Akira téléphona très tard à ses parents pour leur dire qu’il ne rentrait pas à la maison. Son père ne s’en offusqua pas le moins du monde et lui souhaita une bonne soirée. Le garçon songea qu’il avait pas mal de chance d’avoir des parents comme les siens. Sa seule frayeur s’était de savoir comment ils réagiraient face à Matt ! Il savait que son compagnon ne voulait pas les connaître maintenant. Vu l’attitude de ses propres parents, il comprenait très bien la peur de Matt. En tout cas, il put se rendre compte toute la nuit à quel point il avait manqué à son Akira.

 Mais malgré une nuit des plus agitées, le jeune homme se réveilla de bonne heure comme chaque jour. Il put ainsi ranger l’appartement et cuire le petit déjeuner avant qu’un Akira décoiffé, encore ensommeillé, finisse par apparaître dans la cuisine. Le garçon se laissa tomber sur une chaise en murmurant un bonjour doublé d’un bâillement. Matt lui déposa une tasse à café noir sans sucre. Rien qu’à l’arôme, le garçon se réveilla juste assez pour voler un baiser à son amant avant que celui-ci ne se mette hors de portée de toute tentation. Akira se réveilla entièrement après deux tasses.

- Que veux-tu faire aujourd’hui, Aki ?

- Une ballade ! Je veux prendre l’air sinon, si je reste ici, tu ne pourras pas aller travailler demain !

Matt se sentit rougir. Il devrait être habitué depuis le temps. Ce garçon avait tendance à être beaucoup trop franc.

- D’accord bonne idée !

Après une douche très rapide, les deux hommes quittèrent l’appartement. Akira avoua à Matt qu’il aimait bien cet immeuble, mais qu’ils auraient pu intégrer un ascenseur. Descendre quatre étages, ça allait, mais les monter, quel corvée ! Arrivé enfin à la sortie, Akira se retourna pour lancer une plaisanterie. Il ne vit pas arriver la personne face à lui et lui rentra dedans. Un cri de douleur retentit.

- Merde ! s’exclama Akira qui se retourna vers la personne qui venait de lancer ce cri.

Quelle ne fut pas sa surprise en trouvant Carlin les quatre fers en l’air.

- Akira ! Tu ne peux pas regarder devant toi quand tu marches, IDIOT ! s’écria le garçon toujours sur le sol.

Matt arriva sur ces entre-faits. Il s’aperçut de suite que son amant se sentait mal à l’aise. Il se demandait ce qu’il pouvait avoir. Finalement, le jeune homme tendit une main à l’adolescent pour l’aider à se relever. Matt se souvint alors de l’avoir déjà croisé dans les couloirs. Il l’avait trouvé mignon, mais très renfermé. Maintenant face à lui, il se dit avoir fait une erreur de jugement. Il lui adressa un sourire.

- Tu es un ami d’Akira ?

Carlin se tourna vers l’homme qui l’avait aidé. Comme à son habitude, il le fixa de son regard noir sans ciller. L’homme ne sembla pas s’en formaliser. Un bon point pour lui.

- Oui, nous sommes dans la même classe. Vu que cet idiot ne semble pas vouloir me présenter, je m’appelle Carlin Oda, et vous, vous êtes le photographe du quatrième étage, Matt Cauthon, pas vrai ?

Akira sortit enfin de sa léthargie pour demander de façon un peu brusque, ce qui fit sourire son ami.

- Comment tu peux savoir ça, toi ?

Carlin sourit de plus belle. Il semblait prendre plaisir à voir son ami dans l’embarras et un peu jaloux. Matt songea que ce garçon devait avoir énormément de facettes.

- Parce que je suis plus intelligent que toi, triple andouille ! J’habite au deuxième et je connais les noms de toutes les personnes qui habitent dans cet immeuble. Tu l’aurais su si la dernière fois, tu ne t’étais pas défilé pour aller jouer au basket au lieu de faire tes devoirs.

Akira grimaça et jeta un coup d’œil vers Matt qui venait de froncer les sourcils. Carlin dut s’en apercevoir car il émit un petit ricanement.

- Où allez-vous de si bon matin, tous les deux ?

- Ca ne te regarde pas ! Depuis quand es-tu aussi curieux ?

- Depuis que je vous connais, Mili et toi.

Cette fois-ci, ce fut Matt qui se mit à rire. Il appréciait bien l’ami d’Akira. Il semblait avoir un caractère assez spécial. Une voix retentit dans les escaliers, une voix masculine très grave.

