Renko s’étira et se réveilla. Il se redressa un peu surpris de s’être endormi. Il jeta un coup d’œil près de lui et s’aperçut que Carlin était réveillé. Il s’était assis sur le lit les jambes repliées vers lui en les entourant de ses bras. Il cachait son visage contre ses genoux. En regardant sa montre, il s’aperçut avoir au moins dormi pendant quatre heures d’affilées. C’était bien la première fois qu’il dormait en pleine journée. Carlin releva la tête et observa son ami en silence. Il eut un pauvre sourire.

 

— Je suis désolé Renko.

 

       Le jeune homme s’agenouilla sur le lit et s’exclama :

 

- Tu n’en as pas un peu marre d’être désolé ? 

 

       Carlin reposa sa tête sur ses genoux et répliqua :

 

- Mais je ne fais que t’ennuyer. J’ai même failli te faire du mal. Je t’empêche de travailler…

 

       Renko passa une main lasse dans ses cheveux en bataille, puis il attrapa le bras de Carlin le tirant vers lui. Le garçon poussa un petit cri de surprise et il le fut encore plus quand il sentit les lèvres de Renko prendre les siennes. C’était un simple effleurement, mais qui chamboula le cœur de Carlin.

 

- Pour…Pourquoi as-tu fait ça ?

 

       Carlin porta ses doigts sur sa bouche. Encore trop surpris, il hésitait. Renko lui ne disait rien. Pour une fois, c’était lui qui ne parlait pas, il observait juste le garçon. Ce silence mettaitCarlin mal à l’aise. Il reprit d’une voix pas très rassurée.

 

- Tu ne devrais pas faire ça. Ne tombe pas dans ce vice, Renko. Cela ne t’apportera rien de bon.

 

Carlin disait cela pour le bien de son ami, mais son cœur semblait se déchirer. Une larme se mit à couler sur sa joue. Renko réagit aussitôt.

 

- Ah non ! Ne recommence pas à pleurer. Je ne vais plus savoir quoi faire.

 

       Il se pencha. Il arrêta la larme avec sa langue. Carlin sursauta au contact. Mais, Renko ne s’arrêta pas pour autant. Il continua jusqu’au cou, il remonta sur le menton. Il reprit possession des lèvres de Carlin. Il l’embrassa pour de bon. Il força le passage des lèvres closes pour s’emparer de la langue si chaude du garçon. 

 

Carlin tressaillit. Il ne pouvait plus rien contrôler. Il répondit au baiser avec la même fougue. Renko le poussa et il tomba à larenverse sur le lit. D’une main agile et habituée aussi, Renko avait retiré leurs chemises à tous deux. Carlin ne se souvenait pas quand il avait agi. Il ne s’en souvenait vraiment plus. Il était comme possédé par les sensations inouïes que lui procuraient les lèvres de son amant.

 

Il sentit les lèvres et surtout cette langue glisser le long de son torse et lui titiller ses tétons durcis. Carlin ne put s’empêcher de gémir. Il sentait les doigts de Renko lui déboutonner son pantalon. Il se cambra avec force et il réussit à changer les positions. Certes, il avait tenté d’empêcher Renko de tomber dans ce vice, mais maintenant, il ne pouvait plus rien contrôler. 

 

Carlin se retrouva à califourchon sur Renko. Celui-ci ne semblait pas content. Carlin ne lui laissa pas le temps de râler. Il l’embrassa, il lui mordilla les lèvres. Les mains de Renko, ne voulant pas rester en reste, glissèrent le long du dos de Carlin qui se tortilla deplaisir. 

 

Elles s’aventurèrent sous les pans du jean et elles lui frôlèrent les fesses. Renko se rendit compte alors que Carlin ne portait rien dessous. Il en fut drôlement surpris. Carlin, lui, eut juste un petit rire que son camarade trouva très sexy. Carlin glissa ses lèvres de plus en plus bas. Il titilla le nombril un moment puis il descendit encore plus bas. 

 

Renko en décida autrement. Il parvint à rechanger les positions tout en profitant pour retirer leur jean. Il n’attendit pas que Carlin réagisse pour poser ses lèvres sur son érection. Le garçon laissa échapper son plaisir. 

 

Il n’essaya plus une seule fois à reprendre le dessus. Il préféra laisser Renko faire tout ce qu’il voulait. Jamais, il avait ressenti une passion, un désir aussi intense, aussi dévastatrice. 

 

Renko se redressa légèrement. Il écarta les jambes de Carlin. Puis, il se pencha de nouveau vers les lèvres tentantes du garçon. Il s’en empara avec fougue. Carlin entoura, de ses bras, le cou de Renko. Il se sentit pour la première fois complète quand Renko le pénétra d’un simple coup de reins. Ils chavirèrent tous deux dans un plaisir incommensurable. 

