et criait.

- Ça ne va pas la tête ! S’offusqua-t-il.

            Il foudroya le Bambin qui riait dans les bras de la mère de l’idiot qui venait de le frapper.

- Je ne vais pas me répéter cent sept ans ! Je ne suis pas vous, mais, tu ! Compris, pois chiche ! Où alors tu as vraiment le cerveau d’une blonde ? s’exclama Carlin.

- Carlin ! Ne sois pas si violent !

- M’man ! Je fais ce que je veux avec ces têtes de bois. De toute façon, ce n’est pas un coup comme celui-ci qui va l’achever. Regarde Renko, Youji et Akira sont en pleine forme. Même, Alex a eu droit à des coups de pieds dans les fesses. Il semble pourtant en pleine forme.

- Tu es vraiment incorrigible !

- Mais maman, c’est normal, je suis ton fils.

- Carlin ! Tu mériterais une bonne fessée.

- Pfft ! Que de la parlotte ! Tu ne m’as donné qu’une seule gifle en trente-quatre ans.

            Reï se sentait un peu jaloux de la relation entre la mère et le fils. Ils s’entendaient si bien et à chaque parole prononcée, on sentait bien l’amour familial qu’il y avait entre eux. Pourquoi sa propre mère avait-elle changé autant ? Pourquoi son père était-il parti d’ailleurs ? Il ne l’avait jamais su. Il ne le saurait peut-être jamais puisqu’Aline Harada n’était plus là pour lui dire.