Chapitre 13

 

       Pendant que Carlin se rendait chez le proviseur, Lilas ordonna aux autres élèves de regagner leur classe respective. Mili et Akira virent Marlon à sa table faisant une tête de déterrée. Pour une fois, les deux amis écoutèrent le cours que d’une oreille. Le professeur de français ne leur en voulut pas connaissant la raison. Carlin revint pour la deuxième heure de cour. Il s’excusa et regagna sa place. Ces amis durent attendre la fin des cours pour connaître enfin ce que le proviseur lui avait dit. Carlin ne voulut rien dire tant qu’il n’était pas sortir et contrairement à d’habitude, Renko Miori les attendait avec son frère à la sortir du lycée. Le garçon adressa un sourire ravi en apercevant le grand brun.

- Alors il a fallu que tu t’attires des ennuis ? Aboya aussitôt Youji.

- Ferme-la Youji, t’es pire qu’un bouledogue ! répliqua Mili tout en s’approchant pour lier ses doigts aux siens.

       Carlin et Akira se regardèrent et se firent un clin d’œil complice. Mili et Youji ne changeraient jamais. Ils aimaient trop se chamailler. Carlin sursauta en sentant un doigt frôler sa joue gauche. Un bleu se formait. Il leva les yeux vers son amant.

- On dirait que tu aimes avoir des bleus au visage. Tu en avais déjà un à ton entrée au lycée.

- C’était un reste de l’accident.

- L’accident ? Quel accident, demanda aussitôt Akira et Mili en synchro.

       Carlin grimaça. Il avait parlé sans réfléchir. Il soupira. C’était ses amis, il se devait au moins de leur dire quelques trucs. Il accepta donc de parler, mais dans un autre lieu. Ils décidèrent à l’unanimité de se rendre chez Carlin. Bien évidemment en arrivant devant l’immeuble, ils rencontrèrent Matt qui rentrait lui aussi. Il fut amené de force par Akira chez son ami.

 

       En arrivant chez les Oda, la surprise fut littérale pour tous, sauf peut-être pour Carlin. Il se doutait bien que cette journée ne serait vraiment pas comme les autres. A peine, franchisent-ils la porte qu’un cri féminin appela Carlin à plein poumon avant qu’une jeune fille de leur âge à peu près ne lui saute au cou et l’embrasse en pleine bouche. Renko en fut trop surpris pour réagir ou subir une once de jalousie envers cette fille. Il se demandait même pourquoi il n’en ressentait pas d’ailleurs. Pourtant Carlin ne cherchait pas à éloigner la fille. Il la serrait contre lui avec plaisir. Finalement, la fille s’écarta et tous purent apercevoir son ventre rond de quelques mois. Elle ne lâcha pas pour autant les mains de son camarade. Eryna fit son entrer et invita toute la compagnie dans le salon. Bien évidemment, la fille s’installa juste à côté de Carlin et se serrait un peu trop contre lui. Le garçon sentit le regard de Renko peser sur lui. Il leva les yeux vers ceux d’un vert limpide. Il lui adressa un simple sourire. Renko comprit à cet instant qu’il ne pourrait et ne devait pas être jaloux à cause d’une fille et en particulier avec celle-ci.

- Je vous présente Ludmila Maunier. C’est une amie.

       La fille aussi blonde que les blés et la peau mat, les salua tous. Elle arrêta juste un instant de plus son regard sur le visage de Renko avant de reporter son attention sur Carlin.

- Qu’est-ce que tu fiches ici, Lud ?

- C’est comme ça que tu accueilles la future mère de ton filleul ?

       Carlin jeta un coup d’œil au ventre de la jeune fille. Elle avait reprit du poids et semblait en bien meilleur forme que la dernière fois.

- Carlin ? Si tu nous parlais plutôt de l’accident ? demanda Mili qui mourrait de curiosité. Elle s’aperçut aussi que l’amie du garçon avait sursauté également.

- Tu ne leur as rien dit de l’accident Carlin ? Je croyais que c’était tes amis ?

- C’est le cas, mais je ne me sentais pas le courage d’en parler.

- Pourquoi ? À cause de ces deux-là ? interrogea Ludmila en montrant les deux frères.

       Carlin se sentit mal à l’aise.

- Tu nous connais ? bougonna Youji.

- Vous êtes des amis de Ludwig Korvac. Alors oui, je sais très bien qui vous êtes tous les deux. Je sais aussi que l’on peut se fier à vous et non pas à ces deux autres abrutis qui...

- Lud ! Silence ! cria Carlin.

       La jeune fille sentit son camarade trembler. Elle se mordit les lèvres. Elle avait promis qu’elle n’en parlerait pas. Renko s’agenouilla près de son ami et lui serra les deux mains. Carlin posa sa tête sur son épaule.

