Chapitre 3 : L’amitié

 

       Depuis l’intervention de Miori, Marlon et sa bande évitèrent d’ennuyer à nouveau Carlin. Cette accalmie permit d’intégrer définitivement le garçon au reste de la classe. Il devint même très rapidement très ami avec Mili. Akira se sentait d'ailleurs un peu jaloux d’être ainsi oublié par la jeune fille. Les professeurs changèrent également d'attitude envers le nouveau et lui conseillèrent d’aider de son mieux les élèves en difficulté scolaire. Mili n’étant pas sourde se chargea d’être la première aidée, les autres suivirent bien assez rapidement au gout de Carlin. Il était plutôt ravi de n’être plus mis de côté, mais il n’avait pas l’habitude d’être si entouré.

      

       Akira s’interrogeait sur les sentiments de sa jeune amie envers Carlin. Et il se demandait également pourquoi cela le dérangeait un peu. Étant donné la présence de Carlin presque tout le temps auprès de la jeune fille, Akira ne pouvait plus lui parler aussi ouvertement qu’auparavant. Comme tous les matins, il emmena son frère à la crèche où il rencontra à nouveau la mère de son camarade qui le salua d’un simple sourire.

 

- Bonjour Madame Oda.

 

- Bonjour Akira, tu peux m’appeler Eryna, tu sais. Ça ne me dérange pas.

 

Le garçon, un peu gêné, hocha la tête. Elle se tourna vers l’intérieur et appela son fils. Aussitôt, la silhouette de Carlin apparut. Apercevant Akira, il le salua, attrapa son propre sac de cours et s’avança vers eux.

 

- Ça ne te dérange pas de faire la route avec moi ?

 

- Non, bien sûr que non ! s’exclama Akira consterné.

 

Carlin embrassa sa mère et caressa la tête brune de Shin au passage. Ils marchèrent en silence un moment, puis Akira demanda :

 

- Pourquoi pensais-tu que cela me gênerait de faire la route avec toi ?

 

Carlin gratta le bout de son nez avant de répondre, comme s’il cherchait ses mots.

 

- Et bien, tu es une personne à fuir les ennuis. Et comme tu as pu le remarquer, je les attire, même si je ne fais rien pour les faire venir.

 

- C’est un peu vrai, gloussa Akira, mais cela ne me dérange pas vraiment. Et puis, tu arrives très bien à te débrouiller tout seul. N’empêche, tu as une patience d’ange, j’aurai cogné Marlon depuis longtemps déjà.

 

- Ce n’est pas que je suis très patient, c’est juste que la violence ne résout pas grand-chose.

 

Le silence retomba et contrairement à son habitude, Akira ne se sentit pas mal à l’aise ou incommodé. Ils arrivaient en vue du lycée quand Akira se rappela :

 

- As-tu pu récupérer ton carnet à dessin ?

 

Carlin sursauta et se sentit gêné.

 

- Je croyais que tu n’avais pas peur de Miori ?

 

- Je ne mentais pas, mais Renko a été renvoyé pour une semaine.

 

- Et tu oses dire que c’est quelqu’un de gentil.

 

Carlin faillit rougir sans raison apparente. Il avait vraiment dit cette phrase.

 

- Renko n’est pas aussi mauvais qu’il le prétend. C’est tout !

 

Les garçons se turent en apercevant Mili arrivé vers eux bruyamment. Elle attrapa le bras de Carlin et le força à marcher plus vite avouant qu’elle avait des choses à lui dire. Le doute d’Akira sur les sentiments de Mili s’intensifia.

 

       Pour la pause déjeunée, Akira décida d’acheter un sandwich afin de se rendre sur le toit de l’école pour être au calme. La cantine était bien trop remplie. Il y trouva Mili déjà installé contre la balustrade. Elle buvait son milk-shake avec délectation. Quand elle le vit, il eut droit à un sourire joyeux.

 

- Coucou, toi aussi tu as fui la cantine.

 

Il s’installa près d’elle. Étrange, Carlin ne se trouvait pas dans les parages.

 

- C’est bizarre de ne pas voir Carlin avec toi.

 

La jeune fille lui jeta un coup d’œil surpris et sourit à nouveau.

 

- Oh, il va sûrement arriver aussi. Le professeur d’arts plastiques voulait lui parler. En y réfléchissant, cela fait un moment qu’on n’a pas parlé tous les deux seul à seul.

 

- Oui, c’est vrai. Mais vu que tu me demandes souvent comment va ma relation avec Matt…

 

La jeune fille porta une main à sa bouche manquant s’étouffer à cause de son gloussement.

 

- Désolée, mais tu peux très bien en parler devant Carlin. Il l’a deviné tout seul. Ne me demande pas comment il a fait, je n’en sais rien. Je le lui ai bien demandé, sa réponse fut : « Parce que je suis un génie ».

 

Akira faillit recracher son sandwich en apprenant la nouvelle. Il inspira un bon coup et demanda :

 

- Et toi, Mili ? N’aurais-tu pas un faible pour Carlin par hasard ?