- Carlin, dépêche-toi ! Je ne vais pas attendre cent six ans que Monsieur se décide à me ramener mes cigarettes.

- Si t’es pas content, t’avais qu’à aller les chercher toi-même sangsue !

- Sangsue ? Ce microbe me traite de sangsue, tu veux que je te botte les fesses, petit insecte nuisible !

Akira et Matt virent apparaître un géant à la musculature des plus développées. Akira qui pourtant n’était pas du genre petit, face à cet intrus, il se sentit vraiment minuscule. L’homme, en question, se mit à détailler de la tête aux pieds les deux amis de son jeune cousin, sans la moindre gène. Carlin se planta devant lui et lui tendit ces fameuses cigarettes. Le garçon arrivait à peine au torse de l’homme.

- Tiens, prend ta drogue et va finir le travail que maman t’a demandé.

- Ouais, ouais, j’y vais, microbe. Mais tu ne perds rien pour attendre !

L’homme salua les deux autres hommes et remonta deux par deux les escaliers sous la réplique de Carlin.

- Tu ne me fais pas peur, Dai !

Ensuite, le garçon se retourna vers ses deux compagnons bouche bée depuis l’apparition éclair de son cousin. Akira se secoua et demanda curieux :

- Qui est-ce ?

- Le cousin de Maman, Daisuke Oda. Il est impressionnant, pas vrai ?

- Ca, tu peux le dire !

- Mais tu serais encore plus surpris en le voyant pleurer comme une madeleine en regardant un film émouvant. C’est un vrai cœur sensible !

- Tu me charries ?

- Non, non, je ne me moque pas, c’est la stricte vérité.

Un bruit de casse retentit les faisant sursauter.

- C’est pas vrai, il faut vraiment le surveiller celui-là ! Bonne journée, Akira. Ravi de vous avoir rencontré Matt, à une prochaine.

Carlin les quitta en montant les escaliers en quatrième vitesse. Daisuke se confondait en excuse auprès d’une dame assez forte qui regardait un vase brisé en milles morceaux que sa voisine venait de lui prêter. Celle-ci, d’ailleurs, venait de sortir pour voir ce qui s’était passé. Elle eut du mal à ravaler sa salive devant le grand gaillard qui se morfondait d’avoir fait une boulette. Carlin leva les yeux au ciel, désespéré. Son cousin était vraiment un cas !

- Je suis désolée, Madame Davis, Madame Bolibar, de la maladresse de mon cousin, s’excusa le jeune homme avec un sourire scotché aux lèvres.

Par l’intervention du garçon, les deux femmes reprirent leurs esprits et reconnaissant l’adolescent, s’exclamèrent presque en même temps.

- Ce n’est pas très grave, Carlin.

- C’était un accident.

Daisuke voulut rembourser pour la casse et les deux femmes eurent du mal à l’en empêcher. Finalement, Carlin put enfin ramener son cousin dans l’appartement sans autre incident. Une vraie calamité ! Le garçon se laissa tomber dans le fauteuil en soupirant. Daisuke alluma une cigarette tout en observant son jeune cousin. Il semblait très calme, presque serein. Cela lui faisait plaisir de le voir ainsi, mais Daisuke songea tout de même que pour son âge, le garçon était bien plus adulte que lui. D’ailleurs, la réplique qui arriva, lui confirma sa pensée :

- Le boulot ne va se faire tout seul, Dai !

- Tu es un sale gosse, Carlin !

- Moi aussi, je t’adore !

Daisuke écrasa sa cigarette dans un cendrier et retourna dans la cuisine où un lave-vaisselle en panne l’attendait. Carlin le rejoignit et le garçon s’installa sur la table tout en grignotant des chips.

- Au fait ! Où est Eryna ?

- En rendez-vous !

Le cousin se redressa vivement tout surpris et se cogna violemment la tête. Il pesta comme jamais en se frottant la tête, pendant qu’un moustique se fendait en deux.

- Toi, tu ne vas pas finir la journée.

Carlin réussit à calmer son fou rire et s’écria :

- Tu devrais me bénir, Daisuke. J’aurais dû aller à la crèche faire mon travail au lieu de jouer à la baby-sitter avec toi.

Daisuke attrapa son jeune cousin et le souleva au dessus de lui. Carlin, riant en avoir mal à l’estomac, se débattait sans succès. Il emmena sa jeune victime jusque dans la salle de bain où il la déposa dans la baignoire tout en ouvrant le robinet d’eau froide. Carlin s’écria avant de se jeter sur son cousin pour le tremper également. C’est dans cette position que les trouva Juntsou Fumiya.

