Finalement, vers le milieu du mois de novembre, Carlin eut le droit de rencontrer les enfants d’Axel. L’homme les amena un dimanche après midi. Eryna avait été mis au courant et elle avait pris sur elle de ne pas l’annoncer à son fils. Le garçon s’éclipsait souvent quand les enfants venaient. Elle savait bien que Carlin avait peur de cette rencontre, mais pour leur bien à tous, il fallait passer par là. Elle songeait également que la providence avait son bon aussi. Renko avait annoncé à Carlin qu’il allait voir sa famille, car cela faisait une éternité qu’il ne l’avait pas vu. Carlin semblait un peu déçu que son ami ne l’invite pas, mais c’était résolu à ne pas trop lui en vouloir.

Axel arriva assez tôt dans l’après-midi de peur que Carlin arrive tout de même à s’échapper, mais il fut vite rassuré quand la porte s’ouvrit sur le garçon en question. Il vit tout de suite une ombre passée dans les yeux noirs. Une ombre de surprise et de peur aussi.

Amélie cachait derrière son père, leva les yeux vers le grand garçon qui venait de leur ouvrir la porte. Elle le trouva assez étrange sur le moment. Il avait des cheveux noirs pas trop longs coupés un peu n’importe comment sur une peau blanche, des yeux aussi noirs que ces cheveux un peu bridés. D’ailleurs, elle flashait sur ces yeux. Jamais, elle n’en avait vu d’aussi noir. Elle les trouvait beaux même s’il pouvait faire un peu peur.

Son père lui avait raconté que le fils d’Eryna savait dessiner et peindre. Elle trouvait que son père n’aurait pas eu besoin de lui dire. Elle trouvait qu’il respirait un air artistique dans son look. Elle ne savait pas pourquoi, mais c’était ce qui lui inspirait. Elle jeta un regard sur son petit frère. Lui aussi regardait Carlin avec de grands yeux. En secret de leur mère qui n’appréciait pas du tout Eryna, les deux enfants avaient imaginé leur futur grand frère de mille et une façons. Le résultat fut au-delà de leur espérance. Maintenant, il fallait voir si celui-ci les accepterait sans problème.

Eryna accueillit les deux enfants comme d’habitude en les serrant chacun à leur tour contre elle. Elle les aimait beaucoup et les trouvait très mignons. Alexandre ressemblerait de plus en plus à son père en grandissant, alors qu’Amélie avait hérité de la rousseur et la peau de lait de sa mère. Amélie n’en était pas très fière vu qu’elle n’aimait pas vraiment sa mère qu’elle trouvait trop coincée.

Elle les emmena dans le salon où les deux enfants s’installèrent sagement sur le canapé en silence. C’était une chose qu’Eryna n’arrivait pas à comprendre. Des enfants de cet âge devaient être plus remuants, plus joyeux. Mais à chaque fois qu’elle les rencontrait, ils agissaient de cette façon et elle avait vite compris que cette attitude rendait triste Axel. Il ne savait pas comment les dérider. Les enfants suivaient à la lettre les recommandations de leur mère et agissaient comme chez eux.

Carlin suivit la petite troupe dans le salon et observa en silence les enfants d’Axel. Il avait bien senti le regard de la fillette sur lui, ainsi que celui du gamin. Il ne s’était donc pas gêné dans faire autant. La fillette, il l’a trouvé mignonne avec ses bouclettes encadrant un visage ovale parsemé de tache de rousseur. Il adorait la couleur de ses cheveux. Il avait l’impression qu’à chaque mouvement de tête de voir des flammes. Le gamin était un Axel en miniature qui depuis qu’il s’était installé sur le canapé le fixait de ses yeux gris. Carlin resta juste à côté de l’entrée du salon. Non pas qu’il voulait s’éclipser en douce, mais qu’il trouvait que c’était un bon endroit pour observer.

Pendant une demi-heure, Axel et Eryna discutaient ensemble et essayaient d’intégrer les enfants dans la conversation, mais c’était presque sans espoir. Ni l’un ni l’autre ne se déridaient. Ils répondaient aimablement, mais toujours sans sourire. Au bout d’un certain temps, Eryna entendit Carlin poussait un gros soupir. Elle eut un petit sourire. Son fils avait bien changé depuis quelques mois. Il s’exprimait beaucoup plus et le faisait largement savoir.

- Arg. ! J’en ai marre !

Il entra plus en avant dans la pièce et se positionna devant les deux enfants qui levèrent la tête vers lui. Amélie et Alexandre appréhendaient. Les yeux noirs étaient encore plus sombres encore que la première fois où ils les avaient vus la première fois.

- Vous avez quel âge, ma parole vous deux ! Vous ressemblez à des poupées sans vie. Vous allez vous remuer plus vite que ça !

 Sur ces mots, Carlin se dirigea vers la porte d’entrée. Les deux enfants le regardèrent stupéfaits, tout comme Axel et Eryna. Carlin refit surface et s’exclama :

- Bon, vous attendez quoi ? Le dégel ?

 Les deux enfants se regardèrent un instant, puis haussant les épaules, ils rejoignirent le garçon. Ils remirent leurs manteaux et suivirent toujours en silence le plus grand. En jetant un coup d’œil derrière lui, Carlin vit que les deux le suivaient. Alors, il ne fit plus cas d’eux pendant un moment. Il descendit comme il le faisait d’habitude les escaliers en courant. Amélie et Alexandre durent en faire autant pour le suivre. Ils purent ainsi entendre Carlin discutait un peu avec toutes les personnes qu’il croisait. Arrivé enfin sur le pas de l’immeuble, Carlin leva les bras vers le ciel et respira une longue bouffée d’air frais et froid surtout. Ensuite, il se dirigea vers le parc près de chez lui. Il ne regarda même pas si les deux enfants le suivaient.