- Il faudrait peut-être parler Carlin, murmura-t-il. Je t’ai promis que je ne te poserais aucune question, mais si tu veux avancer, il faut parler.

- Mais c’était tes amis, Renko. Si je parle, tu vas les maudire.

- Mes amis, Carlin ? Le seul ami que j’avais dans ce groupe, c’était Ludwig avec qui j’ai grandi depuis la maternelle. C’était mon seul véritable ami. Un ami que j’ai perdu le jour où je l’ai frappé parce qu’il n’écoutait pas.

 

       Matt se sentait de trop dans cette maison. Il aimait beaucoup Carlin et sa tristesse le touchait, mais il se doutait bien qu’il y avait trop de monde autour de lui pour que le garçon puisse s’exprimer clairement et calmement. Il attrapa le bras d’Akira et lui chuchota quelques mots dans l’oreille. Le jeune homme hocha la tête. Il comprenait. Bien qu’il fût le meilleur ami de Carlin, tout comme Mili, cette histoire ne le concernait pas. Il devait laisser les protagonistes se débrouiller. Par une certaine pression sur son bras, Akira fit comprendre à Mili de sortir avec eux. La fille semblait déçue, mais elle était loin d’être stupide pour comprendre qu’elle gênait. Leur départ ne se fit même pas remarquer.

       Le photographe les invita chez lui et ordonna à Akira et à Mili d’appeler leurs parents pour qu’ils ne se fassent pas de souci. Akira mit près d’un quart d’heure pour convaincre sa mère de rester chez un ami. En début d’année, il lui avait promis de ne jamais sortir la semaine, mais que le week-end end. Non pas que ces parents étaient très stricte loin de là, mais plus par nécessité. Il était chargé de s’occuper de son petit-frère tous les matins, car ses parents étaient déjà partis au travail. Ils avaient plus d’une heure de route chaque jour pour se rendre à leur boulot. Leur rêve serait la possibilité de déménager plus près, mais les loyers étaient trop exorbitants et acheter une maison n’était pas dans leur moyen. Quand finalement, il put rejoindre ces amis dans la cuisine, il eut la surprise de voir Eryna Oda. Que faisait la mère de son ami ici ? Celle-ci lui adressa un sourire.

- Merci d’être partie de votre propre volonté ! Je reconnais que vous êtes de bons amis. Carlin a beaucoup de chance.

       Les plus jeunes se sentirent rougir. Matt servit à tous un café.

- Youji est resté la bas, s’exclama tout à coup Mili un peu triste.

       Eryna posa une main sur celle de la jeune fille.

- C’est normal. Il est concerné par cette histoire avec Ludwig. Je ne connais pas trop l’histoire alors je préfère ne rien dire à ce sujet. La seule chose que je peux dire, c’est que les frère Miori et Ludwig ont grandi ensemble depuis la maternelle et qu’ils ont dû faire pas mal de bêtises ensemble. Ludwig n’avait pas une très bonne réputation et la plupart des jeunes de leur ancien lycée le détestait cordialement.

- Qu’a-t-il pu bien faire pour être haï de cette façon ? demanda Akira stupéfait.

       Eryna haussa les épaules. Elle n’en savait rien et son fils ne lui en avait jamais parlé. Elle savait certaine chose grâce à Ludmila.

- Cette fille ! Qui est-elle ? Elle semble être très proche de Carlin.

- Proche ? Oui, on peut dire qu’ils sont très proches, comme ils l’ont été avec Ludwig sinon je ne vois pas pourquoi ils auraient été tous les deux dans cette voiture.

- L’accident, c’était quand ? demanda Matt intrigué.

       Eryna lui jeta un regard. Matt, plus adulte, suivait régulièrement les infos par rapport au plus jeune.

- Vous devez en avoir entendu parler. Les infos en ont parlé pendant des jours.

       Akira et Mili se regardèrent en silence. Ils s’en souvenaient maintenant. Trois mois plus tôt, les informations avaient coupé un film que les deux jeunes regardaient chez le garçon. Mili et Akira devaient préparer un devoir en histoire et s’étaient réuni chez les Soba. La mère d’Akira avait insisté pour garder la jeune fille pour la nuit. Dans la joie d’une bonne soirée, ils s’étaient tous installé devant un bon film. Malheureusement, il fut interrompu et la joie, c’était transformé en douleur et en larme. Un orage avait éclaté dans la soirée, un orage comme habituel ni trop fort, ni trop violent, mais cela lui permit de faire un véritable carnage. Un éclair avait frappé sur l’autoroute juste devant un camion qui prit par surprise fit un écart et subit un aquaplaning. Ne pouvant s’arrêter, il dérapa et embarqua plusieurs voitures à sa suite. L’une d’entre elle avait même explosé. L’explosion, bien sur entraîna une série en chaîne de carambolage. Plus de cinquante victime lors de cet accident et dont une dizaine furent tué. Plus tard dans la semaine, le nombre de victimes en tout fut de quinze morts et 6 blessés grave dont trois se trouvaient dans le coma.