 

       Ils étaient de nouveaux retombés dans les bras de Morphée. Mais cette fois-ci, Renko réveilla en premier. Carlin dormait toujours d’un sommeil de plomb. Sans faire de bruit, le jeune homme parvint à se lever et il se dirigea vers la salle de bain. Il prit une douche rapide. Il se rendit ensuite dans la cuisine. En jetant un rapide coup d’œil autour de lui, il aperçut la boule de poil allongée comme un pacha sur le canapé, bien emmitouflée sur sa veste.

 

- Bah vas-y ! Ne te gène surtout pas à mettre tes poils sur mes vêtements, sale moustique !

 

       Pour seul réponse, il eut droit à un bâillement. Renko renifla de mauvaise foi. Il avait toujours adoré les animaux, mais il n’avait jamais eu le droit d’en avoir un. Sa mère était allergique aux poils d’animaux de toutes sortes. 

 

Enfin, c’était ce qu’elle avait prétendu, mais son père lui avait assuré dernièrement que c’était un pur mensonge. Renko prépara une omelette pour deux personnes. En entendant du bruit, il se retourna et il fut estomaqué. 

 

Carlin sortait de la chambre avec pour seul vêtement un long tee-shirt. Il semblait un peu intimidé en même temps. C’était un contraste des plus étonnants. Un mélange de tentation et de pureté ! Renko reprit contenance et il salua son ami, devenu son amant. 

 

- Tu dois mourir de faim, non ?

 

       Carlin adressa un sourire à son ami. Il n’avait rien mangé depuis ce matin, alors oui, il avait très faim. Il s’installa sur une chaise près du comptoir. Il dévora en moins de deux, son assiette et il en redemanda d’une toute petite voix. Renko se mit à rire.

 

- Tu fais le timide maintenant ?

 

       Carlin se tortilla sur sa chaise. C’était bien la première fois où il se sentait trop intimidé. Renko lui prépara une nouvelle omelette et il la posa devant le garçon affamé. Il le regarda dévorer sa nourriture en silence. Puis ensuite, n’y tenant plus, il lui demanda :

 

- Est-ce que ça va ?

 

       Carlin leva les yeux vers son ami sans comprendre, puis d’un coup, il se mit à rougir. Renko se remit à rire.

 

- Je vais finir par voir toutes tes facettes, Carlin.

 

- Mais, ne te moque pas s’il te plaît ! 

 

       Renko rit encore plus de son embarras. Carlin le menaça avec sa fourchette. Le jeune homme attrapa sa main et il lui retira son arme. Il tira légèrement dessus pour que Carlin se redresse. Il l’embrassa. Le garçon se réinstalla sur son siège tout en léchant les lèvres.

 

- En tout cas, tu embrasses plutôt bien.

 

- Merde ! Carlin, tu vas finir par m’achever ! s’exclama Renko en riant.

 

       Carlin sourit de plus belle, puis il changea complètement de sujet.

 

- Que vas-tu faire du chaton ?

 

- Le garder. Il ne dérange pas trop et puis, j’ai toujours voulu avoir un animal.

 

       Carlin se leva et il s’installa sur le canapé. Il caressa le pelage du chaton.

 

- Tu lui as trouvé un nom déjà ?

 

- Oui, Moustique, ça lui va bien.

 

- Moustique ? Tu veux appeler un chat moustique ? Mon pauvre te voilà affublé d’un nom des plus… comment dire… étranges.

 

       Renko venait de le rejoindre sur le canapé et sans laisser le temps à Carlin de s’échapper, il se retrouva de nouveau allongé sous le grand corps de Renko.

 

- Et toi, on ne t’a jamais dit de ne pas te promener à moitié nu ?

 

       Carlin sourit. Il tira le visage de Renko vers le sien.

 

- C’est juste que je ne retrouve plus mon jean.

 

       Il l’embrassa et bien sûr, le reste suivit. Ils firent à nouveau l’amour sur le canapé. Moustique, rageur, décida de squatter le lit, cette fois.

 

       Plus tard, bien plus tard, les deux jeunes, assis tranquillement dans le fauteuil, discutaient de tout et de rien, tout de moins au début. Carlin s’était rhabillé entièrement et un petit Moustique lui squattait les cuisses tout en ronronnant. Finalement, Renko entra dans le vif du sujet.

 

- Maintenant dis-moi de quoi retourneta dispute avec ta mère, Carlin ?

 

       Le garçon se crispa un peu. Il sentit aussitôt les doigts de Renko enserrer les siens.

