Chapitre 11

 

       Youji se réveilla en sursaut et faillit tomber du fauteuil où il s’était endormi. Il se redressa et se leva encore à moitié endormi. Tout en baillant, il dirigea ses pas vers la cuisine où une bonne odeur de nourriture s’échappait. Le propriétaire de l’appartement se trouvait déjà attabler devant son petit déjeuner. Matt Cauthon salua le jeune homme et l’invita à s’installer. Il se permit également de le servir.

- Merci Monsieur Cauthon.

- Matt, s’il te plaît. J’ai l’air d’un vieux quand vous m’appelez par mon nom.

- Ok ! Où sont les deux autres ?

- Akira et Mili dorment toujours. Ils se ressemblent ces deux-là, deux vrais marmottes.

       Youji sourit. La veille, ils étaient restés avec Eryna Oda presque toute la journée, ensuite Matt les avait invités à venir se restaurer chez lui. Ils avaient discuté jusqu’à tard la nuit surtout après le coup de téléphone de Carlin. Il avait pu voir à quel point le garçon comptait pour ces deux amis. Akira et Mili semblait d’un coup avoir retrouvé leur bonne humeur. La jeune fille s’était mise en tête d’ennuyer et d’embarrasser son ami et surtout le pauvre Matt. Bien sur, elle s’amusa également à le mettre en boîte. C’était la première fois qu’il se sentait bien avec des amis. En les fréquentant et en les observant la plupart du temps, Youji apprit à les connaître.

Akira était le genre de gars qui n’aimait pas les ennuis, mais en même temps, mieux valait être son ami que son ennemi. Son point faible semblait être le photographe. Vu que Matt était un adulte, leur relation était fragile et solide aussi. En les regardant d’ailleurs, Youji pensait qu’Akira faisait plus que son âge des fois. Quand à Mili, c’était la meilleure amie par excellence. Elle n’aimait pas voir de la tristesse dans le regard de ses amis. Elle ne jugeait les gens que par leur acte, et non par leur apparence.

Elle lui avait raconté sa première rencontre avec Akira quatre auparavant et comment elle avait apprit son histoire avec Matt. Par contre, Youji se sentait un peu jaloux de la façon dont Mili parlait de Carlin. Elle semblait l’adorer et se fâchait contre lui si par malheur, il disait un mot de travers sur lui. D’ailleurs, Akira agissait pareil. Qu’est-ce que ce garçon avait pour les attirer de cette façon ? Même son frère venait tomber sur le charme de ce garçon. Le jeune homme finissait son petit déjeuner quand les deux autres firent leur apparition. Akira embrassa son homme sans la moindre gêne et but deux tasses de café noire. Quand à Mili, elle ne s’embarrassa pas et salua tout le monde en leur faisant un baiser sur la bouche. Youji aurait aimé en avoir un deuxième, mais plus profond. Elle s’installa près de lui et se laissa servir par Matt qu’elle remercia d’un sourire.

- On dirait que tu as bien dormi, Mili.

       Elle sourit à nouveau.

- Tu rigoles ! Ici, j’ai pu faire la grasse matinée. À la maison, je ne peux pas. Mes frères viennent toujours me réveiller en me sautant dessus. Je te dis pas le réveille.

- C’est pareil chez moi. Shin est une vraie plaie quand il s’y met. Des fois, je me demande qu’est-ce qui leur a pris à mes parents de faire un gosse si tardivement.

- Tu dis ça, mais tu l’adore ton petit frère, s’exclama Matt en ébouriffant la tignasse d’Akira. Et toi Youji ? Tu as d’autres frères ou sœurs à part Renko ?

- J’ai une petite sœur de deux ans à peine. Elle s’appelle Lina. C’est un ange, mais c’est Renko son préféré. Les peu de fois où il vient, elle lui fait la fête et il ne s’en ressort jamais indemne.

- Tu n’es pas jaloux de sa préférence ? demanda Mili intriguée dans savoir plus sur les Miori et en particulier, sur son camarade à côté d’elle.

- Non, pourquoi le serais-je ? Je te l’ai dit Mili, tout le temps que nous avons vécu chez ma mère, la vie n’a pas été rose pour Renko. Ma mère le détestait et le lui faisait sentir alors que moi, j’étais celui qui était gâté. Je suis content finalement d’avoir eu l’idée de le suivre, il y a 6 mois. Je suis sure qu’il ne serait pas venu chez notre père si je n’avais pas été là.

- Je crois que tu as raison, Youji. C’est comme cela que j’aurais également agi à sa place. Mais du moment où tu t’es trouvé avec lui, il s’est senti responsable de toi. Dans un sens, tu lui as été bénéfique. Je suis sure qu’il t’en est très reconnaissant maintenant.