       La gorge nouée, Mili eut du mal à retenir ces larmes. Elle avait beaucoup pleuré ce soir là. Bien sur, elle ne connaissait personne parmi les victimes, mais cela aurait très bien put. Rien que d’imaginer cela l’avait profondément touché.

- Ludwig, Carlin et Ludmila se trouvaient dans cet accident là ?

       Eryna hocha la tête. Une larme coula le long de sa joue.

- C’était horrible ! J’ai eu l’impression de revivre un cauchemar que je croyais très loin. Revoir mon fils dans un lit d’hôpital et dans le coma, ca m’a rappeler pas mal de mauvais souvenir.

        Elle se tut un instant et reprit un peu plus calmement.

- Le pire dans l’histoire, c’est que les médecins m’ont dit que Carlin était dans le coma non pas à cause de l’accident, mais à cause de la drogue injectait par intraveineuse.

- Merde ! s’exclama Akira. Ce n’est pas possible qui a osé lui faire ca ?

       Eryna lui adressa un chaud sourire. Il se demanda pourquoi.

- Merci de croire en lui, Akira. Les flics, eux, n’y ont pas cru. Quand finalement, il fut réveillé, il fut interrogé avec Ludmila sur cette drogue. Je sais bien qu’il ne les aime pas, mais tout de même. Il n’a pas dit un seul mot, il leur a dit de se servir de leur cerveau disproportionné pour trouver les preuves eux-mêmes. Ludmila n’a pas été tendre non plus. Depuis cet accident, ils sont liés comme les doigts de la main.

 

 

       Renko s’était redressé et avait pris la place de Carlin avec le garçon sur les genoux. Celui-ci gardait sa tête au creux de son cou et ne semblait pas vouloir le quitter. Youji, un peu chamboulé, se rendit compte du départ de leur ami. Il sentit le regard bleu de la fille sur lui. Il s’installa finalement sur un fauteuil. Il observa son frère. Il serrait le garçon dans ses bras tout en lui caressant les cheveux. Il était surpris. Renko n’avait jamais été tendre que ce soit avec ses amis, son frère ou encore moins avec les filles avec qui il était sorti. Bien qu’il trouve encore étrange une relation entre même sexe, il devait reconnaître que Carlin changeait son frère en mieux. Une raison de plus pour que Renko ne fuit pas sa famille comme il comptait le faire au début. Plus de raisons pour rester, mieux se serait. Heureusement que leur père avait trouvé la première, ensuite la petite Lina en deuxième et maintenant Carlin. Youji vit que la jeune fille au lieu de s’écarter, elle posa sa tête sur l’épaule de son frère. Celle-ci ne manquait pas de toupet tout de même. Mais contrairement à ce que Youji pensait, Renko ne l’éloigna pas. Il préféra demander.

- Alors, comment vous vous êtes rencontrés ?

       La jeune fille caressa son ventre un moment en silence. Finalement ce fut Carlin qui prit la parole. Ludmila en fut contente. Son ami se sentait beaucoup mieux.

- Chez le psy. Un jour, j’y suis allé et deux autres personnes attendaient pour passer. Il y avait Ludmila et Ludwig.

- Ah oui, je m’en souviens comme si c’était hier, gloussa la jeune fille. Pendant toute l’attente de mon passage, il a fallu que j’endure vos insultes et les coups bas. Bon dieu, qu’est-ce que tu changes de personnalité dès que tu entres dans un hôpital.

       Carlin se moula un peu plus contre son compagnon. Il détestait les hôpitaux, ce n’était pas de sa faute.

- Ensuite, on a eu souvent d’autres rendez-vous les mêmes jours et presque les mêmes heures. On aurait dit que le psychiatre le faisait exprès.

- Bah ! Vu le sadique que c’était, il devait l’avoir fait exprès. Mais mal lui en prit. Petit à petit, on s’est attendu et on partait se promener à travers la ville. On disait des âneries, mais cela a été les plus beaux moments de ma vie d’ado, s’exclama Ludmila.

- Pourquoi allez-vous chez le psy ? interrogea Youji.

- Moi à cause de ma liaison avec mon prof de français, répondit Carlin, la tête toujours caché dans le cou de Renko.

- Ah oui, ce fameux prof. Il était à tomber par terre ce mec. C’est sure que tu n’avais pas choisi le plus laid. D’ailleurs, c’est honteux, les profs aussi séduisants ne devraient même pas exister. Tu t’étonnes après si les élèves deviennent des chauds lapins.

- Ludmila ! s’écria Carlin rouge comme une pivoine.

       Renko et Youji éclatèrent de rire de l’embarras du garçon. Celui-ci jeta un regard noir à Ludmila qui gloussa.