 

- Je voulais juste qu’elle annule mes rendez-vous avec le psychiatre. Mais elle n’a pas voulu m’écouter comme d’habitude et ça a dégénéré. J’en ai assez d’être docile.

 

- Pourquoi un psy ?

 

- Elle dit que j’en ai besoin, mais ces hommes sont toujours à côté de la plaque. Ils veulent tous me faire parler de mon père, du professeur avec qui j’ai eu une liaison et de… 

 

       Carlin hésita à dire le nom. Il ne savait pas si Renko savait quelque chose sur la mort de Korvac. 

 

- Et de ?

 

- Ils veulent que je parle de mon histoire avec Ludwig.

 

       Renko sursauta à ce nom. Il sentit aussitôt Carlin s’éloigner de lui. Il l’attrapa. Il le força à se rasseoir près de lui. Il prit le visage de Carlin entre ses mains et murmura :

 

- Je ne te forcerais jamais Carlin. Si tu ne veux pas me parler de Ludwig, alors ne le fais pas. Je ne t’en voudrais pas le moins du monde. Jamais, d’accord ?

 

       Carlin hocha la tête soulagé et mortifié. Il savait que Ludwig avait été le meilleur ami de Renko, et ce, depuis leur plus tendre enfance.

 

- Je suis désolé, Renko. Je ne me sens pas encore prêt à parler de lui. Je sais aussi toutes les rumeurs qui circulent à mon sujet comme celle où j’aurais un lien avec sa mort.

 

- Ce sont des rumeurs, Carlin. Rien d’autre ! La seule chose que je regrette, c’est de n’avoir pas eu la possibilité de faire la paix avec lui.

 

       Carlin se jeta au cou de Renko. Le jeune homme brun en fut surpris.

 

- Il ne t’en voulait pas Renko. Jamais, il ne t’en a voulu. Il a dit que tu avais eu raison de le frapper. Il avait décidé de changer, d’accepter ce qu’il était, même si à cause de cela sa famille lui tournerait le dos. Il avait même eu l’idée de venir te voir pour s’excuser. C’est juste que le destin en a décidé autrement.

 

       Carlin serra Renko avec plus de force. Il sentait les larmes de son ami couler. C’était à lui de le cajoler maintenant.

 

Dans la soirée du samedi, Carlin appela tout de même son cousin Daisuke pour s’excuser des dégâts au bar en lui assurant que le lendemain, il viendrait les aider à nettoyer. Il accepta également de parler un peu avec sa mère. 

 

Celle-ci s’excusa de son comportement et elle lui assura avoir annulé tous les rendez-vous chez le psy. Le garçon avoua qu’il ne lui en voulait plus parce qu’il l’aimait trop pour rester fâché trop longtemps avec elle. 

 

Sa mère voulut également parler avec Renko et celui-ci refusa de dire quoi que se soit de leur conversation. Carlin accepta sans broncher. Il appela Mili et Akira pour les rassurer. Les jeunes gens se donnèrent rendez-vous au « Cool Baby » pour le lendemain.

 

Après tous ces coups de fil, Carlin plongea dans le silence tout en jouant avec Moustique. Renko ne chercha pas à connaître sa morosité, il préféra plutôt s’occuper de ses devoirs. 

 

Contrairement à Carlin qui se trouvait en première année, Renko se trouvait en troisième et dernière année de lycée avant d’intégrer une université. Il n’avait pas le droit à l’erreur, car avoir été viré de son ancien lycée lui portait déjà préjudice. Il y avait une personne qu’il ne voulait pas décevoir. Renko savait depuis des années qu’August Miori n’était pas son vrai père, mais celui-ci s’en fichait royalement. 

 

Pour August, Renko était son fils et celui qui disait le contraire recevait de plein fouet une colère noire des plus terribles. Quand six mois auparavant, il était arrivé avec Youji chez les Miori, August n’avait fait aucune différence entre les deux frères ou avec la petite Lina. 

 

Il les avait accueilli à bras ouverts. Quand Renko voulut vivre seul, il accepta à une condition. August fit promettre à Renko de faire de bonnes études afin qu’ensuite il puisse l’intégrer la Miori Corporation sans honte. Le jeune homme fut très surpris, son père n’avait jamais fait allusion à une possible place dans sa société. 

 

August lui avoua que Renko avait plus de caractère, plus d’autorité et même de charisme que son frère Youji. Le jeune homme se sentait fier d’être ainsi reconnu, alors il ne pouvait se permettre de le décevoir. Il s’attabla à son bureau, se trouvant dans sa chambre et il se concentra. Il y resta bien deux heures avant de finalement redresser la tête. 

 

Il se massa le crâne où une migraine s’installait. C’est à cet instant qu’il trouva l’appartement beaucoup trop silencieux. Deux heures auparavant, même si Carlin ne parlait pas, il y avait du remue ménage à cause de Moustique, mais là, c’était le calme plat. 