 

La jeune fille s’assombrit un peu et resta songeuse un instant avant de répondre.

 

- Oui et non ! Je l’aime bien, je suis très à l’aise avec lui. Je peux lui parler de tout et même des choses dont je ne parle pas avec mes propres amies ou toi d’ailleurs. Mais je ne suis pas amoureuse de Carlin et c’est réciproque.

 

- Comment peux-tu le savoir ?

 

- Parce que je lui ai dit, évidemment ! s’exclama une voix derrière eux.

 

Carlin s’approcha et s’appuya contre la balustrade.

 

- Je ne voulais pas que Mili se fasse des idées et que cela la fasse souffrir. Alors, j’ai préféré clarifier ce sujet.

 

       Le soir après les cours, Akira se rendit à son club de basket, quant à Mili et Carlin, ils rentrèrent chez eux. Au début, la mère de la jeune fille venait la chercher, mais quand Mili apprit où habitait son camarade, elle décida à partir de ce jour de rentrer avec lui. Le garçon habitait avec sa mère dans un immeuble qui faisait angle avec les résidences de beaux quartiers.  

 

C’était un très vieil immeuble qui avait gardé son charme d’antan. Il était composé de dix-huit appartements dispatchés sur quatre étages. Ils avaient décidé de faire leurs devoirs ensemble. Mili grimaça quand elle comprit qu’elle devait monter par l’escalier, l’ascenseur étant en panne. Une vraie galère pour la jeune fille, mais une facilité déconcertante pour Carlin. À mi-chemin, il ralentit pour aider une de ses voisines enceintes jusqu’au cou, à porter ses courses. Elle le remercia en l’embrassant sur la joue. Mili était étonnée, Carlin lui semblait différent par rapport à l’extérieur. C’était une nouvelle facette du garçon qu’elle trouvait intéressante. Chaque jour passant, elle apprenait à mieux le discerner et elle l’appréciait encore plus.

 

       L’appartement était composé d’une cuisine, d’un séjour avec salon et deux chambres et une salle de bain. Carlin invita Mili à se mettre à son aise dans le salon et apporta du jus de fruit et des gâteaux avant de s’installer à genoux près de la table de salon.

 

- J’aime beaucoup ton appartement. C’est spacieux et calme.

 

- Merci, mais c’est juste une impression ! D’habitude, tu entends les pleurs des enfants de la femme enceinte que nous avons croisé tout à l’heure ou tu entends une dispute conjugale dans l'appartement d'à côté. Ceux-là m’énervent souvent, car ils ne se rendent pas compte qu’ils font souffrir leur fille.

 

- Ils ne le font peut-être pas exprès.

 

- Bien sûr que si ! Ils vont jusqu’à dire que c’est de sa faute. Je trouve très égoïste de leur part de tout mettre sur le dos d’une enfant de dix ans à peine.

 

- C’est horrible ! Je ne comprendrais jamais cette façon d’agir des adultes.

 

- Moi aussi. Prenons-en de la graine afin de ne pas devenir comme eux.

 

- Oui, tu as raison.

 

Carlin sortit ses cours et commença ses devoirs. Un instant après, apercevant Mili dans les nuages, il s’exclama :

 

- Ne crois pas que je vais faire tes devoirs à ta place, Mili.

 

La jeune fille se mit à rire et s’installa de façon à être à l’aise.

 

- Qui ne tente rien n’a rien !

 

       Une heure plus tard, les devoirs terminés, ils continuaient à discuter quand Eryna Oda arriva. Essoufflée après avoir monté les marches, elle se dépêcha de se mettre à l’aise pour saluer l’amie de son fils. Elle était doublement ravie, car Carlin n’en avait pratiquement pas. Comme Akira, Mili tomba sous le charme indéniable d’Eryna. Elle promit à la mère de son ami de venir dîner un dimanche. La jeune fille se rendait compte à quel point Carlin souriait beaucoup plus souvent dès qu’il se trouvait chez lui.

 

Elle rentra chez elle où elle fut accueillie par ses trois petits frères et sa sœur aînée qui était venue rendre visite à ses parents. Ceux-ci se trouvaient dans la cuisine en train de roucouler comme à leur habitude. Elle songea alors pour la première fois qu’elle avait énormément de chance d’avoir de tels parents. Elle ne se plaindrait plus d’eux, après tout beaucoup d’autres enfants n’avaient pas sa chance.

 

Le soir, en s’allongeant dans son lit, elle songea à la famille d’Akira. Elle les avait déjà rencontrés. C’étaient des gens très sympathiques, mais elle n’arrivait pas trop à comprendre pourquoi ils avaient décidé d’avoir un deuxième enfant sur le tard. Surtout, depuis qu'elle savait que qui s’en occupait le plus souvent. Akira lui avait également confié son secret. Depuis un an, il sortait avec un homme de cinq ans son âgé du nom de Matt