- Vous êtes intenables tous les deux !

- Coucou, Juntsou, ça boum !

L’homme en question, se recula d’un bond quand le jeune cousin de son compagnon fit le geste de s’approcher. Le garnement avait le sourire aux lèvres.

- Carlin reste où tu es. Hors de question que tu mouilles mon costume.

Voyant qu’il continuait de s’approcher, Juntsou s’échappa de la salle de bain et redescendit poursuivi par Carlin. Ils tournèrent autour du canapé, mais malchance de Juntsou, il se prit les pieds et tomba lourdement dessus. Le garçon en profita pour se jeter sur l’homme qui fut vite trempé.

- Sale môme !

Carlin se remit debout. Il s’exclama :

- Tu es beaucoup mieux comme cela, débraillé et les cheveux en bataille.

Juntsou se redressa également et shampooina les cheveux noirs du garçon. Avec un rire, Carlin s’élança vers sa chambre pour se changer. Juntsou se dirigea vers la cuisine pour rejoindre Daisuke qui s’était remis au travail.

- Ca fait plaisir de le voir aussi joyeux !

- Ouais, c’est sûr ! Mais samedi prochain, il a une nouvelle visite chez ce psychiatre.

Juntsou se passa une main lasse dans ses cheveux bruns en bataille.

- Tu en as parlé avec Eryna ?

- Je voulais en discuter aujourd’hui avec elle, mais Carlin m’a dit qu’elle était en rendez-vous. Merde, Junt ! Qu’est-ce que je dois faire ? Samedi, je ne suis pas là et toi non plus. J’ai pu annuler mes rendez-vous la dernière fois, mais là, je ne peux pas.

Juntsou s’agenouilla près de son compagnon accablé et posa son front sur celui-ci.

- Faisons-lui confiance, Dai ! Et faisons confiance à ses amis également. D’accord ?

 

 La semaine commença sous un soleil de plomb. Akira, comme à l’accoutumé, emmena son frère Shin à la crèche où il fut accueilli par le sourire de Eryna Oda. Depuis que la mère de son ami travaillait à cet endroit, Akira n’avait plus à subir les pleurs de son petit frère. C’était un vrai soulagement. Le petit garçon sauta avec plaisir dans les bras de la jeune femme qui se mit à rire devant la joie évidente de l’enfant. Carlin rejoignit son camarade. Akira se sentit à nouveau mal à l’aise. Carlin secoua la tête et songea qu’il connaissait un autre cas désespéré. Les garçons se dirigèrent vers le lycée en silence au début, puis pour une fois qui n’était pas coutume, Carlin parla le premier.

- Akira, ne me dis pas que tu es gêné que je t’ai surpris avec ton petit-ami ?

Lui jetant un coup d’œil, Carlin aperçut les joues rouges de son ami et s’esclaffa de rire. Akira lui lança un regard furieux.

- Merde, Aki ! Je sais depuis le début que tu fréquentes un homme et cela ne me choque pas le moins du monde. Après tout, je suis du même bord !

Carlin se cogna contre son camarade qui venait de s’arrêter net. Comprenant tout de suite, le garçon se remit à rire.

- Ah non ! Tu vas m’achever.

Akira renifla, furieux contre Carlin qui se foutait de sa gueule.

- T’as pas un peu fini, oui ? Après tout comment voulais-tu que je le sache !

Reprenant avec difficulté son sérieux, Carlin répliqua :

- Tu es bien le seul, Aki ! Mili l’a deviné toute seule comme une grande.

- C’est normal, Mili est une curieuse de nature. Mais tu dis que je suis le seul, en es-tu si sûr ? Et Renko, à ton avis ?

Le visage de Carlin s’assombrit.

- Tu es cruel, Akira.

- Non, je suis réaliste. En ce moment, tu lui parles très souvent et vous semblez bien vous entendre. J’en suis content. Tu te fais d’autres amis, il n’y a pas de souci Carlin. Mais ressens-tu pour lui de l’amitié ou autre chose ?

Carlin baissa la tête. C’était lui maintenant qui semblait mal à l’aise.

- J’en sais rien, finit-il par chuchoter. Mais, j’aime bien lui parler. Il arrive à me faire oublier mes soucis. Je ne dis pas que Mili ou toi, vous n’y arrivez pas, mais ce n’est pas pareil.

- Alors, ne te prends pas la tête, Carlin ! Avoue-toi sincèrement que tu es en train de tomber amoureux.