 

Il se retourna pour se lever quand son regard fut attiré sur le lit. Carlin y dormait en fœtus avec un Moustique lové dans ses bras. Il ne les avait pas entendus pénétrer dans la pièce. Faisant le moins de bruit possible, Renko rejoignit le garçon sur le lit. Il l’observa dans son sommeil, un sommeil d’ailleurs des plus sereins. 

 

Il s’était pourtant promis de n’avoir personne dans sa vie tant qu’il n’aurait pas atteint l’université. Il venait de rompre sa promesse. Il était bel et bien en train de tomber sous le charme de Carlin qui, en passant, se trouvait être un homme. 

 

Renko soupira. Pourquoi cela ne le dérangeait-il pas le fait d’être avec un homme ? Il n’avait jamais été attiré par ce genre avant. Alors pourquoi maintenant ? Comment réagirait son père ? 

 

Le connaissant un peu, ce devrait bien se passer. August Miori ne s’arrêtait pas à ce genre de critères ou de morales. Pour lui, les hommes comme les femmes pouvaient aimer qui ils voulaient. La seule chose qu’il demandait à son personnel, c’était leur loyauté, leur sérieux, leurs compétences.

 

Carlin se réveilla doucement. Il sourit en apercevant Renko en train del’observer. Il se mutet se lova contre Renko qui lui entoura la taille de ses bras. Le garçon murmura :

 

- Tu as vu, je suis un ange. Je t’ai laissé travailler.

 

       Renko émit un petit rire. Passant ses mains sous la chemise de Carlin, il lui caressa le dos avant de les glisser sous le pan du pantalon déjà déboutonné. Carlin frissonna sous la caresse. Il laissa échapper un petit cri en sentant les doigts jouer avec son sexe. Carlin se serra un peu plus fort contre Renko. Il allait encore perdre pied. 

 

       Quelques heures plus tard, Renko, toujours allongé sur le lit avec un Carlin lové sur lui, reprenait tant bien que mal son souffle. Il avait eu beaucoup de conquêtes féminines depuis ses quinze ans, mais jamais il n’avait couché avec une nana aussi longtemps qu’avec ce démon allongé comme un pacha sur lui. D’ailleurs, celui-ci riait doucement.

 

- Tu devrais faire plus de sport Renko ! Tu ne tiens vraiment pas la route.

 

       Le jeune homme renversa son camarade. Il passa au-dessus de lui. Les deux mains de chaque côté du visage du garçon riant toujours.

 

- T’as pas un peu fini de te moquer ?

 

       Carlin, toujours hilare, fixait son amant droit dans les yeux puissa bouche. Renko comprit le message. Il fit taire le rire en s’emparant des lèvres gourmandes de Carlin qui lui entoura le cou de ses bras. À bout de souffle, Renko enfouit son visage dans le cou de son amant. Carlin émit à nouveau un petit rire. 

 

- Tu es insatiable, Carlin.

 

- Mais non, mais non, c’est toi qui n’es pas en forme.

 

       Le garçon poussa un petit cri de douleur en sentant un pincement sur ses fesses avant de glousser à nouveau. Puis, il reprit son sérieux. Tout en jouant avec une boucle de cheveux bruns, Carlin finit par demander.

 

- Tu ne changeras pas d’attitude avec moi, hein Renko ?

 

Le jeune homme redressa la tête, surpris. La voix de Carlin semblait inquiète et peu rassurée.

 

- De quoi tu parles ?

 

       Carlin détourna la tête vers le côté et reprit :

 

- Dès lundi, tu me verras comment ? Comme un ami ou comme ton amant ? 

 

- Comment veux-tu que je te vois ?

 

       Carlin regarda de nouveau son camarade, rougissant un peu.

 

- Je…Je voudrais que tu me regardes des deux manières. Je ne veux pas perdre ton amitié, mais je n’aimerais pas perdre ce que tu m’as donné aujourd’hui.

 

       Renko se sentit un peu rougir à son tour. Carlin était plutôt un garçon franc. Il parlait plus avec ses émotions que son attitude du début ne le laissait croire. 

 

- Disons qu’au lycée, mieux vaut jouer les amis, mais en dehors rien ne nous empêche de nous voir ici. Tu connais le chemin maintenant. Et puis, tu pourras toujours m’inviter chez toi également. 

 

- Tu viendrais ? 

 

       Renko enfouit à nouveau son visage dans le cou du garçon en baillant. Il avoua :

 

- J’ai l’accord de ta mère, Carlin. Elle m’a dit que je serais toujours le bienvenu chez les Oda, tout comme Akira, Mili et Youji.