       Youji adressa un grand sourire à l’ami d’Akira. Il appréciait bien cet homme.

- Bon ce n’est pas tout ça, mais maintenant, nous devons nous dépêcher d’aller au « Cool baby », s’exclama Mili.

 

       Matt les accompagna jusqu’au bar. Il se sentait bien auprès de ces jeunes, des jeunes qui ne paraissaient pas leur âge tout comme Akira. Ils arrivèrent en même temps que Daisuke Oda et de son compagnon. Juntsou les salua joyeusement alors que le cousin en grognant. Il aurait aimé pouvoir parler seul avec Carlin. C’était râper. Doublement râper quand ils pénétrèrent dans le bar. Une dizaine de vendeur du marché africain s’y trouvait en train d’aider pour le rangement et au nettoyage. Un vieil homme se trouvait au centre donnant des ordres à chacun. Sur la gauche, un jeune homme brun mi-long nettoyait des verres, discutant agréablement avec un Carlin en forme assit sagement sur le comptoir. Daisuke allait crier pour se faire entendre dans ce chaos, mais il fut pousser par la bande de jeunes derrière lui qui passèrent en hurlant après le nom de leur ami. Celui-ci eut juste le temps de se retenir pour ne pas tomber quand Mili lui sauta au cou. Il se mit à rire en recevant une multitude de baiser sur ces joues.

- Tu m’étrangles Mili !

       La jeune fille finit par le lâcher légèrement, mais garda son bras emprisonné entre ses mains. Elle grimaça un peu en voyant le bandage.

- Tu vas bien Carlin ? demanda Akira arrivant beaucoup plus calmement.

- Mais oui, je vais beaucoup mieux. Je suis désolé de vous avoir fait tant de souci.

       Il allait dire quelque chose d’autre, mais Daisuke s’exclama assez fortement.

- Bon dieu, Bradly ! Qu’est-ce que tu fiches ici !

       Le vieil homme se retourna et toisa pas intimider pour un sou le géant face à lui.

- Ça se voit non ? Je suis entrain de faire le ménage avec mes potes. Tu ne crois pas une seconde que j’allais laisser ton jeune cousin faire tout le boulot alors qu’il est blessé au bras.

- Il n’allait pas être tout seul, puisque nous sommes là.

- Peut-être bien mon gaillard, mais nous sommes arrivé au aurore non ! Non pas à la fin de matinée !

- Tu viens d’être mouflet Dai ! Un point pour Bradly, zéro pour toi ! lança Carlin en éclatant de rire suivi par ces amis.

       Le cousin jeta un coup d’œil vers le garçon et le trouva en très bonne forme et serein. C’était la première fois qu’il le voyait comme cela après une crise et vu les dégâts qu’il avait provoqué, une grosse crise. Il était soulagé et un peu triste en même temps. Carlin n’avait pas eu besoin de lui pour se calmer. Il regarda le brun près de son jeune cousin. Il le reconnut. C’était le jeune qui travaillait bénévolement au garage de Bradly. Il s’approcha du groupe en s’écriant :

- Tu me cherche dès le matin, Microbe ?

       Le garçon leva ces yeux noirs vers le géant et lui tira la langue.

- Le microbe n’a pas peur d’un ours mal léché dans ton genre, Sangsue !

       Daisuke attrapa le garçon et ébouriffa les cheveux noirs en grognant, avant de serrer le garçon dans ces bras.

- Je suis désolé de n’avoir pas été là quand tu en avais besoin Carlin, s’excusa le géant.

       Carlin passa ses bras autour de la taille de son cousin et y resta un moment avant de répliquer en s’écartant.

- Tu n’as pas à t’excuser Dai, mais plutôt à moi. C’est moi qui ai tout détruit.

- Ça alors ! Je rêve ! Je dois sûrement rêver, s’exclama Juntsou. C’est la première fois que j’entends Carlin s’excuser d’avoir commis des bêtises.

       Le garçon se sentit rougir et se mordit la lèvre.

- Comme quoi, il faut un début à tout, répliqua-t-il finalement.

 

       Bradly finit par répliquer qu’il ne les voulait plus dans les pattes et vira tous les jeunes ainsi que les propriétaires du bar dehors. Aucun n’eut droit de se plaindre. Juntsou lança alors l’idée d’aller pique-niquer sur la plage puisque le temps le permettait. Celle-ci se trouvait à deux heures de route. Les jeunes en furent ravis à la condition bien sur que les adultes les invitent. Youji et Mili montèrent avec Matt et Akira, alors que Renko et Carlin montèrent avec Juntsou et Daisuke. Le cousin était content car de cette façon, il pourrait parler tranquillement avec le garçon même si la présence du brun pouvait être un peu gênante.