Carlin stoppa net et s’installa carrément sur le trottoir, les genoux relevés contre le torse retenus par les bras. Akira, surpris, observa un instant son ami. Celui-ci devenait de plus en plus triste. Il ne lui avait pas dit cela pour le chagriner, mais juste pour lui ouvrir les yeux.

- Akira ? Moi amoureux ? En ai-je seulement le droit ?

- Quel question, abruti ! Tout le monde a le droit d’aimer et quiconque dit le contraire n’est qu’un imbécile.

Akira s’agenouilla face à son ami.

- Qui a osé te dire que tu n’en avais pas le droit, Carlin ?

Son ami leva un visage en larmes. Akira en fut estomaqué. C’était la première fois qu’il le voyait dans cet état. Décidément, le destin voulait vraiment le mettre sous pression. Ce week-end avec Matt et maintenant son meilleur ami ! Carlin devait lui avoir refilé sa poisse.

- Alors ? J’attends une réponse, Carlin !

Le garçon essuya ses larmes et renifla.

- Plusieurs personnes que j’ai rencontrées tout au long de mes 16 ans. Il y a eu mon père, une voisine, un flic, un professeur et le plus récent, le père d’un ami décédé.

Akira fut horrifié. C’était tous des adultes responsables !

- Bon écoute-moi bien, Carlin ! Ces personnes sont les plus crétines, les plus débiles et que sais-je encore que le monde ait connu, d’accord ? Tu oublies au fin fond de ton cerveau très intelligent ce que ces imbéciles ont pu dire et tu écoutes, et surtout tu retiens ce que ton meilleur ami pour la vie te dit. Tu as le droit, et je te l’ordonne d’ailleurs, de tomber amoureux. T’as compris, tête d’ampoule ?

Un sourire étira les lèvres de Carlin. Akira se releva et soupira, il le préférait ainsi.

- Ami pour la vie, Akira ? Ca me branche !

Carlin tendit la main qu’Akira tira pour le relever. Un peu intimidé, Carlin frotta sa main sur son pantalon.

- Merci Akira ! J’avais vraiment besoin d’un ami. J’ai encore plein de problèmes dans ma tête et qui m’effraient, mais maintenant je sais que si j’ai besoin de parler ou de pleurer, je n’aurais qu’à appeler mes amis à la rescousse.

 

 Mili aperçut tout de suite les yeux rouges de Carlin et elle interrogea du regard Akira qui lui fit signe d’attendre. Malgré sa curiosité maladive, elle réussit à l’enfouir profondément pour ne pas blesser sans le vouloir l’amour propre de son ami. A peine furent-ils arrivés dans leur classe qu’ils apprirent que leur professeur serait absent. Les jeunes gens râlèrent. S’ils avaient été prévenus, ils auraient pu dormir une heure de plus. Un stagiaire vint faire permanence pour les surveiller tout en faisant ses propres devoirs. Carlin attrapa son carnet à dessin et se mit à l’ouvrage. Cela lui permit de remettre de l’ordre dans sa tête et de pouvoir suivre le reste des cours jusqu’à l’heure du déjeuner.

Comme d’habitude, les amis se donnèrent rendez-vous sur le toit. Carlin fut intercepté par le professeur d’arts plastiques et il annonça à ses amis qu’il les rejoindrait plus tard. Dès qu’ils furent seuls, Mili bombarda Akira de questions sur les larmes de Carlin. Le garçon tant bien que mal, expliqua la discussion qu’ils avaient eue sur le chemin de l’école.

- Mais, ils sont fous ces adultes ? Dire ça à un enfant, c’est lui bousiller sa vie !

- Ouais, je ne sais pas comment Carlin arrive à garder toute cette souffrance sans partir en vrille.

La jeune fille se mit à réfléchir et s’exclama :

- Il doit avoir une sorte d’antidote dans sa vie. Peut-être sa mère ?

Akira secoua la tête négativement.

- Je ne pense pas, je pencherais plus pour son cousin.

- Son cousin ?

- Ah ! C’est vrai, tu ne le connais pas. Je l’ai croisé dimanche. C’est… comment dire… un sacré phénomène ressemblant à un taureau au cœur d’artichaut.

- Mmmh ! J’aimerais bien le voir, vu comme tu le décris. Donc tu penses que cet homme est son antidote ?

- Je ne sais pas, il y a une certaine connivence entre eux. C’était plutôt amusant de voir cet homme immense se chamailler avec Carlin qui ressemblait à un gringalet devant lui. Mais je crois qu’il y a, depuis peu, une autre personne qui pourrait l’aider.

