L’inspectrice Gabriella Facter aurait voulu revoir ses amis avant de s’en aller, mais elle dut finalement se décider à s’en aller. Elle souhaita à Reï une meilleure vie dans cette famille hors-norme. Le garçon avait fini par se remettre de la nouvelle.

 Maeva lui avait demandé si cela le dérangeait, mais il ne sut quoi répondre. Personnellement, il ne connaissait personne dans son entourage qui se trouvait être gay. Ce serait une première pour lui. Reï se sentait un peu triste de voir partir l’inspectrice. Il l’aimait bien et faisait un métier pas facile.

 Quand finalement, il se retrouva seul avec Maeva, il se sentait un peu gauche. Il ne savait pas trop quoi faire. La jeune fille dut s’en rendre compte, car elle l’invita à la suivre avec son sac. Elle tenait dans ses bras, le petit Luce endormi. Il avait la tête posée sur son épaule et son bras gauche pendouillait sur un côté. Le garçon y aperçut la cicatrice. Elle était vilaine, un peu boursouflée. Qui avait bien pu faire une chose horrible à un bébé ? Vu la réaction du bambin fasse aux femmes, Reï se demandait si c’était la propre mère qui lui avait laissé la marque. Il posa la question à la jeune fille qui n’en savait rien.

 Elle le conduisait à l’étage. Elle lui annonça que la maison n’était pas entièrement finie donc les chambres étaient encore très restreintes. Les escaliers menaient à un couloir rempli de porte. Maeva informa donc que la première porte était la chambre de ces pères avec interdiction de pénétrer sans invitation.

- C’est propriété privée, bien que deux personnes n’obéissent jamais à la règle. Enfin, le premier, c’est normal, il est encore trop petit. Il a besoin de plus d’attention.

- Tu parles de Luce ?

 La jeune fille lui jeta un coup d’œil en coin avec un sourire.

- Qui veux-tu que ce soit d’autres ? C’est le seul bambin que tu verras ici. L’autre, tu risques fort de le rencontrer et d’être de surcroit obligé de partager ta chambre. Je te plains sincèrement. Avoir l’autre abruti comme compagnon de chambrer, c’est une vraie poisse !

 Reï grimaça. Sa première journée commençait bien. Il apprenait que la fameuse famille d’accueil était deux hommes et que son locataire semblait être un drôle de phénomène.

- Je ne dis pas cela pour te faire peur. Lud peut s’avérer être un chou, mais il est légèrement enquiquineur. S’il t’emmerde trop, plains-toi auprès de P’pa Ren, mais surtout pas à papa Carlin. Là, t’es fichue, si tu vas te plaindre à lui, car entre guillemets, lui-même peut être bien pire que Lud.

 Reï porta une main à sa tête et se gratouilla le crâne. Tout en parlant, la jeune fille l’emmena vers la troisième porte qu’elle ouvrit. C’était une chambre de bébé de couleur douce et joyeuse. Sur tout un mur, un énorme dessin y avait dessiné. Il reflétait une immense forêt remplie d’animaux sauvages et d’oiseaux de toutes sortes. Reï pénétra dans la pièce pour mieux l’observer. Il avait presque l’impression d’entendre les rugissements des félins et le cri des oiseaux.

- C’est mon père Carlin qui la fait. C’est magique, pas vrai ?

- Il est sacrément doué.

- C’est sur et ces tableaux se vendent à prix d’or.

 Maeva déposa son fardeau dans son lit et força le grand blond à sortir. Elle l’emmena vers la cinquième porte et l’ouvrit. La chambre était sur un ton vert. Elle contenait deux lits superposés collés au mur et deux lits d’une personne face à la porte. Les deux petits lits n’étaient séparés que par une table de chevet. Sur sa droite se trouvait une porte entrouverte. Elle lui montra la salle de bain.

 Reï déposa son sac sur un des lits. Il finit par demander.

- Si tu me disais qui habite cette maison. Ça m’aiderait beaucoup.

 La jeune fille sourit à nouveau. Elle vint s’installer sur l’autre lit libre.

