Quand Carlin rentra chez lui, sa mère l’attendait avec Axel. Elle serra son fils comme elle ne l’avait plus fait depuis pas mal de temps déjà. Elle lui promit de faire des efforts et lui avoua qu’elle avait pris pour elle-même des rendez-vous chez le psychiatre. Elle devait faire sortir de son corps toute cette peur que les yeux noirs provoquaient chez elle. Axel voulut parler seul à seul avec le jeune homme qui avait senti l’anxiété l’envahir. Axel l’avait senti et lui avait rassuré que jamais il n’agirait de la même manière que les deux autres hommes que sa mère avait fréquenté avant. Carlin préféra clarifier avec cet homme sur le sujet de ses préférences sentimentales. Bien qu’Axel fût un peu estomaqué sur le coup, il comprit vite d’où venait la gêne que le garçon avait avec lui. Apparemment, les anciens compagnons d’Eryna avaient fait un sacré foutoir dans la vie du pauvre Carlin.

- Carlin, jamais je ne critiquerais ta façon de vivre. Je serais incapable de le faire pour mes propres enfants. J’ai très bien compris que pour Eryna, tu es la chose la plus importante dans sa vie. Un enfant s’est sacré aussi bien pour ses yeux que pour les miens.

 Carlin sourit soulagé et serra la main tendue de l’homme.

- Moi, je veux juste que Maman soit enfin heureuse. Elle le mérite, mais je ne voulais plus qu’elle retombe sur des tarés comme mon père et les deux autres.

- Je te comprends. Ca n’a pas dû être facile tous les jours.

 Ils avaient parlé jusqu’à tard la nuit. Le lendemain, le garçon eut beaucoup de mal à se rendre au lycée. Il avait encore sommeil et le temps était tellement triste et humide, que son humeur n’était pas rose. Il espérait pouvoir rencontrer Renko à la pause déjeuné pour remonter son humeur. Des qu’il pénétra dans la salle de classe, il fut aussitôt entouré par ses deux camarades. Ceux-ci réussirent au moins à le faire rire. Les élèves apprirent que leur professeur de littérature serait absent pour une durée indéterminée et qu’il allait être remplacé. Le nouveau professeur arriva quelques minutes plus tard. Carlin perdit aussitôt son sourire en le reconnaissant. Pourquoi de tous les professeurs qui cherchaient du travail, il avait fallu que ce soit cet ignoble individu. Carlin se souvenait encore très bien des paroles cruelles que cet homme lui avait balancées en pleine figure. Celui-ci le reconnut aussitôt également et fit en sorte de le retenir à la fin du cours.

 L’homme se dirigea vers la table du garçon l’observant avec mépris. Il haïssait ce genre de gamin. Il avait pris un certain plaisir à le rabaisser, il y avait de cela un an et demie de cela.

- Alors la tapette de service, prends-tu toujours ton pieds avec un confrère.

 Carlin rangea ses affaires dans son sac très calmement, puis il leva ses yeux noirs vers le professeur qui recula de quelques pas sous le regard de braise du garçon. Jamais il n’avait vu des yeux déjà sombres devenir encore plus noir qu’ils étaient. Une rage à peine contenue faisait trembler le corps de Carlin. Mais c’est pourtant d’une voix doucereuse qu’il répliqua :

- La tapette de service vous fait dire de faire très attention à ce que vous dites désormais. Je ne suis plus le garçon qui se laissait faire sans rechigner. Si vous me cherchez un peu trop, vous risquez fortement de me trouver.

- Dans ce cas de figure, tu risques de te faire virer du lycée. Ta mère risque d’être inconsolable.

 Le garçon eut un sourire mauvais et fixa de son regard furieux le professeur qui n’en menait pas large.

- Essayez pour voir ? Mais je vous le déconseille. Vous ne savez peut-être pas, mais le rôle d’une tapette est d’écrasée les insectes nuisibles dans votre genre.

Sur ces paroles, Carlin sortit de la classe avec soulagement. Ces deux amis l’attendaient quelques pas plus loin. Ils virent de suite que leur ami était dans un état de fureur. Ils avaient cours d’E.P.S. et ils espéraient que faire du sport permettrait de le calmer, mais malheureusement, cela fit empirer l’état de Carlin. Voulant prendre ces baskets dans son casier, celle-ci ne s’y trouva pas. Le garçon s’était alors élancer vers l’arrière du bâtiment scolaire et avait ouvert l’incinérateur. Ces baskets s’y trouvaient. C’était la cinquième paire depuis la rentrée. Ce fut la goutte d’eau. Carlin fonça à nouveau à travers tout le lycée pour trouver celui qu’il cherchait. Il le trouva en compagnie de sa bande et d’un groupe de fille. Ceux-ci étaient justement entrain de se vanter de leurs âneries.

