La semaine passa à une rapidité effrayante de l’avis de Reï. Il appréciait plutôt bien son nouveau lycée où il apprit que les parents de Maeva avaient également étudié. À chaque pause de déjeuner, il devait compter sur la présence de Ludwig pour empêcher d’être accaparé par quelques filles un peu trop collantes et par des garçons qu’il trouvait très ennuyeux. La présence du Lud facilitait l’écart des mecs, mais pour les filles, c’était une autre paire de manches. Elles commençaient à aimer le look un peu rebelle du grand brun.

 Heureusement, les deux garçons pouvaient compter sur la vigilance de Maeva. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et c’était souvent elle qui les sortait de ces furies en chaleur. Surnom que Ludwig les avait prénommés. Ils prenaient toujours leur repas sur le banc près de la salle de sport. Killian venait souvent les rejoindre.

 Maeva leur avoua que Killian était ce qu’on appelait un bouc émissaire idéal. Il se faisait toujours avoir et ne se débattait jamais. Lud le traita d’idiot et Reï fut du même avis. Kill, puisque Lud avait décidé de lui raccourcir son prénom trop long pour lui, ça le fatiguait de le dire en entier, leur rétorqua qu’avec leur gabarit, ils pouvaient se permettre de dire cela, mais lui avec sa taille et son poids trop léger, une simple gifle l’envoyait au tapis.

 Killian n’était pas fanatique des combats, du sport, il préférait nettement plus son ordinateur. Malgré que Ludwig le traite souvent de femmelette, Kill aimait beaucoup les deux amis de Maeva, bien qu’il sente un peu poindre une certaine jalousie envers le lien qui unissait les trois jeunes gens.

 En tout cas, Reï se lia facilement d’amitié avec Maeva, au look tout simple et sans artifice. Il apprit qu’elle adorait les chevaux et que depuis plus de cinq ans, elle se rendait dans un centre d’équitation, deux à trois fois par semaine. Bien sûr, si par malheur, elle rapportait de mauvaises notes, elle en était privée.

 Plus tard, il apprit également que Thalia, sa passion, était la natation. D’après son frère, c’était un vrai poisson. Il se posa la question sur ce que lui-même pourrait aimer. Apparemment, leurs passions leur permettaient pendant quelques heures de ne plus se poser de questions, sur leur jeune vie, sur leur passé et pour certains sur leur avenir.

 Une chose dont il s’était surpris, c’est qu’il avait plus de facilité à parler avec Renko plutôt qu’avec Carlin. Non pas qu’il ne l’appréciait pas, mais c’était juste qu’il l’intimidait beaucoup plus. Beaucoup disaient qu’il avait une joie de vivre, mais pour Reï, il trouvait plutôt que cet homme était légèrement un peu fou.

 En réalité, il trouvait dans l’attitude de Ludwig, certaines ressemblances avec son oncle. Le pire dans l’histoire, c’était qu’ils pouvaient être véritablement infernaux quand ils s’y mettaient tous les deux. Personnes ne pouvaient les arrêter, par contre ça s’arrêtait d’un seul coup et tout le monde restait K.O.

 Reï, à la fin de la semaine, se décida finalement à écrire à Melinda Garcia, la fille de vieux Anselme, comme il lui avait promis. Il en avait parlé avec Renko. Le grand brun lui avait conseillé de tenter le coup. Il verrait de cette façon si cette femme n’avait pas menti.

 Bien sûr, Ludwig avait tout entendu et voulut à tout prix savoir de quoi parler les deux hommes. Il emmerda tellement Renko qu’il se fît pourchasser à travers toute la maison.

 De la cuisine, on pouvait entendre la cavalcade et les fous rires de Ludwig. Une chose qui fallait surtout se méfier, c’est que temps qu’il ne s’était pas vengé, Renko ne lâchait jamais prise. Ce serait au plus endurant et ce n’était pas toujours les jeunes les plus solides.

 Ce fut ce vendredi-là qu’il rencontra pour la première fois Lina Miori. Il en fut même un peu bouche bée vu la beauté de la jeune fille. Elle était plutôt grande et très mince, bien proportionnée, un visage ovale sans défaut et surtout de très magnifiques yeux bleus couleur saphir hérités de son père. Ses cheveux bruns de la même couleur que ceux de son frère, même si plus tard, il apprit qu’il n’avait pas du tout le même sang, ondulaient en cascade jusqu’aux épaules légèrement ondulées.

 Elle arriva pendant la pourchasse et elle fit sursauter tout le monde dans la cuisine. Elle se mit à crier le nom du compagnon de son frère avant de lui sauter carrément dans les bras. Après sa surprise, Carlin éclata de rire. Il était toujours content de voir sa belle-sœur. Ensuite, elle entoura de ces bras le cou de Maeva avec qui elle chuchota un moment avant qu’elles n’éclatent de rire toutes deux. Ensuite elle s’attaqua au nouveau venu avec un sourire de vraie déesse. Elle resta correcte. Elle vint juste s’installer près de lui pour faire connaissance.

- Je suis Lina Miori, la petite sœur chouchou de Renko. Enchanter de te connaître Reï !

- Tu es sa seule sœur, Lina ! Alors évidemment, tu es la chouchoute de tout le monde.

- Ce n’est pas à toi que je cause, Carlin !

- Parle-moi sur un autre ton, gamine !

 Lina lui tira la langue et elle reçut en pleine figure le torchon que Carlin tenait en main.