- Tu parles de Renko, n’est-ce pas ? Je m’étais posée la question aussi sur ses sentiments envers lui, mais ça m’effraie un peu.

- Pourquoi ?

- Sa réputation de coureur de jupon n’est pas vraiment surfaite, avoua Mili. Je sais bien que Carlin est intelligent et le sait déjà, mais tu ne crois pas que cela pourrait lui nuire encore plus ?

Un bruit de pas les fit sursauter. Ils se retournèrent d’un bloc vers l’arrivant. Ils furent un peu soulagés de voir que ce n’était pas leur ami. Ils étaient sûrs, tous deux, que Carlin ne serait pas très heureux de les voir parler de lui alors qu’il n’était pas là.

- Qu’est-ce que tu fiches ici, Youji ? demanda abruptement la jeune fille.

Akira fut surpris par le ton de son amie. Etrange !

- Vous n’étiez pas en train de parler de mon frère à l’instant ?

- Bien sûr que non, pourquoi ferions nous cela, pardi ?

Le jeune homme se laissa glisser sur le sol et s’appuya sur la barrière de sécurité.

- Je ne sais pas, mais dernièrement, quand on parle de mon frère, le nom de Carlin n’est pas très loin. Et vice et versa !

- Qui parle de notre ami, Youji ? demanda calmement Akira.

Le jeune homme passa une main dans ses cheveux blonds et les attacha avec un élastique.

- Les filles pour la majorité. Certaines le détestent cordialement. D’autres le trouvent à leur goût bien qu’elles n’ont aucune chance.

- Euh ! … Tu connais ces préférences ?

Le jeune homme émit un rire et regarda les deux amis de Carlin.

- Bien sûr que je le sais. Je ne suis pas idiot à ce point ! Renko et moi l’avons déjà rencontré dans le passé quand nous habitions encore chez notre mère. Nous n’étions pas très aimés dans notre ancien lycée, enfin ici non plus d’ailleurs. Mais là-bas, nous avons fait pas mal d’âneries. Ils nous arrivaient avec des amis d’enfance d’ennuyer des collégiens et Carlin était l’un eux.

Le garçon sourit et s’exclama :

- C’était déjà un sacré spécimen dans son genre. Nous l’avons ennuyé pas mal de fois, mais jamais il ne s’est plaint. Il a reçu des coups et jamais il n’a montré qu’il avait mal. Je ne sais plus quand, mais un jour nous avons appris qu’il couchait avec un de ses professeurs. Ca a fait scandale ! Toutes les mères l’ont montré du doigt. Elles ont cherché à le faire renvoyer de son école, mais elles n’y sont pas parvenues. Quelqu’un s’était porté garant pour Carlin. Il semblerait que le directeur du collège n’avait pas pu accepter la requête de ces femmes.

- Comment a réagit Carlin ?

- Comme si rien ne s’était passé, évidemment. Ca a mis en fureur le meilleur ami de mon frère. Il a fini par frapper Carlin au visage alors qu’il savait que c’était risqué. Il faut voir quand Carlin pète vraiment un câble, c’est une vraie furie !

Les deux amis se regardèrent. D’innombrables questions tournaient dans leur tête, mais à cet instant la porte menant sur le toit s’ouvrit pour laisser apparaître leur ami en question.

- Yo ! Carlin ! T’as l’air très ami avec le prof de dessin, dis-moi ?

Le jeune homme s’assombrit aussitôt et se rapprocha de Youji qui souriait gaiement. Akira se demanda s’il ne jouait pas un jeu dangereux.

- Pourquoi, aurais-tu voulu que je m’occupe de toi en premier ?

Mili eut du mal à retenir un fou rire en voyant Youji rougir. Akira, lui, ne s’empêcha pas de sourire. Le deuxième année se releva furieux. Il s’éloigna avant de se retourner pour lancer :

- Je t’interdis de tourner autour de mon frère, sale pédale !

Les deux amis n’eurent pas le temps de voir ce qui se passa avant de voir Youji sur le sol, la main posée sur sa joue. Un Renko, furieux, se tenait devant son frère qui le regardait surpris.

- Il y a des limites à ne pas dépasser, Youji ! Tu es peut-être mon frère, mais je t’interdis d’insulter mes amis. TU ES UN IMBÉCILE DOUBLÉ D’UN CRÉTIN POUR L’AVOIR OUBLIÉ ! cria-t-il.