       Renko pouvait sentir le regard du cousin de Carlin sur lui dans le rétroviseur. Heureusement que c’était lui qui conduisait alors ce n’était pas tout le temps. Carlin, installé au centre, lui enlaçait les doigts. Il ne semblait pas très à l’aise. Renko ne savait pas trop comment il pouvait le savoir, mais il était sure que Carlin ne se sentait pas sécuriser dans la voiture. Il en était surpris, car le garçon semblait adorer les deux hommes.

- Alors Carlin, as-tu décidé ce que tu allais faire au sujet d’Eryna ?

       Le garçon serra un peu plus fort la main de son ami avant de répondre.

- Je vais rentrer ce soir à la maison. J’ai dis à Maman que je ne lui en voulais plus.

- En es-tu sure ? Tu peux venir chez nous quelques temps si tu préfère ?

- Non, ca ira. De toute façon, vous habitez trop loin du lycée. Ne te fait pas de souci Daisuke. Je vais bien.

       Carlin posa sa tête sur l’épaule de Renko et ferma les yeux. Il ne se sentait pas très bien en fait. Non pas qu’une nouvelle crise allait refaire surface, mais le trajet en voiture était beaucoup trop long. Renko se pencha un peu et demanda :

-  Carlin ? Ça ne va pas ?

- Je vais essayer de dormir. Je n’aime pas la voiture.

       Renko lâcha la main du garçon pour lui passer un bras derrière lui et le força à poser sa tête sur ces genoux et lui caressa les cheveux. Carlin trouva cela très agréable et finit par s’endormir. En relevant la tête, Renko rencontra le regard clair de Juntsou qui s’était retourné.

- Tu as un effet bénéfique sur lui. J’aurai dû me douter qu’il se sentirait bizarre en voiture.

- Pourquoi ? demanda-t-il intrigué.

       Les deux hommes se jetèrent un regard avant que finalement l’un d’eux se décide à répondre.

- Je ne sais pas si on a le droit de t’en parler, Renko. Nous savons depuis le début que tu avais un lien avec Ludwig Korvac, avoua Daisuke.

       Renko sursauta. Il ne s’attendait pas à entendre ces hommes parler de son défunt ami.

- Quel est le rapport avec Carlin ?

- Tu sais sûrement que Ludwig est mort dans un accident de voiture en pleine nuit alors qu’il faisait orage ?

       Le jeune homme acquiesça silencieusement.

- Il n’était pas seul dans la voiture. Deux autres passagers s’y trouvaient, la petite amie de Ludwig ainsi que Carlin.

       Renko, surpris, baissa son regard vers le dormeur.

- Pourquoi ? La dernière fois où ces deux-là se sont vu, Ludwig était prêt à le tabasser à mort.

- Et bien, tu n’étais plus là Renko. Tes amis ont beaucoup changé après ton départ et celui de ton frère. Je peux te poser une question ? demanda finalement Juntsou.

- Oui, allez-y !

- Pourquoi as-tu quitté ton ancienne ville ?

- Je me suis battu au lycée et j’ai été viré du bahut. Ma mère m’a mise à la porte et je suis venu ici pour amener Youji à mon père. Je ne pensais pas resté ici, mais …

- Quelque chose t’a retenu ?

       Le jeune homme hocha la tête.

- Avec qui t’es-tu battu ? demanda sans préambule Daisuke.

       Renko caressait toujours les cheveux de Carlin, mais il se doutait que celui-ci ne dormait plus. Il avoua :

- Je me suis battu avec Ludwig. Je venais d’apprendre qu’il se droguait. J’ai voulu le raisonner mais il ne voulait rien écouter. Ça a dégénéré et j’ai cogné. Je m’en veux maintenant. La violence ne résout pas les problèmes.

- Bien parler !

 

       Le temps était avec eux quand ils arrivèrent sur la plage. Le soleil tapait fort et beaucoup de monde avait eu la même idée que les amis. Un groupe de fille les suivit même du regard envieux envers la seule fille du groupe. Mili s’en rendit compte et elle rayonnait. Elle avait de la chance d’être entouré parce sept beaux garçons dont un seul évidemment était encore hétéro, mais bon, ces pimbêches n’avaient pas besoin de le savoir. D’avoir dormi en voiture avait rendu Carlin en forme ce qui inquiéta fortement Daisuke. Il connaissait son jeune cousin. Quand celui-ci était trop en forme, il en devenait presque intenable et en plus, avec la fille déjà un bout entrain, ça risquait de donner avec ces deux-là.