 Le parc regorgeait de famille dont les enfants jouaient aux différents manèges. Les mères aperçurent en premier le garçon et le saluèrent chaleureusement. Elles le connaissaient bien vu que leur progéniture venait à la crèche où Eryna travaillait et où il avait fait une sorte de fresque sur tout un mur. Il s’était d’ailleurs inspiré du parc et des enfants. Ensuite, les petits monstres le virent également et l’appelèrent à grand cri. Carlin sourit et fonça sur le tourniquet en hurlant comme un gamin. Amélie et Alexandre arrivèrent à leur tour et le virent en compagnie de tous jeunes enfants. Ils les faisaient rire aux éclats en tournant comme un fou le tourniquet. La fillette eut un sourire. C’était rare de voir un grand jouer de cette façon insouciante avec des plus jeunes. Il ne semblait pas se soucier du regard des autres et surtout de ceux de son âge. Un cri retentit.

- Hé ! Venez, vous deux !

 Amélie hésita. Sa mère lui avait dit de rester très sage. Elle n’avait jamais désobéi avant. Alexandre jeta aux orties les ordres de sa mère. Il avait bien trop envie de mieux connaître ce grand garçon. Il avait toujours rêvé d’avoir un grand frère. Il n’allait pas laisser passer une telle occasion de réaliser son rêve. Il commença en marchant, mais finit par se mettre à courir avec un grand sourire. Carlin l’attrapa au vol et le jeune garçon se retrouva lové dans des bras chauds. Le tourniquet tournait toujours très vite. Il se sentait libre, comme jamais il ne l’avait vraiment été. Il se mit à rire. Quand le manège ralentit, il fit comme les plus jeunes, il demanda en criant à Carlin de les faire tourner encore plus vite. Sa sœur l’avait rejoint et elle lui adressa un petit sourire.

 Une heure plus tard, les deux gamins jouaient en riant aux éclats à colin maya avec Carlin et d’autres enfants de leur âge. Ils rencontrèrent également deux amis de Carlin, l’un était un grand châtain de son âge et l’autre plus âgé blond. Celui-ci les mitrailla avec son appareil photo et leur promit de leur donner les photos. Alexandre eut droit à un court pour apprendre à photographier après qu’il eut demandé timidement comment cela fonctionnait.

 Le soir venu, les trois décidèrent tout de même à rentrer. Axel et Eryna furent complètement estomaqués par leur arrivée en fanfare. Axel n’en revenait pas. Jamais, il ne les avait vus comme cela, si joyeux, si insouciant si remuant. Ils lui parlaient tous les deux en même temps et se chamaillaient gaiement. Axel en avait presque les larmes aux yeux tellement il en était heureux. Il aurait voulu remercier Carlin de tout son cœur, mais celui-ci se trouvait dans la cuisine à tourner autour de sa mère qui préparait le dîner. Depuis le salon, ils pouvaient entendre Eryna rouspéter après son fils qui lui piquait de la nourriture. Ensuite, le téléphone se mit à sonner et le garçon disparut dans sa chambre avec le téléphone portatif. Hors de question que l’on écoute sa conversation avec Renko. Quand il fut enfin l’heure de quitter les Oda pour ramener les deux enfants à leur mère, Axel put enfin remercier Carlin pour s’être si bien occupé de ces enfants. Le garçon haussa les épaules en précisant à ceux-ci d’ailleurs que plus jamais il ne voulait les revoir aussi coincer. Amélie et Alexandre acquiescèrent vivement en lui demandant timidement si la prochaine fois, il jouera encore avec eux.

- Pas de problème ! Ah ! Tenez c’est pour vous !

 Il leur tendit à chacun une feuille blanche cartonnée. Amélie jeta un coup d’œil et poussa un petit cri de surprise. Son père y jeta un coup d’œil et en resta baba. La fillette ouvrit en grand la bouche tellement surprise. Elle s’était toujours trouvée laide à cause de ces cheveux roux, mais là sur le dessin, elle se trouvait très jolie. Elle avait envie de pleurer tellement elle était contente. Elle sauta dans les bras de Carlin qui gloussa.

- Merci ! Merci et encore merci !

- Pfft ! C’est juste un dessin, s’exclama-t-il en souriant.

- Je m’en fiche ! C’est le plus beau dessin que je n’ai jamais vu ! Tu m’en referas d’autres, hein ? Dit ?

 Carlin ébouriffa sa tignasse rousse et tira gentiment une bouclette.

- Ok, ça marche ! Et toi, Alex ?

 Le garçon cligna des paupières toujours fixant son propre visage sur la feuille. C’était la première fois qu’on lui donnait un surnom. Il préférait largement Alex que son prénom entier.

- Euh ! Tu crois que ton ami accepterait de m’apprendre encore plein de trucs sur la photographie ?

- Je lui demanderais. Mais ça m’étonnerait qu’il dise non.

 Alexandre adressa alors un large sourire à Carlin et se tourna vers son père.

- P’Pa, je suis très content que tu ais rencontré Eryna. Maintenant, j’ai un grand frère !