Mes_personnages


Dans le courant du mois de Janvier 2026

 

 C’était un jour comme un autre, un jour pluvieux, un temps en concordance avec son cœur. Il n’en pouvait plus. Il sentait la folie le gagner. Il marchait d’un pas lourd. Des personnes lui parlaient, des personnes qu’il connaissait, mais il n’avait pas envie de les écouter. D’ailleurs pourquoi le ferait-il ? Elles racontaient que des conneries plus grosses que leur cerveau vide. La pluie l’avait complètement trempé, mais il s’en fichait également. Son uniforme scolaire lui collait à la peau et soulignait son corps très grand et très mince. Certain par méchanceté le surnommait sac d’os ou le squelettique. Mais d’autres mots étaient plus violents comme l’attardé, le dégénéré.

 Il se faisait souvent racketter. Un groupe de jeunes lui volait régulièrement son déjeuner ou lui jetait son sac dans les ordures. Il ne savait pas comment réagir. Il ne voulait pas utiliser la violence. Il savait que si jamais il laissait sa colère éclater cela ferait du mal, beaucoup de mal. C’était déjà arrivé. Il avait promis à sa mère de ne plus jamais recommencer.

 Mais à la place, son jeune frère de deux ans de moins faisait justice à sa place. Cela lui faisait mal. Il ne voulait pas qu’il devienne comme lui. Il l’aimait trop pour cela. Un amour incestueux qui le rongeait à l’intérieur, qui le tuait petit à petit.

 Son frère ne le savait pas évidemment. Personne ne le savait. Il avait peur qu’il l’apprenne d’ailleurs. Son petit frère se trouvait être son opposer, toutes les filles le trouvaient à leur goût et les garçons le trouvaient agréable et bon pote.

 Pourtant quand ils étaient petits, tout le monde pensait qu’ils étaient jumeaux tellement ils se ressemblaient. Ils avaient hérité de la crinière blonde comme les blés de leur mère et des yeux verts couleur vert d’eau. Leurs visages également étaient très proches. Des yeux en forme d’amande, des pommettes hautes aux joues un peu creuses, une bouche fine et ferme, une peau couleur de miel, des sourcils en accent circonflexe faisaient d’eux la fierté de leur mère qui les avait eus très jeunes.

 Mais, parce qu’il y avait un mais, leur père avait pris la fuite après douze ans de vie commune et leur mère partit en dépression. Elle se mit à boire et accusa à tort ses propres enfants d’être responsables de cette défaillance. Elle commença à les battre à la moindre excuse.

 L’aîné fit tout son possible pour protéger le plus jeune. De cette protection trop rapprochée, des sentiments non voulus étaient apparus et le rongeaient maintenant. Maintenant, il voulait agir de la même manière que sa mère, cette folle. Il voulait enfermer son frère afin que plus personne ne puisse l’approcher. Mais en même temps, il le haïssait. Il voulait lui faire du mal.

 Parce que c’était juste une excuse de ne pas vouloir réagir quand les autres l’ennuyaient en affirmant qu’il ne voulait faire de mal à personne. C’était pur mensonge. Il se délectait à chaque fois où son frère lui venait en aide. Il avait l’impression d’être la seule personne importante dans sa vie. Mais cela aussi était faux. Il le savait bien.

 Il traversa le hall, puis le couloir en passant devant les portes des classes sans entrer dans aucune d’entre elles. Certains élèves l’interpellaient toujours ou se moquaient de lui. Il n’écoutait pas. Cela le rendait indifférent aujourd’hui. Plus rien ne le touchait. Il arriva finalement devant les marches qu’il cherchait. Il les monta quatre par quatre. Il ouvrit enfin la porte. Il se retrouva sur le toit.

 Personne ne venait ici. Cela avait toujours été son refuge où il avait pu pleurer toutes les larmes de son cœur pendant très longtemps, mais maintenant c’était terminé. Il s’était fait la promesse de ne plus jamais pleurer, mais il ferait en sorte que d’autres pleurent. Il s’approcha de la rembarre, celle où il manquait un gros morceau. Il regarda vers le bas.

  D’autres élèves arrivaient. La sonnerie du début des cours allait bientôt sonner. Certains d’entre eux le virent et hurlèrent des phrases, des mots qu’il ne comprenait pas. Il vit un professeur courir dans sa direction. Le garçon ricana. Avant qu’il n’arrive, cela serait fini.

 Il le vit enfin. Son jeune frère venait d’arriver. Il le vit lever la tête et hurlait à son tour. Le garçon sourit. Il se laissa tomber dans le vide en criant :

- Souffre autant que j’ai souffert !

 Il s’écrasa sur le sol, la tête en sang juste devant les pieds de son jeune frère. Celui-ci fixait son visage qui malgré sa maigreur, ressemblait trop au sien. Son esprit s’évada, des larmes coulaient le long de ses joues avant qu’il ne perde connaissance.

 Ce jour comme un autre, ce jour pluvieux vit la fin d’Hisoka Harada, jeune homme d’à peine dix-huit ans.