- Tu arrives bien en y réfléchissant. Il y a quelques mois, la maison était remplie à craquer. Je ne te dis pas les hauts et les bas qui ont eu lieu. Personnellement, je n’aime pas quand il y a trop de monde. Cela devient presque impersonnel.

- Je m’en doute.

 Reï se laissa à son tour tomber sur le lit très confortable. Des moineaux avaient été dessinés sur le plafond. Cela donnerait presque envie de sourire.

- Bon, alors, il y a donc mes parents, Renko et Carlin. Ren est plus calme et plus sérieux, mais méfis toi, car c’est juste une impression. Son grand-père lui a légué son garage. Mon père est fan de mécanique, mais c’est aussi un redoutable homme d’affaires. Le garage s’est depuis le temps agrandi et a même fait des petits frères à travers le pays. Carlin, et bien, comment le décrire celui-là ? Bah ! En gros ! Carlin est Carlin, il est unique en son genre. C’est mon avis et c’est mon papounet préféré même s’il peut s’avérer très exigent. Ensuite, il y a moi et Luce. Je dis nous deux, car nous sommes leurs enfants adoptés. Ils ont la garde de Thalia. C’est la fille de la meilleure amie défunte de Carlin. Bientôt, tu vas connaître l’autre abruti du nom de Ludwig. C’est le grand frère de Thalia. Maintenant, il y a toi également dans cette famille.

- Merci pour ces renseignements.

- Il n’y a pas quoi, c’est normal. Ah oui, tu risques aussi de rencontrer Lina Miori. C’est la petite sœur de Renko, mais elle n’a que quatre ans de plus que nous deux. Elle aussi, c’est un sacré phénomène.

 

 Ils discutèrent ainsi pendant au moins deux heures. Reï voulait surtout connaître les règles, car il y avait toujours des règles à respecter. Mais la jeune fille le réconforta en affirmant que les contraintes n’étaient pas cruelles. La première, c’était la chambre, l’autre ne pas se faire renvoyer du lycée et d’amener des notes raisonnables, ne pas se battre entre eux. S’il y avait divergence ou mésentente voir un des deux adultes, le plus souvent Carlin, car c’était le plus disponible, bien que très risqué aussi. Reï se demandait en quoi cela pouvait être risqué. Il n’osa pas poser la question. Il fallait rester correct avec les autres et surtout pas d’insultes ou autres mots racistes et tous, et tous, et tous …

 Le garçon était plutôt surpris. Il avait pensé qu’il y aurait plus de contraintes, mais apparemment ce n’était pas le cas. Il songea qu’il le verrait par lui-même. Entre-temps, il put faire la connaissance de Thalia qui revenait de l’école. La fillette était plutôt grande pour ces douze printemps. Elle avait la peau tannée et des cheveux blonds coupés au carré et de jolis yeux gris. Elle adorait porter du blanc et ce jour, elle ne départit pas à cette règle. Elle portait un pantalon et une chemise blanche tous deux. Le blanc faisait ressortir sa blondeur et la couleur de sa peau. Elle semblait sportive elle aussi.

 La fillette vient les rejoindre dans la chambre des garçons et elle s’installa près de Maeva qui la prit dans ces bras. Elle souriait.

- Alors, c’est toi le nouveau ? J’espère que tu es plus sympa que le précédent. C’était une vraie plaie ! Pour une fois même Carlin fut ravi de le voir partir.

- J’espère pour toi que je n’en serais pas un.

- À mon avis, tu es différent. Je sais que l’habit ne fait pas le moine, mais je me fis à mon instinct.

- Ton instinct est pourri p’tit sœur, s’exclama une voix venant de la porte de la chambre grande ouverte.

  Les trois jeunes sursautèrent en l’entendant. Ils ne les avaient pas entendus arriver. La fillette hurla de joie et fonça sur son frère. Elle lui sauta littéralement dans les bras. Celui-ci n’eut aucun mal à la soulever et de là garder dans ses bras comme un bambin. Reï lui, observa le nouvel arrivant un peu estomaqué. Vu le physique, il ne ressemblait pas du tout à un grand frère aimant. Pourtant, c’était bien l’impression qu’il donnait avec sa sœur.

- Alors mon idiot de frère, tu t’es fait remonter les bretelles ?