       Par précaution, il choisit un endroit assez discret et caché des autres promeneurs ou pique-niqueurs par des rochers. Daisuke, Matt, accompagné de Renko partirent chercher de quoi restaurer tout le monde. Juntsou accepta de jouer les baby-sitters. Mal lui en prit, il le regretta très vite. La première fois qu’il avait rencontré le jeune homme chez Eryna, il avait pensé que c’était un garçon fort sympathique et qui était plutôt du genre sérieux. Mais en moins de dix minutes, son avis changea de tout au tout. Akira Soba était aussi démoniaque que Carlin et Mili réunis. Quand les autres revinrent, ils le trouvèrent tremper de la tête aux pieds et quand ils cherchèrent du regard les coupables, ils les surprirent entrain de s’acharner sur le pauvre Youji qui malheureusement pour lui, n’eut aucune chance. Il revint auprès d’eux aussi trempé que Juntsou. Les trois démons en furie criaient leur victoire en s’aspergeant.

- De vrais gosses ! s’exclama Daisuke en secouant la tête.

       Juntsou se mit à rire et tendit une serviette à Youji pour qu’il puisse un peu s’essuyer.

- Je préfère les voir comme ca. Mais j’aurais dû me douter que Carlin et Mili auraient déteint sur Akira.

- Ça fait drôle de voir Carlin de cette façon, murmura Youji.

       Renko s’installa près de son frère, pensif.

- Peut-être se sent-il mieux maintenant qu’à l’époque où on la rencontrait la première fois ?

- Possible ! Mais déjà que Mili est une fofolle alors en avoir deux bonjour le cadeau !

       Ces amis éclatèrent de rire. Renko poussa un petit cri quand il sentit deux bras froid lui entouraient le cou. Un petit gloussement retentit près de son oreille. Le jeune homme se rendit compte que le garçon faisait exprès de se serrer contre son dos. Il fut vite tremper.

- Ça t’amuse ?

       Il n’eut droit qu’à un gloussement, bien que Carlin ne bougea pas pour autant. Il s’y trouvait trop bien pour bouger d’un pouce et Renko ne cherchait pas à s’éloigner. Mili s’installa entre les deux frères en souriant.

- Qu’est-ce qu’on mange ? demanda-t-elle finalement.

       Ils passèrent toute la journée sur la plage à rire et à s'envoyer des vannes à tout bout de chant. Mili adora ces joutes verbales avec Youji et Daisuke qui ne fit que l’appelait la Chieuse. Celle-ci ne s’en offusquait pas le moins du monde sachant très bien que le grand cousin de Carlin n’en pensait pas un mot. Matt s’était fait assez discret et s’était surtout contenté de prendre d’inoubliables photos. Il était photographe après tout, son appareil le suivait partout. Carlin lui avait supplié son cousin pour qu’il lui achète un carnet à dessin et dans l’après-midi, plus personne ne l’entendit pendant plus de deux heures. Enfin, si, car le groupe de fille vu à leur arriver furent automatiquement attirer par l’artiste en herbe. Elles lui posèrent plein de questions que le garçon répondait quand il en avait vraiment envie. Cela les agaçait un peu, mais elles tenaient tête. Finalement, Carlin finit par en avoir assez. Renko s’en était rendu-compte et s’était immédiatement rendu près de son camarade pour le calmer, suivi de près par Mili et Akira. Le jeune homme les envoya bouler de façon pas très agréable ce qui surprit les deux jeunes gens. Le reste de la fin de journée se passa ensuite sans plus d’incidence. Le retour du trajet se fit dans la joie et la bonne humeur même si le groupe avait été inversé par rapport à aller. Carlin, Mili et Akira rentrèrent avec Matt, alors que le reste repartit avec Juntsou. Comme à l’allée, Carlin finit par s’endormir la tête posée sur les genoux de la jeune fille. Elle lui caressait les cheveux de la même manière que Renko l’avait fait à l’aller. Même s’il ne ressentait pas la même chaleur qu’avec son camarade, il appréciait tout de même ces caresses. Mili et Akira était devenu au fil des jours des amis, ces meilleurs amis et surtout, il les considérait contre des membres de sa propre famille. Ils étaient devenus vitales pour lui comme l’air pour respirer. Carlin songeait qu’il avait eu raison de vivre, de n’avoir pas céder devant les méchancetés reçus par d’innombrable personnes. D’avoir accepter le cadeau que Ludwig lui avait donné en se sacrifiant dans l’accident. Carlin savait que Ludmila ressentait pareil. Tous deux vivraient comme ils le voudraient sans que rien ne puisse les en empêcher, car la personne qui leur avait donné la vie ne pourrait plus jamais exaucer son propre rêve.