Marlon le vit arriver mais n’eut pas le temps d’esquiver le poing d’un Carlin redevenu incontrôlable. Le jeune homme s’écroula le nez en sang. Les filles poussèrent des cris aigus. Les amis de Marlon les entourèrent et encouragèrent leur ami à se défendre. Celui-ci se remit debout et se jeta à son tour sur le garçon qui se défendit beaucoup mieux qu’ils ne l’avaient imaginé. Jamais ils n’avaient pensé une seule seconde que Carlin, leur bouc émissaire, savait très bien se battre. Quand enfin, Akira et Mili arrivèrent sur place et le trouvèrent en califourchon sur Marlon et le cognait. Celui-ci se protégeait du mieux qu’il pouvait avec ses mains. Akira ceintura Carlin et l’éloigna de sa victime. Il pouvait sentir le corps du garçon trembler contre lui. Un professeur arriva sur les lieux et éloigna les voyeurs. Puis, il ordonna à Akira et à Mili d’emmener les deux bagarreurs à l’infirmerie pour les soigner. Il se chargerait de prévenir le proviseur. Les deux ados étaient tout de même soulagés de voir que c’était leur professeur d’art plastique. C’était le plus sympathique. Carlin s’était finalement calmé et Akira put le lâcher. Le garçon regardait le sol et ne leva pas une seule fois la tête. Obéissant aux ordres donnés, les deux jeunes les emmenèrent donc à l’infirmerie.

 Madame Loutanit soupira en voyant leur visage tuméfié. Elle les gronda et les soigna sans aucune douceur comme à son habitude. Marlon grogna à tout bout de champs, alors que Carlin lui ne pipa pas un seul mot ou cri. Elle dut lui changer le bandage à sa main droite sale du sang de Marlon. Elle tiqua un peu en voyant les coupures sur son bras et sur la main. Elle ne lui posa aucune question, mais lui ébouriffa les cheveux. Akira en fut très surpris. Madame Loutanit n’avait jamais eu un geste doux envers ces patients. Le professeur d’Art plastique revint et invita Marlon à le joindre. Mili, elle, en avait profité pour trouver Renko pour lui raconter ce qui venait de se passer. Dès que Marlon fut éloigné, Madame Loutanit ordonna à Akira de fermer la porte. Ensuite, elle se planta devant le garçon qui fixait toujours le sol.

- Bon, qu’est-ce qui t’a pris de faire cette bêtise, Carlin ?

 Alors comme ça, l’infirmière connaissait son ami. De mieux en mieux ! Combien de personnes son ami connaissait-il dans ce lycée ?

- C’est la faute de ton mari, Lilas. Avait-il besoin d’engagé ce prof ?

 L’infirmière jeta un coup d’œil vers Akira qui restait bouche bée. Elle grimaça.

- Toi, ne vas pas le crier sur les toits ! Sinon je te découpe en rondelle, compris ?

 Le jeune homme hocha la tête. Il avait encore du mal à digérer que l’infirmière et le Proviseur du Lycée étaient marié.

- Tu sais très bien que ce n’est pas lui qui choisit vos professeurs, sinon tu sais très bien qu’il n’aurait jamais accepté sa présence dans ce bâtiment. Mais pourquoi avoir cogné ton camarade de classe !

 Carlin releva la tête et répliqua :

- Parce que j’en ai assez d’acheter des baskets neufs tous les quatre matins. Ah merde, Lilas. !

 L’infirmière donna un coup sur la tête du garçon qui cria de douleur.

- Reste correct ! Tu as tout de même de la chance que c’est Simon qui soit venu vous voir et non un autre professeur. Tu sais que tu risques d’être renvoyer pendant quelques temps du lycée et que feras-tu pour le concours ?

 Carlin grimaça et tira la langue à l’infirmière qui lui tourna le dos et sortait de la pièce. Akira tenta tout de même à demander des éclaircissements.

- Carlin ? Comment se fait-il que tu puisses connaître Madame Loutanit ?

- Lilas est la demie - sœur de Juntsou. Et c’est également Lilas qui a recueillit chez elle une pauvre jeune fille de dix sept ans enceinte dont les parents ont jeté dehors après la mort de son petit – ami. Elle est grognon, mais elle a le cœur sur la main.

- Et comment se fait-il qu’elle appelle le prof d’art par son prénom ?

- Parce que c’est son fils bien sur.

 Akira porta une main dans ses cheveux châtain. Quelques choses ne tournaient pas rond dans l’histoire.

- Pourquoi ne portent-ils pas tous le même nom ?

 Carlin émit un petit rire.

- Lilas ne voulait pas que les élèves sachent qu’elle était la femme du Proviseur alors elle porte son nom de jeune fille. Quant à Simon, il porte le nom de son père, le premier mari de Lilas. Voilà tu sais tout.

 Akira ne put rien dire de plus car la porte s’ouvrit sur Renko et Mili. Le jeune homme se dirigea vers Carlin.

- Est-ce que ca va ?

 Le garçon hocha la tête en souriant. Sa bonne humeur revint au galop. Il lui suffisait juste de voir Renko pour que tout redevienne normal.

- Miori ? Que fiches-tu ici au lieu d’être en cours ?

 Le jeune homme jeta un coup d’œil à l’infirmière qui était revenu accompagné du professeur d’Art plastique.

- Qu’est-ce que cela peut vous faire !

- Sale gosse ! Parle autrement veux-tu !

 Renko haussa les épaules ignorant complètement la bonne femme. Il finit par recevoir un coup sur la tête. Carlin éclata de rire.

- Tu es aussi insupportable que ton frère. Carlin, tu dois te rendre au bureau du proviseur.