- Ne traite pas ton frère d’idiot, chamelle !

 La fillette descendit de son perchoir et s’éclipsa de la chambre en courant. Thalia dégringola les escaliers en quatrième vitesse pour rejoindre la cuisine. Quand ils arrivaient, elle voulait à tout prix les voir de suite. Elle avait trop peur qu’ils disparaissent à jamais comme ces parents.

 Ludwig pénétra plus en avant dans la chambre. Il ne se gêna pas le moins du monde à détailler de la tête au pied le nouveau qui se sentit mal à l’aise sans trop savoir pourquoi. Reï songea d’ailleurs qu’il devrait se méfier du garçon. Il ne savait pas en quoi, mais ce n’était surement pas à cause de son physique de voyous. Lud jeta son sac sur lit où se trouvait Maeva. Il s’installa sur le lit et attrapa la jeune fille dans ses bras. À la surprise de Reï, il l’embrassa en pleine bouche. La fille se mit à rire de son air étonné.

- C’est une coutume familiale. Il va falloir t’y faire.

- Pas sure que je vais l’aimer votre coutume.

- C’est avec cet hurluberlu que je partage la chambre ? s’exclama Ludwig.

 Celui-ci se redressa et toisa le plus grand.

- L’hurluberlu s’appelle Reï !

- Chouette ! Il a de la répartie. Je vais adorer l’ennuyer.

- Pitié Lud ! s’écria Maeva.

 Reï secoua la tête, exaspérée. Ce garçon commençait déjà à le fatiguer. Il se demandait vraiment s’il n’avait pas fait une ânerie d’accepter de venir dans cette famille. Il se leva et sortit. Il préféra s’éloigner des deux jeunes. Il reprit le chemin inverse et redescendit. Il entendait des rires. Il se dirigea vers ceux-ci. Il arriva bientôt devant la cuisine très moderne. Un homme grand et brun lui tournait le dos. Il semblait préparer le dîner. Alors que Thalia et un autre homme plus petit, très mince et les cheveux noirs se trouvaient attabler au comptoir. Ils discutaient gaiement. Reï s’aperçut que le petit Luce se trouvait installé sur le comptoir retenu par les mains de l’homme. Les rires venaient en grande partie à cause des pitreries que le bambin faisait.

 Le grand blond hésita à entrer, mais le bambin le vit et lui fit signe. Aussitôt, l’adulte tourna son regard noir sur lui. Il affichait un sourire.

- Salut ! Entre, voyons, fait comme chez toi ici.

 Reï s’avança et s’installa avec eux au comptoir. Il venait à peine de s’installer qu’une assiette se trouva posé sur la table. C’était des morceaux de viande à l’odeur alléchante. Son estomac se fit entendre. Il se sentit rougir. Thalia se mit à rire.

- Sers-toi, mon garçon, n’hésite surtout pas. Sinon l’estomac sur patte va tout dévorer.

 Reï leva les yeux vers le brun qui venait de parler. Il lui montrait son compagnon.

- Ren ! T’es méchant, je ne suis pas un estomac sur patte, juste un pauvre malheureux qui a faim ! Ce n’est pas pareil !

- C’est ça oui, à d'autres !

 Le brun repartit à son coin. Reï obéit aux ordres et prit un morceau et dégusta. Il en reprit un autre, mais une main inconnue lui attrapa le poignet et le morceau disparut dans une bouche percée. Reï leva les yeux et croisa des yeux gris bleu moqueur.

- Renko ! Tu es toujours aussi bon cuistot.

- Ouais, mais je commence à fatiguer à nourrir des affamés dans votre genre.

 Ludwig se dirigea près du grand brun et observa ce qu’il faisait. Le voyant très occupé à éplucher des pommes de terre, le garçon tenta une main vers le plateau pour piquer un autre morceau de viande. Un couteau se planta à quelques centimètres de sa main faisant sursauter Ludwig.

- Essaie pour voir ! lança le brun.

- T’es même pas drôle ! Bouda Lud.

- Bienvenue dans ma famille, Reï, salua enfin Carlin au garçon.

 Pour la première fois en quelques mois, le jeune homme émit un léger sourire.