- Oh ! Faites ! Il se passe quoi ? Pourquoi j’attends Lud hurlé à la mort ?

- Ton frère est juste en train de le massacrer.

 Elle se mit à rire.

- Quel idiot ce Lud ! Il ne changera pas.

 Elle se retourna vers le grand blond.

- Alors, tu te plais parmi nous ?

- Pour l’instant ça va. Je n’ai pas à me plaindre.

- C’est vrai ? Tant mieux ! De toute façon, d’ici un mois tu seras contaminé par la folie de cette maison.

 Reï sursauta comme un fou en sentant deux bras froids lui tombait dessus. Un rire retentit derrière lui. En jetant un coup d’œil, il croisa le regard gris bleu de Ludwig. Il était trempé de la tête au pied. Il n’avait pas pu tenir tête à Renko. Celui-ci connaissait chaque recoin de sa maison et l’avait attrapé par surprise. Il avait bien essayé de se débattre, mais tout comme avec son oncle, impossible de le battre.

- Retire tes bras gelés, Lud !

- Que dalle ! Je te tiens pour responsable de cette course-poursuite. Maintenant tu es fichu, je vais t’emmerder encore plus.

- Je te plains, mon pauvre Reï, s’exclama Lina en riant.

 C’est à ce moment-là que Ludwig la vit et il eut un petit sourire. Il lui sauta dessus. La fille cria et fila hors de la cuisine poursuivie par un fou trempé. Le blond et Carlin se regardèrent avec un sourire avant de se mettre à rire. Mon Dieu ! Cette famille était complètement folle. Au bout d’un moment, Renko refit surface dans la cuisine. Il tenait dans ces bras le petit Luce qui riait.

 Reï trouvait réconfortant le rire du bambin. Il semblait toujours de joyeuse humeur et pleurait rarement. Les seules fois où il pleurait, c’était quand il y avait une poussée de dents. Dès qu’il vit Carlin, Luce se tortilla et tendit ces petits bras pour le jeune homme. Celui-ci se mit à rire et l’attrapa au vol. Aussitôt, le petit mit sa tête dans le cou de Carlin, le pouce dans la bouche, prêt à s’endormir.

 Maeva tendit la main vers la petite tête et lui ébouriffa les cheveux.

- J’ai cru entendre la voix de Lina ? Je me trompe ? demanda enfin Renko après s’être installé au comptoir avec eux, tout près de son compagnon.

- Tu as raison, elle est là.

- Et ?

- Elle se fait pourchasser par Ludwig. Vu qu’il ne peut t’avoir, il tente sa chance avec ta sœur. Il est idiot !

- Papa ! C’est ton filleul ! Comment tu le traites !

- C’est la vérité ! S’il croit avoir le dernier mot avec Lina, il se met le doigt dans l’œil. Elle n’est pas la fille Miori pour rien.

- Il s’est toujours fait tapé par Lina et lui obéissait comme un bon chien-chien quand ils étaient plus jeunes.

- C’était à mourir de rire, mais elle n’a jamais réussi à avoir le dernier mot avec Shin. Même maintenant, elle n’arrive pas à l’attacher.

- Qui est Shin ? demanda aussitôt Reï en entendant un nouveau prénom.

- C’est le petit frère de mon ami Akira. Ne t’inquiète pas, tu finiras par tous les rencontrer. Ça risque peut-être de mettre un certain temps avant que tu ne voies tout le monde.

- Ouais, à mon avis tu vas t’y perdre dans ce méandre de la famille, murmura Maeva très sérieuse.

- À ce point ?

 Tous trois hochèrent la tête.

- Reeeeeennnnnnnnnnkkkkkkkoooooooo ! hurla Lina en pénétrant dans la cuisine à nouveau. Elle se jeta sur son frère et se scotcha contre lui.

- Tu ne pouvais pas le noyer l’autre abruti ?

- Je ne voulais pas qu’on m’accuse de meurtre, voyons !

- Où est-il maintenant ? Demanda Maeva.

- Dans sa chambre, il prend une douche chaude.

- Lina ? Qu'est-ce que tu as fabriqué ? demanda calmement son frère.

 Lina grimaça. Elle n’arrivait jamais à cacher quoique se soit à son frère. C’était beaucoup plus facile avec Youji. Elle soupira.

- Tu ne vas pas te fâcher, dis ?

- Nous verrons.

- Je l’ai pris en photo sous la douche.

 Un éclat de rire retentit sur la gauche de la jeune fille. Carlin avait mal aux côtes tellement il riait. Maeva souriait près à rire à son tour. Quant à Reï, il se trouvait trop estomaqué pour réagir. Renko lui souriait, il dit :

- Méfie-toi maintenant ! Tu sais à quel point il est sans gène comme une personne de notre connaissance. Il va se venger et ce sera bien fait pour toi.

 Lina donna un coup sur la tête de son frère en boudant.

- Tu n’es pas sympa.

- Je m’en fiche. Mais qu'est-ce que j’attends ce jour avec impatience !

- Carlin ? Tu vois comment il est ! Je n’y crois pas !

- Moi aussi, je me demande ce qu’il va faire, chuchota Reï tout à coup.

 Lina se retourna vers lui hallucinée. Ca y est la folie venait de le gagner.

- Tu ne vas pas t’y mettre aussi. Maeva au secours !!!

 Pour toute réponse, elle eut droit à un : « débrouille-toi toute seule ».